Concurrence: la fusion Fiat Chrysler/PSA soumise au contrôle technique de l'UE

Concurrence: la fusion Fiat Chrysler/PSA soumise au contrôle technique de l'UE
La Commission européenne ouvre une enquête approfondie sur la fusion entre les constructeurs automobile français PSA (Peugeot, Citroën) et italo-américain Fiat Chrysler (FCA), qui doit donner naissance au numéro quatre ...

AFP, publié le mercredi 17 juin 2020 à 18h46

La Commission européenne a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête approfondie sur la fusion entre les constructeurs automobile français PSA (Peugeot, Citroën) et italo-américain Fiat Chrysler (FCA), qui doit donner naissance au numéro quatre mondial du secteur.

L'exécutif européen craint que l'opération ne nuise à la concurrence sur le marché des véhicules utilitaires, sur lequel les deux groupes occupent "une position forte", a expliqué sa vice-présidente, Margrethe Vestager.

"Les deux sociétés continueront de coopérer avec la Commission européenne pour répondre à ses questions dans le même esprit constructif qui a défini le projet de fusion depuis le début", a réagi un porte-parole de PSA auprès de l'AFP.

"PSA et FCA réaffirment l'objectif commun de conclure la transaction d'ici la fin du premier trimestre 2021", a-t-il ajouté.

La Commission, gardienne de la concurrence dans l'UE, a été récemment critiquée pour ses règles qui ne favorisent pas suffisamment la création de "champions européens" face aux géants étrangers. Elle a promis de mettre sa législation à jour.

Le trio de tête sur le marché automobile mondial, en nombre de véhicules vendus, comprenait fin 2019 le groupe allemand Volkswagen, l'alliance franco-japonaise Renault-Nissan-Mitsubishi et le japonais Toyota.

Le projet de fusion PSA-FCA avait été notifié à la Commission le 8 mai. A l'issue d'une enquête préliminaire, les deux groupes avaient décidé de ne pas formuler d'engagements -- comme des cessions d'activités ou de sites, par exemple -- pour répondre aux préoccupations de Bruxelles.

L'exécutif européen a jusqu'au 22 octobre 2020 pour rendre sa décision.

La Commission craint que l'opération ne réduise la concurrence sur les véhicules utilitaires légers de moins de 3,5 tonnes dans 14 États membres (Belgique, Croatie, République tchèque, Espagne, France, Grèce, Hongrie, Italie, Lituanie, Luxembourg, Pologne, Portugal, Slovaquie, Slovénie), ainsi qu'au Royaume-Uni.

La fusion risque, selon elle, de supprimer "une importante contrainte concurrentielle pour les deux parties", ce qui est d'autant plus problématique qu'"une nouvelle entrée sur le marché semble peu probable à une échelle significative".

- Droit de véto -

Le constructeur italo-américain possède les marques Fiat, Chrysler, Jeep, Maserati, Alfa Romeo, Dodge et Ram, et le français Peugeot, Citroën, DS, Opel et Vauxhall.

Ensemble, les deux groupes ont cumulé en 2019 environ 170 milliards d'euros de chiffre d'affaires et ont vendu près de 8 millions de véhicules.

Ils se sont toujours dit déterminés à finaliser leur fusion fin 2020-début 2021, malgré la pandémie de coronavirus qui a provoqué l'effondrement du marché automobile et entraîné pour chacun d'eux une lourde perte trimestrielle.

Le chiffre d'affaires de Fiat Chrysler a ainsi chuté de 16% sur les trois premiers mois de l'année, à 20,56 milliards d'euros. Le groupe a vendu sur cette période 818.000 véhicules, soit 21% de moins qu'il y a un an.

PSA a lui vu son chiffre d'affaires dégringoler de 15,6%, à 15,2 milliards d'euros. Il a vendu 627.000 véhicules, c'est-à-dire 29% de moins que l'an dernier.

Le deuxième trimestre s'annonce encore pire, avec un marché automobile européen en berne, affecté par la fermeture de concessionnaires dans de nombreux pays.

Le marché des véhicules utilitaires, des modèles techniquement rudimentaires mais vendus à bon prix, est très lucratif en Europe.

PSA pesait en 2019 plus d'un quart de ce marché sur le continent. Le groupe Fiat ajoute 9% supplémentaires. L'ensemble cumulerait donc plus de 34% de part de marché, soit deux fois plus que le numéro 2, Renault, qui est à 16,4%.

Bruxelles a annoncé en décembre dernier son intention de dépoussiérer les règles européennes de la concurrence, mais sans aller aussi loin que ce qu'espéraient Paris et Berlin, particulièrement échaudés par l'interdiction en 2019 de l'union Siemens-Alstom. 

La Commission, qui dispose depuis 1989 d'un droit de veto sur les grands projets de fusion, n'en a pas souvent fait usage.

En près de trente ans, plus de 6.000 fusions ont été approuvées et moins d'une trentaine ont été bloquées.

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