Coup d'arrêt pour la croissance allemande, freinée par l'automobile

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La ville de Stuttgart, ici le 6 septembre 2018, a prévu de bannir les vieux véhicules diesel en 2019
La ville de Stuttgart, ici le 6 septembre 2018, a prévu de bannir les vieux véhicules diesel en 2019
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© AFP, Sebastian Gollnow, dpa

AFP, publié le mercredi 14 novembre 2018 à 12h13

La "décennie dorée" de l'économie allemande s'est brutalement assombrie au troisième trimestre, avec un recul de 0,2% du PIB, lié à une désorganisation provisoire du secteur automobile mais reflétant aussi des inquiétudes durables.

Ce chiffre très attendu, tant l'Allemagne a accumulé depuis l'été les indicateurs décevants et les baromètres de confiance alarmants, met fin aux seize trimestres consécutifs de croissance enregistrés depuis début 2015.

Pour l'éternel "premier de la classe" européenne, champion des exportations, des excédents budgétaires et du chômage insolemment bas, "les nécrologies étaient déjà prêtes", résume Carsten Brzeski, économiste de la banque ING.

En se contractant de 0,2% par rapport au deuxième trimestre, le PIB allemand donne raison aux plus pessimistes, puisque les économistes interrogés par le fournisseur de services financiers Factset attendaient un repli plus modeste de 0,1%.

Techniquement, cet indicateur ne marque pas une récession, qui suppose deux trimestres consécutifs de baisse du PIB, mais interrompt la réaccélération observée en début d'année, avec 0,4% de croissance au premier trimestre puis 0,5% au deuxième.

En 2018 et 2019, l'Allemagne devrait certes connaître ses neuvième et dixième années d'expansion économique d'affilée, mais à un rythme moins soutenu que l'an dernier (+2,2%), Berlin misant sur +1,8% pour les deux exercices.

- Pas de panique -

Le "léger recul" du PIB est "avant tout lié à des facteurs extérieurs", explique Destatis, puisque le troisième trimestre a vu diminuer les exportations allemandes tandis que les importations progressaient.

Cette baisse des exportations "semble être largement due au secteur automobile", désorganisé par l'entrée en vigueur des nouvelles normes antipollution WLTP, observe Oliver Rakau, d'Oxford Economics.

Dès lors, juge-t-il, "la vraie question est l'ampleur et la vitesse du rebond dans les prochains trimestres", et non la menace d'une crise durable.

"Il n'y a pas de raison de paniquer", renchérit Andreas Rees, économiste chez UniCredit, qui s'attend à voir la croissance allemande "frôler 1%" en glissement trimestriel au quatrième trimestre.

Le ministère allemand de l'Economie souligne d'ailleurs que les commandes industrielles, qui préfigurent l'activité à venir, "ont augmenté ces deux derniers mois" pendant que le bâtiment tourne à plein régime.  

Autre facteur temporaire, la sécheresse estivale a pénalisé plusieurs secteurs dont la chimie, en renchérissant les livraisons, expliquait BASF fin octobre.

Enfin, note Carsten Brzeski, l'envol des prix de l'énergie "a complètement effacé" l'effet des hausses de salaires négociées en début d'année en freinant la consommation privée.

- 'Réveil' politique ? -

Reste que l'économie allemande, si elle semble vouée à remettre le turbo d'ici Noël, "ne retrouvera pas le tempo élevé des périodes récentes", prédit Jörg Zeuner, de la banque KfW, à l'unisson des autres analystes.

Cette fin de cycle n'est "pas seulement due à l'essoufflement de l'économie mondiale mais aussi aux limites de ses capacités, en particulier sur le marché du travail", détaille-t-il.

L'environnement international demeure inquiétant pour une économie aussi sensible à l'export, entre les menaces protectionnistes, les conséquences du Brexit et les tensions autour de l'Italie.

La conjoncture incertaine risque de surcroît d'attiser les failles du système bancaire, d'autant que les établissements allemands n'ont guère brillé aux récents tests de solidité financière, avertit la Bundesbank dans un rapport distinct mercredi.

Pays vieillissant au chômage historiquement bas, l'Allemagne souffre par ailleurs du manque de main-d'oeuvre qualifiée dans plusieurs secteurs, de la construction au numérique.

A ce sujet, les économistes ne cessent d'exhorter Berlin à préparer l'avenir en investissant dans les infrastructures et dans la formation, comme l'a encore fait début novembre le comité des "Sages" conseillant le gouvernement.

Le recul du PIB est un "appel" supplémentaire "à se réveiller", insiste Carsten Brzeski, au moment même où le retrait annoncé de la chancelière Angela Merkel ouvre une période d'incertitude politique à laquelle le pays n'était plus habitué.

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