Comment le mystérieux "hedge fund" Archegos a fait trembler les marchés

Comment le mystérieux "hedge fund" Archegos a fait trembler les marchés
Trader sur le floot du NYSE.

Orange avec Boursier.com, publié le lundi 29 mars 2021 à 21h45

Le fonds spéculatif Archegos Capital Management, qui gère la fortune de l'homme d'affaires américain Bill Hwang, a été forcé de liquider pour 20 Mds$ la semaine dernière à Wall Street, entraînant des pertes pour plusieurs banques.

Le fonds spéculatif Archegos Capital Management, qui gère la fortune de l'homme d'affaires américain Bill Hwang, a été forcé de liquider pour 20 Mds$ la semaine dernière à Wall Street, entraînant des pertes pour plusieurs banques.

Les marchés financiers ont été ébranlés lundi par les déboires d'un "family office", une classe de fonds d'investissement très discrets créés pour gérer la fortune personnelle d'une famille... Ainsi, pendant le week-end, les investisseurs ont été choqués par la révélation que d'énormes blocs de titres avaient été vendus en fin de semaine dernière, pour un montant total d'au moins 20 milliards de dollars (voire 30 Mds$, selon le 'Wall Street Journal')...

Ces blocs ont été négociés par des banques dont Goldman Sachs et Morgan Stanley et portaient notamment sur les groupes de médias ViacomCBS et Discovery, qui ont perdu chacun 27% vendredi à Wall Street, ainsi que sur les groupes internet chinois Baidu et Tencent Music, qui ont plongé de respectivement 33,5% et 48,5% en trois séances.

Très vite, la rumeur a circulé que ces ordres avaient été passés pour le compte d'un fonds spéculatif, Archegos Capital Management. Il est apparu que ce "family office", qui gère la fortune de l'homme d'affaires Bill Hwang, a été forcé à liquider des positions pour faire face à des appels de marge de ses courtiers et créanciers, dont certains ont été entraînés dans la tourmente avec lui.

"Profits warnings" de Credit Suisse et Nomura

Lundi matin, la banque suisse Credit suisse et le courtier japonais Nomura ont ainsi tous deux émis des avertissements sur leurs résultats, en citant des pertes liées à un fonds spéculatif, qu'ils n'ont pas cité nommément. Nomura a prévenu d'une perte potentielle de 2 milliards de dollars pour sa filiale américaine, ce qui a fait s'écrouler son cours de Bourse de plus de 16% lundi à Tokyo. Credit Suisse a lui aussi indiqué attendre des pertes (non chiffrées à ce stade) sur des positions qu'il détenait avec un fonds spéculatif américain qui a fait défaut sur des appels de marge. Le cours de Bourse de CS s'est effondré de 14% à la Bourse suisse.

Les valeurs bancaires européennes et américaines ont reculé lundi après ces révélations. Goldman Sachs perd 1% en séance même si la banque d'affaires a assuré qu'elle ne subirait pas de pertes matérielles liées à cette affaire. A Wall Street, Morgan Stanley perd 2,6%, JP Morgan perd 1,4%, Bank of America cède 1% et Citigroup lâche 2,5%. Les valeurs visées par les ventes en bloc évoluent en ordre dispersé : ViacomCBS lâche 5,1%, Discovery gagne 0,2%, Baidu perd 4% et Tencent Music cède 0,4%.

Cependant, après un début de séance laborieux, les indices boursiers américains ont réduit leurs pertes dans l'après-midi à New York, les investisseurs estimant que les difficultés du fonds Archegos et des banques qui lui sont liées ne devraient pas entraîner d'instabilité systémique des marchés..

Condamné à une amende de 44 M$ par la SEC en 2012

Bill Hwang, un Américain d'origine coréenne n'est pas un inconnu des milieux financiers, ni des autorités boursières qui l'ont sanctionné en 2012 pour fraude... Il fait partie des traders formés par Julian Robertson, un pionnier légendaire des hedge funds avec son fonds Tiger Management, qui fut liquidé durant l'éclatement de la bulle Internet. Les disciples de Robertson, dont Hwang, ont été surnommés les "bébés tigres" et ont ensuite essaimé à Wall Street en lançant des dizaines de hedge funds, spécialisés dans les paris audacieux sur les valeurs technologiques, souvent avec le soutien financier de Robertson.

Le fonds de Bill Hwang s'est d'abord appelé Tiger Asia Management, qui a géré jusqu'à 5 milliards de dollars à son apogée. En 2012, le fonds est toutefois accusé par le gendarme américain des marchés financiers, la SEC (Securities and Exchange Commission), d'avoir spéculé sur des banques chinoises à partir d'informations privilégiées. Après avoir accepté de plaider coupable, Hwang a été condamné à une amende de 44 millions de dollars.

Lundi, un porte-parole de la SEC a fait savoir que le gendarme boursier américain "surveille la situation" et qu'il "communique avec les participants au marché depuis la semaine dernière" au sujet des ventes de blocs effectués en fin de semaine dernière.

Une gestion opaque, basée sur les "swaps" et l'effet de levier

Après la sanction de la SEC, Tiger Asia Management s'est transformé en "family office" en 2013, un statut qui permet d'échapper à des exigences de transparence imposées aux fonds d'investissement traditionnels, puisqu'il n'y a pas de clients extérieurs à la famille. Archegos intervient essentiellement via des produits dérivés, les "swaps", qui lui ont permis d'agir discrètement, ces produits n'étant pas soumis aux obligations de déclarations de seuil.

En outre, Archegos utilisait la stratégie de l'effet de levier, à savoir emprunter des fonds pour augmenter sa prise de risque et démultiplier ses gains... mais aussi les pertes, si les marchés se retournent à la baisse, comme cela a été le cas ces dernières semaines sur les valeurs technologiques.

Les banques et courtiers partenaires du fonds ont donc été amenés à exiger vendredi derniers des garanties supplémentaires (appels de marge), ce qui forcé le fonds, en mal de cash, à liquider massivement ses positions et entraîné des pertes dont l'ampleur complète n'est pas connue. Le montant des cessions (au moins 20 Mds$) atteint en tout cas le double des 10 Mds$ officiellement sous gestion chez Archegos...

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