Covid-19 : l'hydroxychloroquine désormais déconseillée en France

Covid-19 : l'hydroxychloroquine désormais déconseillée en France
médicament pilule santé

Boursier.com, publié le mardi 26 mai 2020 à 23h32

Le feuilleton de l'hydroxychloroquine a connu un nouveau rebondissement mardi, le Haut conseil de santé publique conseillant de ne pas utiliser la molécule contre le Covid-19. Lundi, l'OMS avait suspendu son essai clinique sur ce traitement.

Le Haut conseil de santé publique (HCSP) a recommandé mardi de "ne pas utiliser l'hydroxychloroquine dans le traitement du Covid-19" chez les patients ambulatoires ou hospitalisés.

"Le groupe de travail a conclu de manière collégiale à l'absence d'étude clinique suffisamment robuste démontrant l'efficacité de l'hydroxychloroquine dans le Covid-19 quelle que soit la gravité de l'infection", a souligné le HCSP, qui avait été saisi en urgence, samedi, par le ministre de la santé Olivier Véran, suite à la publication d'une étude dans la revue 'Lancet', concluant à l'inefficacité, voire à la dangerosité de l'hydroxychloroquine.

De son côté, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) avait annoncé lundi qu'elle suspendait temporairement son essai clinique sur l'hydroxychloroquine dans le traitement du coronavirus "par mesure de sécurité".

Risques cardiovasculaires accrus

La revue scientifique 'The Lancet' avait publié vendredi une étude sur l'hydroxychloroquine, portant sur plus de 96.000 patients dans 671 hôpitaux à travers six continents, qui conclut que ce traitement est inefficace contre le Covid-19, et qu'en outre, il pourrait augmenter le risque d'arythmie cardiaque et de décès. Le 15 mai, deux autres études publiées par la revue scientifique britannique BMJ avaient aussi mis en doute l'efficacité de l'hydroxychloroquine contre le Covid-19.

L'étude du 'Lancet' n'est pas un essai clinique classique, mais une étude dite "observationnelle", faite à partir des registres des données médicales de malades hospitalisés entre le 20 décembre 2019 et le 14 avril 2020. Certains d'entre eux recevaient de la chloroquine, d'autres de l'hydroxychloroquine, associée ou non à un antibiotique.

Une molécule très connue, devenue objet de polémique

Alors qu'aucun traitement efficace n'a pour l'instant été trouvé pour soigner le coronavirus, le sujet de l'hydroxychloroquine déclenche depuis le début de l'épidémie une véritable tempête dans les milieux scientifiques et politiques, devenant l'un des sujets les plus débattus dans les médias et sur les réseaux sociaux...

Considérée comme prometteuse dans un essai chinois dès le mois de janvier, cette molécule peu onéreuse et connue depuis des décennies, est utilisée de longue date contre le paludisme, le lupus et la polyarthrite rhumatoïde.

Le professeur Raoult divise la communauté scientifique française

En France, l'usage de l'hydroxychloroquine est défendu en France par le professeur Didier Raoult, infectiologue à l'IHU de Marseille. Il l'a administrée selon un protocole spécifique, qui n'a à ce jour pas été reproduit à l'identique par d'autres études : prise dès les premiers symptômes de la maladie, et en association avec un antibiotique, l'azythromycine, à des patients sans risques cardiaques (mesurés par électrocardiogramme).

La communauté scientifique française s'est montrée très divisée face à l'hydroxychloroquine, et le gouvernement avait décidé fin mars d'en réserver l'usage à l'hôpital et aux seuls cas sévères de la maladie.

Aux Etats-Unis, la question de l'hydroxychloroquine est devenue encore plus politique, alors que le président Donald Trump a très tôt soutenu cette molécule... Il même déclaré la semaine dernière prendre ce médicament chaque jour de façon préventive. L'autorité sanitaire américaine, la FDA, s'est en revanche montrée réservée sur ce traitement en raison des risques cardiaques, tout en l'autorisant à l'hospital ou dans le cadre d'un essai clinique.

Un étude "foireuse", qui "mélange tout", selon le Pr Raoult

Dans une nouvelle vidéo sur le compte Youtube de l'IHU Méditerranée-Infection, l'infectiologue Didier Raoult a réagi lundi, en qualifiant la démarche observationnelle du 'Lancet' de "foireuse". "Comment voulez-vous qu'une étude foireuse faite avec les "big data" change ce que nous, nous avons vu ?" a-t-il réagi .

"Ici, il nous est passé 4.000 malades dans les mains, ne croyez pas que je vais changer parce que des gens font du "big data", une espèce de fantaisie complètement délirante, qui prend des données dont on ne connaît pas la qualité et qui mélange tout".

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