Crise politique en Italie: quel coût pour l'économie?

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Matteo Renzi, le 13 janvier 2021 à Rome
Matteo Renzi, le 13 janvier 2021 à Rome
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© AFP, Alberto PIZZOLI, POOL

AFP, publié le jeudi 14 janvier 2021 à 19h48

L'Italie, troisième économie de la zone euro et principale bénéficiaire du plan de relance européen, se retrouve de nouveau dans la tourmente au lendemain de la décision de Matteo Renzi de sortir son parti de la coalition gouvernementale. Faut-il s'attendre au pire sur un plan économique? 

Cette crise menace-t-elle d'affoler les marchés?

Le spread, le très surveillé écart entre le taux de la dette italienne et le taux allemand de référence à dix ans, retrouvait jeudi ses plus hauts niveaux depuis la fin novembre. A 120,2 points de base (soit 1,2 point de pourcentage), c'est le plus élevé de la zone euro derrière la Grèce, mais il est loin des niveaux atteints lors de la rupture de la précédente coalition en août 2019.

L'Italie profite comme ses voisins de l'artillerie lourde sortie en 2020 par la Banque centrale européenne pour lutter contre les ravages de la pandémie de coronavirus. La BCE rachète massivement de la dette, ce qui a quelque peu anesthésié les marchés financiers.

Pour les analystes de la banque ING, "il n'y a pas beaucoup" de danger: une nouvelle coalition dirigée par l'actuel président du Conseil Giuseppe Conte ou un gouvernement d'unité nationale "seraient bien vus par les marchés financiers".

- Quel impact sur le plan de relance européen?

"Les tourments italiens risquent de compromettre la relance de toute l'Europe": c'est l'avertissement lancé par Guntram Wolff, directeur du centre de réflexion Bruegel dans un entretien à la Repubblica.

Une vive controverse sur l'usage des fonds promis par Bruxelles a précipité le départ du parti de Matteo Renzi de la coalition: l'ex-chef du gouvernement reproche à Giuseppe Conte d'accorder trop de rabais fiscaux et bonus aux Italiens au lieu de profiter de cette manne pour investir et réformer structurellement le pays.

Avec 208,6 milliards d'euros de subventions et prêts, Rome hérite de la plus grosse part du méga-plan de relance de 750 milliards d'euros adopté à l'été 2020 par les dirigeants européens.

L'Italie vient d'adopter la mouture nationale du plan, de 222,9 milliards, qu'elle doit soumettre d'ici le 30 avril à Bruxelles, un calendrier difficile à tenir en raison des blocages politiques.

"Seules de nouvelles élections constitueraient une menace sérieuse pour sa mise en œuvre en temps voulu, et nous doutons que l'Italie aille dans cette direction", tempèrent cependant les experts d'ING.

Connu pour les lourdeurs de sa bureaucratie, le pays a été souvent accusé dans le passé d'utiliser à mauvais escient les fonds européens.

Pour Carlo Alberto Carnevale Maffè, professeur de stratégie à l'université Bocconi, ces reproches sont fondés: "C'est le plus gros investissement de l'histoire de l'Italie et il faudra un gouvernement à la hauteur des enjeux".

"L'Italie est l'un des pires pays en Europe pour l'utilisation des fonds communautaires", a-t-il commenté auprès de l'AFP.

La dette italienne risque-t-elle d'exploser?

Le pays affiche une dette colossale de près de 2.600 milliards d'euros, soit 158% du PIB fin 2020, le ratio le plus élevé de la zone euro derrière la Grèce.

Quant au déficit public, le gouvernement italien prévoit qu'il bondira à 10,8% du PIB, contre 1,6% en 2019.

Pour M. Carnevale Maffè, "la dette italienne est un élément d'instabilité pour l'Union européenne".

Bruxelles a suspendu en 2020 les règles de discipline budgétaire, une mesure inédite prise en raison de la pandémie qui a paralysé des pans entiers de l'économie.

En novembre 2020, la Commission européenne a néanmoins mis en garde l'Italie, tout comme la France, contre une dérive incontrôlée des déficits.

Les investisseurs, eux, semblent moins inquiets. Avec la baisse des taux d'intérêt, le coût de l'endettement des Etats a fondu.

Et selon les experts, la BCE devrait racheter en 2021 au moins autant de dette que les pays de la zone euro prévoient d'en émettre.

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