Contre la future PAC, des agriculteurs ont sorti leurs tracteurs dans le nord de la France

Chargement en cours
Des agriculteurs bloquent avec leurs tracteurs un accès à l'A10, au niveau de Saint-Arnoult-en-Yvelines, le 2 avril 2021
Des agriculteurs bloquent avec leurs tracteurs un accès à l'A10, au niveau de Saint-Arnoult-en-Yvelines, le 2 avril 2021
1/3
© AFP, Thomas SAMSON

AFP, publié le vendredi 02 avril 2021 à 17h13

Patates pourries déversées au Havre, opérations escargots en Ile-de-France: des agriculteurs ont manifesté vendredi avec leurs tracteurs et occasionné ça et là des bouchons, pour adresser un "avertissement" au gouvernement contre un verdissement jugé excessif des futures aides européennes.

Patates pourries déversées au Havre, opérations escargots en Ile-de-France: des agriculteurs ont manifesté vendredi avec leurs tracteurs et occasionné ça et là des bouchons, pour adresser un "avertissement" au gouvernement contre un verdissement jugé excessif des futures aides européennes.

Selon la section du grand bassin parisien du premier syndicat agricole français, la FNSEA, à l'origine de l'appel à manifester, 5.000 agriculteurs se sont mobilisés dans douze départements, d'une partie de la Normandie à une partie de la Champagne-Ardenne, en passant par l'Ile-de-France et les Hauts-de-France, lors d'une action qui a démarré à l'aube pour s'achever vers 15H00.

Des convois de tracteurs ont occasionné des embouteillages sur plusieurs axes franciliens et au-delà, sans toutefois paralyser le trafic en cette journée de grands départs. Le réseau autoroutier Sanef a signalé des perturbations sur l'A13, qui relie Paris à Caen, qui ont duré une bonne partie de la matinée, selon des alertes sur Twitter.

Dans le viseur des manifestants, la mise en place d'éco-régimes ("eco-schemes") dans la future politique agricole commune européenne (PAC), un financement qui sera conditionné à des pratiques plus respectueuses de l'environnement, par exemple avec du bio. 

Des représentants des manifestants ont profité d'un déplacement du ministre de l'Agriculture Julien Denormandie dans le Loiret pour exprimer leurs doléances pendant plus de deux heures, selon un syndicaliste.

"On ne peut qu'être satisfait de cet échange mais on lui a rappelé qu'il fallait des actes", a déclaré à l'AFP Florent Leprêtre, président de la FNSEA Centre Val de Loire.

"Ce matin on a eu une grande discussion de travail" pour "voir comment la nouvelle politique agricole commune peut les accompagner", a déclaré M. Denormandie à Orléans, rappelant que rien n'était tranché concernant la répartition de ces aides. 

"Il y a une pression que mettent les agriculteurs, parce que c'est très sensible, ce sujet", a ajouté son collègue aux Affaires européennes Clément Beaune sur BFMTV, promettant que les règles seront les mêmes pour l'ensemble des agriculteurs européens.

Le détail de la future PAC, qui entrera en vigueur en 2023, est toujours en train d'être négocié à Bruxelles.

Derrière le péage de Saint-Arnoult, dans les Yvelines, une ribambelle de tracteurs se sont garés vers 06H00 autour d'un petit rond-point, pour bloquer les axes menant à Orléans, Etampes ou encore Chartres. 

Une trentaine d'agriculteurs ont agrémenté leurs tracteurs de quelques pancartes au style direct: "Macron, veux-tu encore de tes paysans?"

"On veut lancer un avertissement à Emmanuel Macron", explique Damien Greffin, président de la FNSEA Grand bassin parisien. 

En fin de matinée, une trentaine de tracteurs ont mené une opération escargot sur le périphérique de Caen, selon Bison Futé. 

Au Havre, une petite trentaine d'agriculteurs à bord de 18 tracteurs ont déversé onze bennes de déchets (souches d'arbres, pneus, betteraves pourries, patates pourries) devant la sous-préfecture, d'après un responsable de la police.

- Monde agricole divisé -

A Lille, une trentaine de tracteurs ont été parqués autour de la préfecture, où une délégation a été reçue. 

La réforme qui se dessine équivaudrait à "180 millions d'euros en moins par an pour les Hauts-de-France" en aides européennes, estime le président de la FDSEA Nord, Laurent Verhaeghe, pour qui "le risque serait de nous faire payer la transition écologique". 

Amaury Babault, 31 ans, qui produit blé, orge et colza sur son exploitation de 150 hectares à Ablis (Yvelines), représente la "sixième génération" d'agriculteurs de sa famille. Il "en espère une septième, si M. Macron veut bien encore des agriculteurs dans quelques années". 

Mais il calcule que s'il perd "80 euros par hectare" d'aides de la PAC, ce sera 12.000 euros en moins chaque année dans son exploitation.

La mobilisation de vendredi n'a toutefois pas l'unanimité dans le monde agricole.

Pour la Confédération paysanne, "les producteurs de grandes cultures de la FNSEA, gros bénéficiaires des aides européennes, mettent une pression indécente sur l'exécutif pour que rien de change".

Le syndicat est membre, avec une quarantaine d'autres organisations, de la plateforme Pour une autre PAC, qui milite pour une politique plus verte et dénonce dans un communiqué une "tentative d'affaiblissement dramatique de l'ambition de la réforme de la PAC et s'inquiète de l'écho que pourrait trouver leur démarche dans les décisions gouvernementales imminentes sur ce dossier".

bur-ola-clc-myl/ngu/ico/pb

Vos réactions doivent respecter nos CGU.