Coronavirus : toujours pas de consensus sur un plan de soutien européen

Coronavirus : toujours pas de consensus sur un plan de soutien européen©Boursier.com

Boursier.com, publié le jeudi 23 avril 2020 à 21h38

Au sommet européen de jeudi, l'Allemagne et les Pays-Bas se sont encore opposés à la mutualisation de la dette en faveur des pays les plus affectés par le coronavirus. Emmanuel Macron a appelé à ne pas prendre le risque de faire "tomber l'Europe".

Les dirigeants des 27 pays de l'Union européenne ne sont pas parvenus jeudi soir à un consensus sur les modalités d'un vaste plan de soutien à l'économie face à la récession provoquée par la crise du coronavirus. Si un accord de principe est acquis, les transferts budgétaires vers les pays les plus en difficultés continuent de diviser les capitales européennes.

En l'absence d'accord à ce stade, les dirigeants européens ont chargé la Commission européenne d'évaluer les besoins, et de proposer d'ici au 6 mai un nouveau budget, incluant un fonds de financement de la relance une fois passée la pandémie de coronavirus, selon des sources diplomatiques citées par les agences de presse.

A l'issue du sommet européen qui s'est tenu jeudi soir par visioconférence, le président français Emmanuel Macron a reconnu qu'il n'y avait "pas de consensus" entre les pays de l'Union Européenne sur des transferts budgétaires vers "les régions et les secteurs" les plus touchés par la crise du coronavirus. Le chef de l'Etat français a appelé à un "devoir d'unité et de solidarité" entre les Etats européens.

Angela Merkel réaffirme qu'"il n'est pas acceptable que les dettes soient mutualisées"

Selon des sources citées par l'agence 'Reuters', quatre pays européens - l'Autriche, le Danemark, la Suède et les Pays-Bas - restent opposés au versement de subventions (non remboursables par les pays bénéficiaires: ndlr). Un camp intégrant aussi l'Allemagne se dessine pour réclamer que l'aide soit liée au prochain budget pluriannuel de l'UE, ajoute-t-on de mêmes sources.

La chancelière allemande Angela Merkel a confirmé jeudi soir que les dirigeants européens ne s'étaient pas entendus sur tous les points mais qu'ils étaient convenus de travailler ensemble."Nous n'étions pas toujours d'accord, par exemple pour déterminer si cela devait se faire sous forme de subventions ou de prêts, ou sur les modalité de mise en oeuvre, mais nous avons tous convenu que ce fonds de relance devait être étroitement lié au prochain financement à moyen terme", a poursuivi la chancelière. "Il n'est pas acceptable que les dettes soient mutualisées", a-t-elle répété.

Pour Emmanuel Macron, "si on laisse tomber une partie de l'Europe, c'est toute l'Europe qui tombera"

De son côté, la France souhaite un plan de relance de l'ordre de 5 à 10 points de PIB européen (ce qui correspondrait à entre 800 à 1.600 milliards d'euros), a indiqué le président français. La France et les pays du sud de l'Europe souhaitent l'émission de dettes avec "une garantie commune" afin de financer "des transferts budgétaires vers une région ou un secteur particulièrement touchés, avec des règles et une gouvernance très claires et acceptées par tous", a précisé Emmanuel Macron.

Mais à ce sujet, "il n'y a pas de consensus aujourd'hui", a-t-il reconnu. "Néanmoins, c'est une réponse que nous devrons fournir et je crois que notre Europe n'a pas d'avenir si nous ne savons pas apporter cette réponse", a-t-il ajouté.

"Le marché unique profite à certains Etats ou régions qui sont les plus productifs parce qu'elles produisent des biens qu'elles peuvent vendre à d'autres régions. Si on abandonne ces régions, si on laisse tomber une partie de l'Europe, c'est toute l'Europe qui tombera", a-t-il prévenu.

Christine Lagarde (BCE) met en garde contre une réponse trop tardive

"Les pays qui bloquent, ce sont toujours ceux qu'on connaît, les frugaux : l'Allemagne, les Pays-Bas. Est-ce qu'ils accepteront ? Nous sommes dans la discussion", a-t-il ajouté, en estimant qu'il s'agissait d'États "dont la psychologie profonde et les contraintes politiques justifient des positions très dures". Emmanuel Macron a par ailleurs appelé à "aller plus loin, plus fort" vers la souveraineté européenne, "un concept que la France pousse depuis près de trois ans".

Avant la réunion de jeudi, la présidente de la Banque Centrale Européenne (BCE), Christine Lagarde, avait averti les dirigeants de la région que la production économique pourrait diminuer de 15% cette année et avait mis en garde contre le risque "d'agir trop peu, trop tard" face à cet impact économique de la pandémie de Covid-19.

Le sommet de jeudi entre dirigeants européens était leur quatrième visioconférence depuis le début de la crise sanitaire. Jusqu'à présent, chacun a campé sur ses positions, d'une part les partisans d'une mutualisation des dettes contractées pour financer cette relance, comme la France, l'Italie et l'Espagne, et d'autre part les adversaires résolus d'une telle évolution, comme l'Allemagne et les Pays-Bas et l'Autriche.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.