Coronavirus : la BCE prête à agir, mais...

Coronavirus : la BCE prête à agir, mais...©Boursier.com

Boursier.com, publié le mercredi 04 mars 2020 à 09h15

La BCE est prête à soutenir l'économie, mais les gouvernements européens doivent agir pour atténuer les effets négatifs du coronavirus sur l'activité, a estimé mardi le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau...

Alors que la Réserve fédérale américaine a annoncé mardi une baisse surprise d'un demi-point de ses taux directeurs pour soutenir l'économie américaine face à l'épidémie de coronavirus, en Europe, la BCE se montre plus prudente, et appelle les gouvernements de la zone euro à prendre des mesures budgétaires pour soutenir l'économie de la région...

La Banque centrale européenne, dont la prochaine réunion de politique monétaire est prévue le 12 mars, a affirmé en début de semaine dans un communiqué être "prête à prendre les mesures appropriées" face à l'impact économique de l'épidémie.

Toutefois, il faut aussi que les gouvernements qui disposent de marges budgétaires agissent, a souligné mardi François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, qui siège au conseil des gouverneurs de la BCE. Un message à peine voilé au gouvernement allemand qui dispose de la plus grande marge de manoeuvre du vieux continent, alors que la France et l'Italie se trouvent dans des situations budgétaires nettement moins confortables...

Une réunion téléphonique des ministres des Finances de la zone euro prévue ce mercredi

Dans une interview diffusée mardi par le quotidien néerlandais 'De Telegraph', la banquier central français a affirmé que "si nécessaire, nous nous tiendrons prêts à prendre des mesures appropriées et ciblées, prenant en compte les besoins en liquidités des banques et des entreprises". "En outre, les gouvernements disposant d'une surface budgétaire devraient s'en servir", a-t-il cependant ajouté...

Villeroy de Galhau a répété que la politique monétaire de la BCE est déjà accommodante et qu'elle contribue à stabiliser l'économie de la zone euro. Les opérations de refinancement de la BCE et ses prêts à long terme et conditions avantageuses aux banques les aident en retour à mettre de l'argent à disposition des entreprises affectées par l'épidémie, a-t-il détaillé.

Les ministres des Finances de la zone euro doivent s'entretenir mercredi à 14h sur les mesures à prendre...

La G7 promet des mesures appropriées pour soutenir l'économie mondiale

Mardi, ce sont les ministres des Finances du G7 ainsi que les responsables des banques centrales qui se sont réunis par téléphone. Ils se sont engagés à utiliser "tous les instruments de politique appropriés pour obtenir une croissance durable et soutenable".

Le G7 emploiera "des mesures fiscales là où ce sera approprié" et les banques centrales "continueront d'accomplir leurs mandats", selon ce communiqué, qui a quelque peu déçu les marchés financiers par son manque d'annonces concrètes. Dans la foulée de cette réunion, cependant, la Fed américaine a tenté de créer un électrochoc en baissant son principal taux directeur d'un demi-point pour le ramener entre 1% et 1,25%.

Dans la zone euro, peu d'annonces ont jusqu'ici été faites sur le plan budgétaire. Le gouvernement italien a néanmoins annoncé une relance représentant 0,2% de son PIB, et l'Allemagne discute toujours de l'opportunité d'un plan de relance, selon des sources de presse.

Bruno Le Maire appelle Bruxelles à faire preuve de souplesse sur les règles budgétaires

Mardi, le ministre français des Finances Bruno Le Maire a affirmé que "nous aurons des réponses coordonnées, fortes, rapides, face cette crise". Le ministre français a appelé Bruxelles à la "compréhension" et à la "souplesse" sur les règles budgétaires imposées par l'Union européenne, pour tenir compte du contexte actuel de lutte contre l'épidémie de coronavirus. "On ne doit pas se sentir empêché dans un moment où tout le monde est inquiet, où il y a un besoin de soutien total aux acteurs économiques (...), on ne doit pas être entravé par des règles qui feraient qu'on serait là à compter notre soutien aux PME, aux artisans, aux commerçants", a-t-il insisté mardi après une réunion avec les acteurs économiques français.

Lundi, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a revu à la baisse de 2,9% à 2,4% ses prévisions de croissance mondiale pour 2020. La zone euro est seulement créditée de 0,8% et l'Italie devrait voir son économie stagner, selon l'OCDE...

La BCE dispose encore de munitions

Lundi soir, la présidente de la BCE Christine Lagarde, a réuni le directoire de l'institution à Francfort, qui a affirmé dans un communiqué être "prête à prendre les mesures appropriées" face à l'impact économique de l'épidémie.

Dans une note publiée lundi, les économistes d'UBS estiment que la BCE ne devrait pas modifier ses taux directeurs dès le 12 mars, mais qu'elle devrait attendre sa prochaine réunion du 30 avril.Elle pourrait alors réduire davantage son taux de dépôt sur les dépôts excédentaires, actuellement fixé à -0,50%.

La BCE dispose aussi d'outils monétaires non-conventionnels, qu'elle pourrait mettre en oeuvre dès le 12 mars. Elle pourrait notamment augmenter ses achats d'obligations sur le marché ("QE"), qu'elle a repris depuis novembre 2019 au rythme de 20 milliards d'euros par mois.

Dans le cadre du "QE", la BCE pourrait en outre augmenter la part des obligations d'entreprises qu'elle achète, ce qui fournirait de la liquidité et stabiliserait ce marché de la dette des entreprises. Une autre piste probable attendue dès la réunion du 12 mars est celle d'un assouplissement des conditions des prêts ciblés de la BCE aux banques de la zone euro (programme dit "TLTRO"). Les prêts pourraient ainsi être orientés vers les banques s'engageant à prêter aux PME.

Chine, Japon, Australie... Les banques centrales à la manoeuvre

Partout dans le monde, les banques centrales commencent à agir pour soutenir leurs économies face à l'épidémie... La banque centrale chinoise a pris de nombreuses mesures en janvier pour atténuer les effets du Covid-19, tandis que la Banque du Japon (BoJ) a injecté lundi des liquidités via des opérations de prises en pension (repo) et en achetant des fonds cotés en Bourse (ETF).

Mardi, la banque centrale australienne (RBA) a baissé ses taux directeurs d'un quart de point pour les ramener à 0,5%, un plus bas historique. L'expansion du coronavirus "obscurcit" l'horizon de la conjoncture mondiale et a un "impact important" sur l'économie australienne, a expliqué le gouverneur de la RBA, Philip Lowe.

La banque centrale malaisienne a elle baissé ses taux mardi, d'un quart de point à 2,50%, en justifiant le mouvement par le fait que les conditions économiques globales se sont détériorées.

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