Dans un atelier d'outils de neuroradiologie, des techniques de haute couture

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Opération du service de neuroradiologie interventionnelle de la Fondation Rothschild, le 12 juin 2018 à Paris
Opération du service de neuroradiologie interventionnelle de la Fondation Rothschild, le 12 juin 2018 à Paris
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© AFP, GERARD JULIEN

AFP, publié le mercredi 13 juin 2018 à 13h30

Concentration maximale dans l'atelier. Pas un bruit, hormis le sifflement du bac de nettoyage par ultrasons des pinces et ciseaux. Chez Balt, fabricant français d'outils de neuroradiologie interventionnelle, la précision et l'habileté manuelle exigées rappellent la haute-couture.

Beaucoup d'employés de l'entreprise possèdent d'ailleurs une précédente expérience professionnelle dans le textile, la bijouterie ou encore la maroquinerie.

"J'étais dans la broderie avant. Donc je connaissais déjà la minutie, la rigueur", déclare à l'AFP Laury Clairy, employée de production sur le site de Balt à Montmorency (Val-d'Oise), avant de se replonger sur son travail au microscope.

Les yeux protégés par d'épaisses lunettes noires, la jeune femme est en train de coller par polymérisation UV un ressort sur un poussoir d'à peine 0,25 millimètre de diamètre.

Cet élément sera bientôt crucial pour faire avancer un cathéter, une fine tige en plastique, dans les artères et veines du cerveau d'un patient quelque part dans le monde, pour traiter un anévrisme, une malformation artério-veineuse cérébrale ou un accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique.

"Avant de travailler ici, je ne savais pas que ces choses-là existaient", confie Isabelle Andrieu, autre employée de production chez Balt et ancienne "stoppeuse", spécialiste de la réparation d'étoffes abîmées.

"C'est valorisant, et on se sent utile", ajoute sa collègue Sandie Sudrot, qui travaillait autrefois dans la dentelle et la bijouterie.

- De plastique, d'or et de platine -

Une soixantaine d'étapes peuvent être nécessaires pour fabriquer de bout en bout un cathéter, qui contient des matériaux aussi divers que des plastiques, du silicone, des métaux précieux, de l'acier inox ou encore du nitinol.

Cet alliage ultra-élastique de nickel et titane sert notamment à fabriquer un mini-filet de dentelle métallique s'éjectant d'un cathéter pour attraper et extraire un caillot bouchant la circulation sanguine dans le cerveau, la cause de l'AVC ischémique.

Des micro-bagues d'or ou de platine sont aussi serties à la main sur les cathéters, pour leur permettre d'être visibles aux rayons X une fois qu'ils sont introduits chez le patient par voie endovasculaire (les vaisseaux sanguins), à partir de son artère fémorale jusqu'au cerveau.

Dans le bloc de neuroradiologie interventionnelle de la Fondation Rothschild, à Paris, quatre spécialistes suivent ce jour là sur six écrans la progression millimétrée d'une tige "guide", sorte de fil d'Ariane métallique, dans le dédale des vaisseaux sanguins du cerveau d'une patiente de 49 ans, atteinte d'une malformation artério-veineuse cérébrale.

Après cette cartographie des lieux, un cathéter injecte une colle pour obstruer certains vaisseaux trop étroits, afin de canaliser la circulation sanguine vers des voies normales et réduire ainsi la formation d'anévrismes (poches de sang), qui en cas de rupture sont souvent fatals.

- "Croissance exponentielle" -

Alternative mini-invasive aux opérations du cerveau, la neuroradiologie interventionnelle (NRI) existe depuis la fin des années 1970.

Mais la technique connaît une "croissance exponentielle" depuis que des études de référence ont démontré en 2014-2015 ses bienfaits dans le traitement des AVC ischémiques, selon le Dr Michel Piotin, chef du service de neuroradiologie interventionnelle de la Fondation Rothschild.

"Il y a encore des marges de progression de la technique, mais aussi de la logistique, car pour un AVC ischémique il faut intervenir rapidement, idéalement dans les trois premières heures" ajoute le Dr Piotin.

Les AVC sont l'une des premières causes de handicap acquis (survenant après la naissance), et ont causé 6,7 millions de décès dans le monde en 2012, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Comme les maladies cardiovasculaires, ils sont souvent dus à des conditions de vie dégradées: alcool, tabac, "malbouffe", pollution atmosphérique...

L'explosion du traitement des AVC ischémiques par voie endovasculaire se répercute sur le chiffre d'affaires de Balt, qui a doublé en l'espace de deux ans, à 80 millions d'euros en 2017, dont 90% réalisé à l'étranger.

"Notre objectif est encore de doubler, voire tripler notre activité d'ici cinq ans", déclare à l'AFP Nicolas Plowiecki, président et fils du fondateur de Balt.

"Nous recevons une ou deux propositions par an (de rachat, NDLR) par nos concurrents, qui sont principalement américains", confie M. Plowiecki. "Mais on veut rester indépendants sur le long terme (...). Passer mon temps à jouer au golf, ça m'intéresse moins que de travailler ici", assure-t-il.

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