Coup d'envoi "historique" du grand aéroport de Berlin, assombri par la pandémie

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Le patron de Lufthansa Carsten Spohr (à gauche), le président du gestionnaire du BER Engelbert Luetke Daldrup et  le directeur général d'Easyjet Johan Lundgren (à droite), lors d'une conférence de presse à l'ouverture du nouvel aéroport international de Berlin, le 31 octobre 2020.
Le patron de Lufthansa Carsten Spohr (à gauche), le président du gestionnaire du BER Engelbert Luetke Daldrup et le directeur général d'Easyjet Johan Lundgren (à droite), lors d'une conférence de presse à l'ouverture du ...
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© AFP, Tobias SCHWARZ

AFP, publié le samedi 31 octobre 2020 à 17h32

Le chemin fut long, mais le nouvel aéroport international de Berlin a été mis en service samedi avec neuf ans de retard, à un moment où le secteur aérien est plongé dans une crise sans précédent en raison de la pandémie du Covid-19.

Deux avions spéciaux de Lufthansa et d'Easyjet, en provenance respectivement de Munich et de l'aéroport berlinois voisin de Tegel, ont atterri sans encombre samedi sur les pistes de l'aéroport Willy-Brandt (BER) à Schönefeld, au sud-est de la capitale allemande.

"Il s'agit d'un jour historique", a affirmé le patron de l'allemand Lufthansa, Carsten Spohr, lors d'une conférence de presse. "Je n'arrive toujours pas à y croire", avait-il plaisanté avant de quitter Munich.

A cet égard, le ministre des Transport Andreas Scheuer a émis le voeu que ce jour marque "la fin des blagues sur le BER", devenu au fil des années la risée de toute l'Allemagne.

Aucune grande fête n'a été prévue, en raison de la situation sanitaire mais aussi de l'invraisemblable série noire qui a frappé ce grand projet issu de la réunification : défaillances, malfaçons, faillites, soupçons de corruption, négligences, démissions retentissantes.

Le premier vol commercial, entre Berlin et Londres, est programmé pour dimanche matin.

- Charge "énorme" pour le climat -

Bravant la pluie et la grisaille, plusieurs centaines de militants de diverses associations de défense de l'environnement ont manifesté contre l'inauguration, sous forte surveillance policière, selon des journalistes de l'AFP. 

"L'avion représente une charge énorme pour le climat. Nous n'avons pas besoin d'un nouveau grand aéroport", a affirmé Ludwig Bräutigam, 50 ans, du collectif écologiste "Extinction Rebellion".

Une quarantaine de militants de l'association "Am Boden bleiben" ("Rester au sol"), déguisés en pingouins parce que ce sont "des oiseaux cools qui ne volent pas", ont protesté dans le hall du terminal principal.

Gouffre financier, le "BER", dont la construction a débuté en 2006, aurait dû ouvrir en grande pompe en 2011.

En 2012, le chantier avait été interrompu car les dispositifs de sécurité incendie ne fonctionnaient pas, et la cérémonie d'inauguration en présence de la chancelière Angela Merkel avait précipitamment été annulée. 

Système d'éclairage défaillant, escaliers mécaniques trop courts, erreurs de planification, défauts de construction, soupçons de corruption... La succession des avanies a terni la réputation d'efficacité de l'Allemagne.

- Angoisses pour l'avenir -

La crise sanitaire, qui a provoqué la pire crise de l'histoire du secteur aérien, est venue allonger la longue liste de ces déboires, ajoutant aux angoisses des gestionnaires du BER pour l'avenir.

Après l'arrêt quasi total du trafic aérien partout dans le monde au printemps, le trafic a très lentement repris cet été. Mais les nouvelles restrictions aux voyages mises en place en Allemagne, et en Europe, pour endiguer la deuxième vague de la pandémie, vont de nouveau frapper le secteur. 

Pour le troisième aéroport du pays, après Francfort et Munich, cela veut dire de longs mois à fonctionner en capacité réduite. 

Aucune raison de désespérer pour autant, selon le directeur général d'Easyjet, Johan Lundgren. "Il est important en ces temps de coronavirus que nous ne perdions pas de vue qu'il y a une énorme demande sous-jacente pour les voyages en avion", a-t-il assuré lors de la conférence de presse.

Les exploitants ont tablé sur un transit de 27 millions de personnes par an pour le terminal 1, le seul à ouvrir samedi. En novembre, seules 20% des capacités de vol normales sont prévues.

Le terminal 2 n'ouvrira pas avant le printemps 2021, au mieux. 

L'incertitude est grande aussi pour les espaces commerciaux et restaurants de l'aéroport, source importante de revenus, alors que la gastronomie est contrainte de garder portes closes en novembre, selon les nouvelles restrictions de lutte contre le virus décidées mercredi. 

"Nous attendons bien moins de clients à cause de la pandémie", un cinquième de ce qui avait été prévu, confie à l'AFP Katinka Erath, directrice commerciale d'une agence de change.

Estimé à 1,7 milliard d'euros, le coût de l'aéroport a explosé à 6,5 milliards, mais la facture va encore grimper. Les autorités ont débloqué 300 millions d'euros d'aides financières pour l'année 2020, afin d'assurer aussi l'avenir des 20.000 personnes qui doivent, à terme, y travailler. 

D'autres aides seront sans doute nécessaires, a prévenu mardi Andreas Scheuer.

"Nous voulons faire des bénéfices à la moitié de la décennie 2020", a réaffirmé le président de la société aéroportuaire Engelbert Lütke Daldrup samedi, avant d'ajouter: "nous verrons dans quelle mesure le coronavirus nous le permet".

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