Corse: un des plus grands domaines viticoles en liquidation vendu à un organisme semi-public

Corse: un des plus grands domaines viticoles en liquidation vendu à un organisme semi-public
Le domaine de Casabianca (Corse), le 2 avril 2018.

AFP, publié le mardi 25 septembre 2018 à 20h01

Le domaine de Casabianca, présenté comme l'un des plus grands domaines viticoles de Corse, placé en liquidation judiciaire depuis janvier 2017, a été vendu sur décision de justice à un organisme semi-public, a-t-on appris mardi auprès d'un élu local.

La vente a été décidée par un juge commissaire du tribunal de grande instance de Bastia qui a tranché en faveur de l'offre de la Société d'aménagement foncier et d'établissement rural (Safer), a précisé Lionel Mortini, président nationaliste de l'Office du développement agricole et rural de la Corse (Odarc) et élu du conseil exécutif de Corse. Il confirmait une information de France Bleu RCFM.

L'offre de la Safer de 1.620.354 euros a été préférée à deux autres, l'une de 1.550.000 euros d'une société de Bry-sur-Marne (Val-de-Marne), spécialisée dans les activités des sociétés holding, et l'autre de 1.675.000 euros d'une société aveyronnaise spécialisée dans l'hôtellerie, selon la décision de justice que l'AFP a pu consulter.

L'expert immobilier missionné par le liquidateur judiciaire avait estimé le domaine de 469 hectares, dont 228 de vignes, à 2,5 millions d'euros, a précisé à l'AFP Lionel Mortini, mais l'offre de la Safer a été inférieure en raison du "mauvais état de la vigne".

En mars dernier, la Collectivité de Corse (CdC) avait débloqué un fonds de 800.000 euros pour permettre ce rachat par la Safer, société anonyme sans but lucratif avec des missions d'intérêt général, placée sous tutelle des ministères de l'Agriculture et des Finances.

Les 800.000 euros complémentaires nécessaires pour procéder à cet achat seront également fournis par la CdC: "on complètera", a confirmé à l'AFP Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse. "C'est une bonne décision mais je reste prudent en attendant qu'elle soit définitive", a-t-il ajouté, évoquant la possibilité d'un appel.

"Il faut féliciter la justice qui a bien pris en compte tous les paramètres de la problématique du foncier dans l'île", a déclaré à l'AFP Christian Orsucci, président de la Safer. La justice a compris qu'il pourrait y avoir "des troubles à l'ordre public si on s'aventurait à donner à une seule personne une si grande étendue voire même, avec la connotation corse, si on la donnait à un étranger", a-t-il estimé.

La mise en vente mi-mars, par le liquidateur judiciaire, de ce domaine de Haute-Corse avait suscité la colère des partis nationalistes corses qui prêchaient pour l'installation de jeunes agriculteurs corses sur ce qu'ils présentent comme "la plus grande vigne d'Europe d'un seul tenant". 

Corsica Libera, le parti indépendantiste de Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse, s'était même montré menaçant face à d'éventuels "spéculateurs", notamment non-insulaires.

La Safer doit maintenant "réunir son comité technique qui va déterminer des lots" qui seront "vendus ou loués" afin d'installer de jeunes agriculteurs, a indiqué M. Mortini. "Nous souhaitons que les terres proches de la mer soient vendues au Conservatoire du littoral pour éviter toute spéculation", a-t-il précisé.

Le découpage des terres devrait donner lieu à "15 à 20 lots", a évalué le président de la Safer qui compte demander dès la semaine prochaine "une expertise des vignes à la chambre d'agriculture".

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