Danemark: le patron de la 1ère banque emporté par un scandale de blanchiment d'argent

Danemark: le patron de la 1ère banque emporté par un scandale de blanchiment d'argent
Le patron de la première banque danoise, Danske Bank, Thomas Borgen, à Copenhague le 16 novembre 2017

AFP, publié le mercredi 19 septembre 2018 à 12h42

Le patron de la première banque danoise, Danske Bank, a annoncé mercredi sa démission, emporté par un scandale de blanchiment en Estonie entre 2007 et 2015 dont l'ampleur exacte reste à déterminer mais qui pourrait se chiffrer en dizaines de milliards d'euros.

"Il est évident que Danske Bank n'a pas été à la hauteur de ses responsabilités dans le cas du possible blanchiment d'argent en Estonie", a indiqué le directeur général Thomas Borgen dans un communiqué de presse alors que la banque présentait mercredi les résultats de son enquête interne.

Même si cette enquête, réalisée par un cabinet indépendant, "conclut que j'ai respecté mes obligations légales, je crois qu'il est mieux pour toutes les parties que je démissionne", ajoute M. Borgen, âgé de 54 ans et en poste depuis 2013.

Cette enquête, réalisée par un cabinet indépendant, a porté sur des flux de 1.500 milliards de couronnes danoises, soit plus de 200 milliards d'euros, ayant transité par une filiale de la banque en Estonie. A titre de comparaison, le Produit intérieur brut de l'Estonie se montait en 2017 à 23 milliards d'euros.

Sur cette somme totale de quelque 200 milliards d'euros, Danske Bank n'est pas "capable de fournir une estimation précise du montant des transactions suspectes", selon un communiqué.

- Des milliards d'euros -

Début septembre, le quotidien américain Wall Street Journal avait évoqué une somme de 150 milliards de dollars (129 milliards d'euros) provenant "d'entreprises ayant des liens avec la Russie et l'ex-Union soviétique" ayant transité par la filiale estonienne durant la période.

Un chiffre de 8,3 milliards de dollars de capitaux blanchis avait été avancé lors de l'ouverture en août d'une enquête par le parquet financier danois.

Le quotidien danois Berlingske, qui avait évoqué en 2017 des sommes d'environ 3,9 milliards de dollars (3,3 milliards d'euros), avait alors plus que doublé le chiffre après avoir consulté les relevés bancaires de vingt sociétés ayant eu des comptes dans cette filiale entre 2007 et 2015. Des relevés liés à une affaire plus ancienne révélée par l'avocat russe Sergueï Magnitsky, décédé en 2009 après un an de détention en Russie.

Danske Bank a également annoncé mercredi le versement de l'équivalent de 200 millions d'euros à une fondation indépendante qui sera créée pour soutenir les initiatives visant à combattre la criminalité financière internationale, y compris le blanchiment d'argent, "également au Danemark et en Estonie".

Cette somme sera comptabilisée au troisième trimestre, ce qui oblige la banque à revoir à la baisse ses prévisions de bénéfice pour 2018.

L'action Danske Bank a décroché à la Bourse de Copenhague, perdant 8,29% à 160,40 couronnes à 9H55 GMT.

"Nous n'avons rien appris sur l'étendue du problème de blanchiment. Cela signifie que l'incertitude peut durer. La peur de fortes amendes est toujours là", a analysé Mikkel Emil Jensen de Sydbank pour l'agence locale Ritzau Finans.

Selon des informations du Wall Street Journal, Danske Bank, qui n'opère pas aux Etats-Unis mais possède des obligations en dollars, est aussi dans le collimateur du gendarme financier américain.

La banque danoise n'est pas le seul établissement financier soupçonné de blanchiment: de grandes banques européennes comme BNP Paribas et Deutsche Bank ont été condamnées à ce titre.

Début septembre, la banque néerlandaise ING a payé la somme de 775 millions d'euros dans un accord conclu avec les autorités suite à une enquête concernant du blanchiment d'argent aux Pays-Bas entre 2010 et 2016.

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