Contrôle accru des chômeurs : "rien de choquant" pour Macron, "inacceptable" selon Mailly

Contrôle accru des chômeurs : "rien de choquant" pour Macron, "inacceptable" selon Mailly©Boursier.com

Boursier.com, publié le jeudi 28 décembre 2017 à 10h55

Le président de la République a défendu l'idée d'un contrôle accru des chômeurs en France, estimant que "mettre des règles" ne signifiait pas pour autant de faire peser la "suspicion" sur tous les demandeurs d'emploi...

S'exprimant sur la chaîne 'LCI' depuis Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) où il passe quelques jours de vacances, Emmanuel Macron a ainsi expliqué que "mettre des règles ne veut pas dire qu'on va poursuivre chacun ou qu'il y a une suspicion derrière chacun".

Pas de discours réducteur

"Les gens qui sont au chômage sont les premières victimes" a-t-il ajouté. "Ils sont les premiers à le subir (...). Je n'accepte aucun discours qui consiste à réduire les femmes et les hommes qui sont au chômage à des gens qui frauderaient, ce n'est pas vrai".

Répondant aux critiques politiques lui reprochant de vouloir stigmatiser les chômeurs, le chef de l'Etat a estimé que "c'est un plan d'ensemble qu'il faut voir. On va beaucoup mieux former les gens (...). Mais il faut s'assurer que chacune et chacun recherche bien l'emploi qui peut être offert".

Emmanuel Macron estime qu'"il n'y a rien de choquant" à effectuer des contrôles. "C'est ce que font tous les pays qui nous entourent. C'est beaucoup d'investissement dans les personnes, beaucoup de formation, mais aussi de la rigueur parce que s'il n'y a pas de rigueur, on ne peut pas faire avancer le pays."

Vers des rapports mensuels demandés au chômeurs ?

Le président, qui a initié une réforme de la formation professionnelle, de l'apprentissage et de l'assurance chômage, a rappelé qu'il prévoyait investir 15 milliards d'euros sur le quinquennat pour former un million de chômeurs et un million de jeunes.

Dans son édition de mercredi, le 'Canard Enchaîné' a révélé que le gouvernement prévoit de durcir des sanctions contre les chômeurs qui manquent à leurs obligations en matière de recherche active d'emploi ou de formation. Selon une note interne au ministère du Travail, Pole Emploi pourrait ausssi exiger des chômeurs de rendre des rapports d'activité mensuels détaillant les démarches qu'ils ont entreprises en vue de retrouver un emploi.

Les négociations sur l'assurance-chômage débuteront le 11 janvier

Si Pôle Emploi estime qu'un chômeur ne recherche pas assez activement du travail, s'il refuse une formation ou encore décline deux offres d'emploi jugées raisonnables, ses allocations seraient directement réduites de moitié pour une durée de deux mois. S'il récidive, elles pourraient être supprimées pour la même durée. Actuellement, Pôle Emploi peut réduire de 20% les allocations des chômeurs dont les recherches sont jugées insuffisantes ou bien qui refusent une formation ou une aide pour trouver un travail.

Les négociations avec les partenaires sociaux sur l'assurance chômage, qui se dérouleront du 11 janvier au 15 février prochains, doivent aboutir à un projet de loi d'ici avril 2018, tout en intégrant les propositions de réforme sur la formation professionnelle et l'apprentissage, pour une entrée en vigueur en janvier 2019.

"Inacceptable" selon Mailly

Le secrétaire général de Force ouvrière a jugé pour sa part inacceptable ce jeudi un durcissement des contrôles et des sanctions pour les chômeurs soupçonnés de ne pas chercher assez activement un travail..."Personne ne conteste qu'il y ait des contrôles, personne ne conteste que si quelqu'un fraude il soit sanctionné", a déclaré Jean-Claude Mailly sur France Info ce jeudi... "Mais imposer aux demandeurs d'emploi un rapport mensuel sur leur recherche d'un travail et accroître les sanctions ne serait pas la solution, a-t-il poursuivi... En tout cas, pour moi, ça serait inacceptable", a-t-il ajouté. "Je ne pense pas que la solution soit d'augmenter les sanctions et encore moins d'exiger des chômeurs que tous les mois ils fassent un reporting."

"Vous imaginez, les conseillers emplois vont passer leur temps à regarder ça plutôt qu'à les accompagner ? Ce n'est pas sérieux, ce genre de chose", a ajouté le dirigeant syndical. Car pour Jean-Claude Mailly, il faut mettre l'accent sur l'accompagnement des demandeurs d'emploi et s'assurer qu'il y a effectivement des emplois avant de parler de sanction. Et de conclure : "J'espère que cette note restera une note"...

Mercredi soir, le ministère du Travail et Pôle emploi ont annoncé un net recul du nombre de demandeurs d'emploi en France métropolitaine en novembre, après une stabilisation en octobre. Le nombre de demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi en catégorie A (sans aucune activité) a ainsi baissé de 0,8% le mois dernier pour s'établir à 3.454.100, soit 29.500 de moins qu'à fin octobre.

Dans la foulée

En septembre, il avait reculé de 1,8%, diminuant de 64.800 sur le mois, soit sa plus forte baisse depuis le début de cette série statistique en 1996.

En ajoutant les catégories B et C (personnes exerçant une activité réduite), le nombre d'inscrits à Pôle emploi diminue en novembre de 0,1%, avec 4.600 personnes de moins en un mois, à 5.611.400 (5.919.200 en incluant les départements d'Outre-mer, également en baisse sur un mois).

Repli de 0,1% sur un an

Sur un an, le nombre de demandeurs de catégorie A recule de 0,1% tandis que le total des inscrits dans les catégories A, B et C progresse de 2,6%.

L'évolution en dents de scie du nombre de demandeurs d'emploi a conduit la Dares et Pôle emploi à opter pour une publication trimestrielle de ces chiffres à compter de 2018, pour éviter que l'accent ne soit trop mis "sur des évolutions mensuelles qui sont du bruit plus que de l'information".

Le gouvernement compte ramener le taux de chômage à 7% en 2022, notamment sous l'effet de l'assouplissement du droit du travail ou encore des réformes prévues de l'apprentissage, de la formation professionnelle et de l'assurance chômage...

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