Coronavirus : une levée temporaire des brevets sur les vaccins ?

Coronavirus : une levée temporaire des brevets sur les vaccins ?©Boursier.com

Orange avec Boursier.com, publié le jeudi 06 mai 2021 à 15h52

Le président américain a créé la surprise en proposant une renonciation aux droits de propriété intellectuelle pour les vaccins contre le COVID-19. Emmanuel Macron y est favorable... mais pas les laboratoires.

Le président américain a créé la surprise en proposant une renonciation aux droits de propriété intellectuelle pour les vaccins contre le COVID-19. Emmanuel Macron y est favorable... mais pas les laboratoires.

C'est une manne financière pour les grands groupes pharmaceutiques, avec un marché qui représente des dizaines de milliards d'euros... Mais le président américain a créé la surprise mercredi en rebattant les cartes de la vaccination contre le coronavirus. Contre toute attente, Joe Biden a apporté mercredi son soutien à une mesure portant sur la renonciation aux droits de propriété intellectuelle pour les vaccins contre le COVID-19.

Cette renonciation serait temporaire, mais elle constitue un revirement radical par rapport à la position antérieure des États-Unis. "Il s'agit d'une crise sanitaire mondiale, et les circonstances extraordinaires de la pandémie de COVID-19 appellent des mesures extraordinaires", a expliqué la négociatrice commerciale en chef de la Maison blanche, Katherine Tai, dans un communiqué. Emmenés par l'Inde et l'Afrique du Sud, deux pays très touchés par l'épidémie, une centaine d'Etats avaient fait cette demande à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ces dernières heures.

La proposition des Etats-Unis pourrait ouvrir la voie à des négociations au sein de l'OMC, qui est chargée de la protection des brevets sur les vaccins. Une telle décision nécessiterait un consensus parmi les 164 membres de l'organisation et les experts prédisent plusieurs mois de discussions avant d'aboutir à une levée de la propriété intellectuelle sur ces vaccins.

"Un moment monumental"

La décision de Joe Biden a été saluée par le chef de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui l'a qualifiée de "moment monumental dans la lutte contre le COVID-19" sur Twitter.

En France, le président Emmanuel Macron s'est dit favorable à cette initiative mais a estimé que la priorité reposait avant tout sur le partage de doses et le transfert de savoir-faire. "Je suis tout à fait favorable à ce qu'il y ait en effet cette ouverture sur la propriété intellectuelle", a-t-il dit lors d'un déplacement jeudi dans un centre de vaccination à Paris.

De son côté, l'Union européenne s'est dite ouverte à la réflexion. "L'UE est également prête à discuter de toute proposition qui réponde à la crise de manière efficace et pragmatique", a déclaré Ursula von der Leyen lors d'un discours à Florence. "C'est pourquoi nous sommes prêts à discuter de la manière dont la proposition américaine d'une levée des protections de la propriété intellectuelle pour les vaccins anti-COVID pourrait contribuer à réaliser cet objectif", a ajouté la présidente de la Commission.

Le lobby pharmaceutique moins enthousiaste

Mais toutes les réactions ne sont pas positives, et le lobby pharmaceutique a mis en garde contre une initiative jugée contre-productive. "Lever les brevets sur les vaccins contre le COVID-19 n'augmentera pas la production et n'apportera pas les solutions pratiques nécessaires à la lutte contre cette crise sanitaire mondiale. Au contraire, cela va probablement engendrer des perturbations", a réagi la Fédération internationale de l'industrie du médicament (FIIM ou IFPMA).

"La seule manière de garantir une rapide accélération et un accès équitable aux vaccins pour tous ceux qui en ont besoin reste un dialogue pragmatique et constructif avec le secteur privé."

En Bourse, l'annonce de Joe Biden a fait chuter les titres des fabricants de vaccins contre le COVID-19: à Francfort, l'action BioNTech, partenaire de Pfizer, chute jeudi de 9%. L'action Moderna lâche 10% à Wall Street et Pfizer perd 2,5%. Le repli est plus limité pour le titre Johnson & Johnson (-0,2%), tandis que et Novavax recule de 7%.

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