Dans une Argentine en crise, l'emploi se raréfie

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Des employés licenciés du laboratoire pharmaceutique Roux-Ocefa campent sous une tente, face à l'entrée du laboratoire, le 9 octobre 2018 à Buenos Aires, en Argentine
Des employés licenciés du laboratoire pharmaceutique Roux-Ocefa campent sous une tente, face à l'entrée du laboratoire, le 9 octobre 2018 à Buenos Aires, en Argentine
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© AFP, EITAN ABRAMOVICH

AFP, publié le jeudi 18 octobre 2018 à 13h17

"C'est angoissant. La majorité d'entre nous ne trouve pas de travail, et celui qui en trouve, c'est très précaire", confie Bruno Di Mauro, un des 420 licenciés du laboratoire pharmaceutique argentin Roux-Ocefa.

Congédié après avoir travaillé six ans dans l'entreprise qui a fermé le 1er octobre, cet Argentin de 28 ans et plusieurs anciens collègues campent sous une tente, face à l'entrée du laboratoire.

Cette entreprise fondée en 1935 a fait faillite, comme la société textile Alpargatas, l'entreprise métallurgique Tandil et beaucoup d'autres. Avec une récession de 2,6% en 2018 et une inflation de 45% qui plombe la consommation, l'économie du pays est sinistrée.

"Aujourd'hui, l'urgence c'est de manger. Il y a des camarades qui sont tombés dans de profondes dépressions, un en est mort, un autre s'est suicidé. J'essaie d'être optimiste", dit Bruno Di Mauro qui a créé une coopérative pour essayer de reprendre le laboratoire.

A Rosario, la troisième ville d'Argentine, port céréalier et exportateur de soja, le patron d'une pizzeria a passé une annonce pour embaucher dix personnes. Il a reçu 1.000 candidatures.

- "Désespérant" -

Père de deux enfants, Alex Cuello, 31 ans, a de plus en plus de mal à joindre les deux bouts avec les petits boulots qui le faisaient vivre jusqu'ici. "Je fais un peu de tout. L'an dernier, j'avais du travail tous les jours, mais aujourd'hui, je travaille un ou deux jours, une semaine sur deux. C'est désespérant".

"C'était Uber ou voler. Et moi je ne suis pas un voleur", lâche en retenant ses larmes, Pablo De Biase, un technicien en électronique de 63 ans. En mars il a perdu son emploi comme gérant d'une société de lavage de voitures à la main.

Après deux mois de dépression, il a rebondi comme chauffeur Uber, un travail risqué car illégal en Argentine, et précaire. A 63 ans, difficile de trouver un emploi bien payé.

De Biase a alterné dans sa vie succès professionnels et brutales déconvenues, à chaque crise économique. "C'est douloureux de vivre en Argentine, la tristesse est partout", se lamente-t-il.

En septembre, la situation s'est aggravée sur le front de l'emploi, notamment dans l'industrie, a reconnu le ministre de la Production et du Travail, Dante Sica.

- Coupes budgétaires -

La situation est encore plus compliquée dans le secteur public, qui concentre la moitié des pertes d'emploi depuis le début de l'année.

Le président de centre-droit Mauricio Macri s'est engagé devant le Fonds monétaire international (FMI) à réduire le déficit budgétaire, qui atteint un niveau record, et à parvenir à l'équilibre en 2019. 

Pour cela, il a mis en oeuvre une politique d'austérité qui se traduit par des coupes budgétaires dans toutes les administrations.

L'agronome Renata Valgiusti, 53 ans, en a fait les frais. Elle fait partie des 700 licenciés en 2018 au ministère de l'Agriculture, relégué au rang de Secrétariat d'Etat, avec un budget revu à la baisse. 

Comme elle avait un contrat précaire, elle n'a pas touché d'indemnisation malgré plusieurs années travaillées. "Il faut se réorganiser et trouver des alternatives créatives, l'Etat est de plus en plus absent", dit-elle.

Pour chaque emploi déclaré perdu, on considère que trois emplois informels disparaissent en Argentine, où ce secteur représente 35% du marché du travail.

La construction, l'industrie et les PME sont les plus touchées. 

"Le panorama est très compliqué", souligne Patricia di Pinto, à la tête d'une entreprise de recrutement, dont l'activité est en chute. 

D'après une étude du cabinet Willis Towers Watson, 56% des 454 entreprises consultées envisagent de congédier des employés avant la fin de l'année, contre 18% en mars.

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