Contenus haineux : Twitter assigné en justice pour son "inaction massive"

Contenus haineux : Twitter assigné en justice pour son "inaction massive"©Boursier.com

Boursier.com, publié le mardi 12 mai 2020 à 16h48

Quatre associations de lutte contre les discriminations estiment que le réseau social manque à ses obligations en matière de modération des contenus.

La politique de modération de Twitter est à nouveau sous le feu des critiques... Alors que l'Assemblée nationale doit se pencher ce mercredi sur une loi censée renforcer les obligations des réseaux sociaux sur ce sujet, quatre associations (l'Union des étudiants juifs de France, J'accuse, SOS-Racisme et SOS-Homophobie) ont assigné la plateforme de microblogging en référé devant le tribunal judiciaire de Paris.

Selon l'assignation que 'Le Monde' a pu consulter, les associations réclament que le tribunal nomme un expert judiciaire pour "se faire remettre tout document" par Twitter concernant les "moyens matériels et humains" que l'entreprise consacre à la modération des messages illégaux.

Pour rappel, la loi impose aux réseaux sociaux de "concourir à la lutte" contre la diffusion de certains propos (racisme, apologie du terrorisme, la violence...). Pour cela, ils doivent notamment mettre en place des mécanismes de signalement et rendre publics les moyens qu'ils y consacrent.

Seuls 11% des contenus signalés sont retirés

Trois des associations qui mènent cette action en justice ont réalisé un testing pour évaluer les pratiques de modération de Twitter, qui est d'ailleurs régulièrement accusé de laxisme. Les résultats ont ainsi mis en évidence "une inaction massive de la part d'une plate-forme qui refuse manifestement de mettre les moyens humains nécessaires à la modération des contenus que son activité génère", pour Dominique Sopo, le président de SOS-Racisme. Pendant la période de confinement d'ailleurs, du 17 mars au 5 mai, "le nombre de contenus racistes a augmenté de 40,5%, celui des contenus antisémites de 20% et celui des contenus LGBTphobes de 48%".

Les associations ont signalé quelque 1.100 tweets, contenant des mots-clés liés à des discours racistes ("antiasiatiques, antiarabes, antichrétiens, antinoirs"...), anti-LGBTQ et antisémites, et qu'elles estiment illicites au regard du droit français. Entre trois et cinq jours plus tard, seuls 126 contenus, soit 11%, avaient été retirés par les équipes de la plateforme.

"Une complicité morale"

"A ce point d'inaction, à défaut d'une complicité au sens juridique du terme, il s'agit tout du moins d'une complicité morale", ont estimé les associations, qui ont également mené un testing pour les contenus postés sur Facebook. Elles ont cette fois-ci relevé des résultats plus satisfaisants pour le réseau social de Mark Zuckerberg.

Le taux de retrait atteint 67%, mais elles notent tout de même que la comparaison reste difficile entre les deux plateformes car les commentaires sont "nécessairement différents" et le nombre de messages signalés était nettement moins élevé (78 seulement).

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