Crédit : l'Etat appelle les banques françaises à la modération

Crédit : l'Etat appelle les banques françaises à la modération©Boursier.com

Boursier.com, publié le lundi 18 mars 2019 à 21h47

Les autorités financières françaises s'inquiètent du niveau d'endettement du secteur privé. Elle viennent de demander aux banques de modérer la distribution de crédit, qui est soutenu par des taux d'intérêts très bas.

Va-t-il devenir plus difficile d'obtenir un crédit bancaire, notamment pour financer un achat immobilier ou un investissement pour les entreprises ? Les autorités bancaires françaises viennent en tout cas de réclamer plus de modération en la matière aux banques, qui vont devoir augmenter leurs réserves destinées à les protéger en cas de nouvelle crise financière

Concrètement, le Haut Conseil de stabilité financière (HCSF), l'autorité chargée depuis 2013 de surveiller le système financier, a relevé lundi ses exigences de fonds propres des établissements en matière de crédit de 0,25 point de pourcentage, pour les porter à 0,5% du montant de leurs activités de crédit en France.

L'endettement privé atteint 133% du PIB en France

Ce matelas de sécurité, appelé "coussin contracyclique", oblige donc les banques à mettre davantage d'argent de côté lorsqu'elles accordent des crédits, ce qui pourrait les inciter à plus de prudence dans l'attribution de nouveaux prêts. Le "coussin contracyclique" avait été instauré en juin 2018, avec un taux de 0,25%.

Le Haut Conseil s'inquiète du fait que l'endettement du secteur privé non financier, alimenté par des taux très bas depuis la crise financière de 2008, continue de croître, pour atteindre 133,3 % du PIB au 3ème trimestre 2018 (59,2% pour les ménages et 74,1% pour les sociétés non-financières, SNF).

"La dynamique observée ces dernières années a conduit la France à un taux d'endettement des agents privés non financiers aujourd'hui élevé, et qui est supérieur à la moyenne de la zone euro comme à ceux de nos principaux partenaires", a relevé le Haut Conseil dans un communiqué publié lundi.

Le projet doit être soumis à la BCE (Banque centrale européenne) et sera adopté le 2 avril 2019. Les banques auront 12 mois pour se conformer à la nouvelle exigence, a précisé le HCSF.

Croissance moins dynamique et risques de turbulences boursières

Le Haut conseil dit prendre acte des perspectives de croissance revues à la baisse au plan international et européen, "tout en constatant que la croissance en France résiste". Il souligne aussi le risque de nouvelles turbulences boursières après celles de la fin 2018, qui ont été suivies d'un vif rebond depuis le début de l'année.

Ainsi, le Haut Conseil "estime que, sur les marchés, le risque d'une retarification des actifs financiers se maintient à un niveau élevé. La correction de la fin de l'année dernière ayant été compensée en ce début d'année, les marchés actions et obligataires continuent d'afficher des valorisations conséquentes, associées à un environnement de taux d'intérêt bas et à un appétit pour le risque significatif".

Des réserves pour soutenir le crédit en cas de crise

L'objectif affiché du renforcement du "coussin contracyclique" est d'éviter que les banques ne se retrouvent en difficulté en cas de ralentissement prononcé de la conjoncture, voire en cas de nouvelle crise financière.

Les réserves faites pourraient alors être relâchées pour permettre aux banques de préserver leur capacité d'offre de crédit, notamment aux PME, qui sont les plus dépendantes du financement bancaire.

La décision française intervient alors que la BCE s'apprête pour sa part à lancer un nouveau programme de prêts ciblés à taux très bas (TLTRO) aux banques de la zone euro, afin de les inciter à accorder des crédits aux entreprises, au moment où l'économie européenne, notamment allemande, montre des signes de faiblesse.

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