Coronavirus: l'air dans les trains est-il moins pur que dans les avions?

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Sièges de première classe dans le TGV Duplex l'Océance, le 14 septembre 2016 à Paris
Sièges de première classe dans le TGV Duplex l'Océance, le 14 septembre 2016 à Paris
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© AFP, GEOFFROY VAN DER HASSELT

AFP, publié le jeudi 21 mai 2020 à 09h05

Le train est-il moins sûr que l'avion? Contrairement aux compagnies aériennes, la SNCF est pour l'instant contrainte de ne vendre qu'un siège sur deux pour respecter les règles de distanciation, alors que selon ses dirigeants le port du masque devrait suffire.

"On a déployé tout un arsenal de mesures qui fait que le train est sûr", a garanti le PDG de la SNCF Jean-Pierre Farandou mercredi à l'Assemblée nationale.

"La Suisse, l'Allemagne et en gros les pays du Nord ont fait évoluer leur doctrine sanitaire en disant que dès lors que le port du masque était respecté et que le gel hydroalcoolique était d'accès facile dans les transports, on pouvait admettre une sorte de souplesse par rapport à la distanciation", a-t-il observé.

"En pratique, ça veut dire que tous les sièges peuvent être occupés".  

"Pour le moment, la situation sanitaire dans notre pays ne le permet pas", a-t-il poursuivi diplomatiquement. "Mais c'est sûr que c'est un élément important qui nous permettrait, comme ça semble se dessiner dans l'aérien, de revenir à une occupation un peu plus importante de nos trains".

L'affaire est importante pour la SNCF, qui perd de l'argent si ses TGV ne sont qu'à moitié remplis.

Cette organisation du déconfinement dans les transports "est manifeste d'une différence de traitement entre le train et l'avion", dénonce Agathe Bounfour, responsable transport au Réseau Action Climat (RAC), qui fédère une trentaine d'associations.

La SNCF pâtirait donc d'être en situation de monopole. Le secrétaire d'État aux Transports Jean-Baptiste Djebbari a expliqué qu'Air France ne saurait renoncer à vendre le siège du milieu si la Lufthansa allemande, par exemple, est autorisée à le faire.

Les TGV sont ventilés en permanence grâce à un système "ultra-puissant" qui permet de filtrer l'air des voitures toutes les trois minutes et de le renouveler intégralement toutes les neuf minutes avec de l'air extérieur, explique-t-on à la SNCF.

- Ventilation verticale -

"Tous les médecins nous disent qu'il n'y a aucun risque de prendre le TGV", a affirmé à l'AFP Christophe Fanichet, le PDG de SNCF Voyageurs, pour qui ce système de filtrage "est l'équivalent d'un masque chirurgical".

"Si la prise d'air se fait à l'extérieur, comme sur un TGV par exemple, le risque est quasiment nul", a confirmé sur RMC Daniel Camus, infectiologue à l'Institut Pasteur de Lille. 

A bord de tous les autres trains, notamment les Intercités, la ventilation se fait par un apport permanent d'air extérieur, la totalité de l'air intérieur étant renouvelée toutes les six minutes environ.

En outre, relève-t-on à la SNCF, la ventilation -verticale- de l'air se fait de manière indirecte, ce qui empêche la dispersion des postillons d'un voyageur vers un autre.

Dans les avions -Airbus comme Boeing-, l'air présent en cabine provient pour moitié de l'extérieur et le reste est prélevé dans l'air en cabine et recyclé en passant par des filtres capables d'arrêter 99,97% des particules, y compris des virus de la taille du coronavirus. Cette gamme de filtres est également utilisée en salle blanche ou dans les blocs opératoires des hôpitaux.

"Pour justement éviter les circulations longitudinales ou latérales de l'air, il est attrapé par en bas, va vers les filtres, il est filtré et mixé avec l'air extérieur et revient par le haut. L'air circule dans l'avion du haut vers le bas. Le passager du rang 1 ne va pas contaminer celui du rang 20", explique une source industrielle.

Le renouvellement intégral de l'air d'une cabine prend 1 minute 30 pour un moyen-courrier à 4 minutes pour un A380.

Quand on pense à un avion, "on a l'image d'un tube métallique fermé où on se promène très haut et où c'est probablement le pire des endroits pour se faire contaminer. La réalité, c'est que c'est exactement le contraire", résume la source industrielle, pour qui "ce n'est pas tant l'avion qui est vecteur de contamination que la question de savoir si les gens qui prennent l'avion et vont d'un pays à un autre ont éventuellement été contaminés".

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