Davos : les dirigeants d'entreprises sont plus que jamais optimistes (Etude)

Davos : les dirigeants d'entreprises sont plus que jamais optimistes (Etude)©Boursier.com

Boursier.com, publié le mercredi 24 janvier 2018 à 07h35

Un nombre record de dirigeants se déclare optimistes quant à la conjoncture économique mondiale... Ces derniers  restent néanmoins prudents face à l'émergence des menaces géopolitiques, qu'elles soient liées à la sécurité physique ou virtuelle. Face à ces inquiétudes, les dirigeants ne se replient pas pour autant : ils s'adaptent notamment face à la révolution numérique et s'engagent au service de la société dans un monde de plus en plus fragmenté...

C'est ce que révèle la 21e édition du baromètre annuel mondial "Global CEO Survey" de PwC, menée auprès de quelque 1.300 dirigeants d'entreprise dans le monde et présentée à l'occasion de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos.

Les dirigeants du monde entier expriment un optimisme record

57% de ces dirigeants déclarent que la croissance économique mondiale devrait selon eux s'améliorer dans les 12 mois à venir. C'est près de deux fois plus que l'an dernier (29%), soit la progression la plus importante jamais enregistrée depuis 2012, année où PwC a commencé à interroger les dirigeants à ce sujet. Les dirigeants européens illustrent cette tendance mondiale : 57% d'entre eux estiment que la croissance économique mondiale va progresser.
 
L'optimisme a plus que doublé aux États-Unis (59%), après une période d'incertitude entourant l'élection présidentielle (2017 : 24%). Les chefs d'entreprise basés au Brésil affichent également un fort regain d'optimisme vis-à-vis de l'amélioration de la croissance mondiale (80%, soit +38%). Même constat dans les pays plus pessimistes, tels que le Japon (38 % en 2018, contre 11% en 2017) et le Royaume-Uni (36% en 2018, contre 17% en 2017), où l'optimisme vis-à-vis de la croissance mondiale a plus que doublé depuis l'an dernier...

Vague d'optimisme

Pour Bernard Gainnier, président de PwC France et Afrique francophone : "cette vague record d'optimisme, initiée en 2017, est portée par le dynamisme des indicateurs macro-économiques. Elle n'est pas l'apanage de quelques pays phares : c'est un mouvement qui peut s'observer dans de nombreuses régions du monde, à l'exception de l'Afrique, où les dirigeants africains sont moins optimistes. C'est très probablement la meilleure année pour l'économie mondiale depuis 2010."

...une confiance accrue dans leur propre  croissance à court terme

Cet optimisme nourrit la confiance qu'éprouvent les dirigeants envers les perspectives de leur propre entreprise, même si la progression n'est pas aussi nette. Au total, 42 % des dirigeants se déclarent "très confiants" quant aux perspectives de croissance de leur entreprise sur les 12 prochains mois, contre 38 % l'an dernier.
 
L'Amérique du Nord est la seule région où une majorité de dirigeants sont " très confiants " quant à leurs perspectives à 12 mois : de 39% en 2017, elle passe à 52% en 2018.

"Alors que la dernière élection présidentielle aux Etats-Unis avait plongé les dirigeants américains dans un certain état de fébrilité, ils sont aujourd'hui devenus les plus optimistes. Cette tendance s'explique par la politique pro business menée par l'administration Trump, dont le leitmotiv America First donne la priorité aux entreprises américaines. La réforme fiscale américaine en est une composante essentielle, dont il ne faut pas sous-estimer les conséquences au niveau mondial. Elle va probablement contribuer à faire grandir les disparités fiscales entre les pays", explique Bernard Gainnier.

Les dirigeants européens sont légèrement moins optimistes par rapport à la tendance globale : seuls 38% d'entre eux sont " très confiants " quant aux perspectives de croissance sur l'année à venir (contre 42% au global).
 
Dans ce contexte, les trois secteurs les plus optimistes quant à leurs perspectives à 12 mois sont la filière technologique (48% des dirigeants se déclarent " très confiants "), le secteur des services aux entreprises (46%) et la branche pharmaceutique et sciences de la vie (46%).

Les États-Unis continuent d'inspirer la confiance et réaffirment leur position dominante face à la Chine

La confiance des dirigeants dans le marché américain dépasse les seules frontières du pays : les dirigeants hors États-Unis y voient la principale source de croissance pour les 12 mois à venir. De plus, cette année, la position de leader de ce marché face à la Chine se trouve renforcée : 46% des dirigeants placent les États-Unis en tête, contre 33 % pour la Chine, avec un écart en progression de 2% par rapport à 2017.
 
L'Allemagne (20%) conserve la médaille de bronze, suivie du Royaume-Uni (15%) en quatrième position, tandis que l'Inde se substitue au Japon en tant que cinquième marché le plus attractif en 2018.
 
A noter que la France remonte dans le classement des pays considérés comme les plus importants par les dirigeants pour leurs perspectives de croissance et passe de la 9ème à la 7ème place. Le Canada, quant à lui,  passe de la 15ème à la 9ème place.

France et le Canada semblent suivre une trajectoire similaire

Selon Bernard Gainnier, "il est intéressant de remarquer que la France et le Canada semblent suivre une trajectoire similaire. Les dirigeants de ces pays ont un profil et une posture semblables : Justin Trudeau et Emmanuel Macron se distinguent tous deux par leur attitude positive et  pro business.

On peut certainement parler d'un "effet Macron" en ce qui concerne la progression de la France dans le classement. Le contexte géopolitique est plus que jamais un vecteur de confiance pour les chefs d'entreprise".

Les dirigeants sont préoccupés par des menaces sociétales qu'ils ne peuvent maîtriser

Malgré l'optimisme ambiant au sujet de l'économie mondiale, les dirigeants se montrent inquiets face à certaines menaces. Aussi, le risque d'un excès de réglementation reste la principale préoccupation des chefs d'entreprise (42% d'entre eux se disent extrêmement préoccupés à cet égard). De plus, le manque de compétences clés est une crainte majeure pour les chefs d'entreprise chinois (64% se déclarent extrêmement préoccupés en 2018, contre 52% en 2017).
 
Face à ces menaces traditionnelles, le baromètre atteste de la montée en puissance des risques qui dépassent désormais le seul champ économique. En effet, la nature des menaces a évolué. Ces dernières s'articulent fortement autour de la notion de sécurité, et ce tant d'un point de vue physique que virtuel.
 
Ainsi, les dirigeants se déclarent "extrêmement préoccupés" par les incertitudes géopolitiques (40%), les cybermenaces (40%), le terrorisme (41%), le manque de compétences clés (38%) et le populisme (35%). Ces menaces qui pèsent sur les perspectives de croissance des entreprises occultent les préoccupations classiques telles que la volatilité des taux de change (29%) et l'évolution du comportement des consommateurs (26%).

La part de dirigeants extrêmement préoccupés par le terrorisme a doublé en un an (41 % en 2018, contre 20% en 2017), le terrorisme entrant ainsi dans le classement des dix plus grandes menaces pour la croissance.Le baromètre souligne également la progression de l'inquiétude des dirigeants liée aux cybermenaces. Aux États-Unis (63%) et au Royaume-Uni (39%), les cybermenaces ont remplacé l'excès de réglementation au rang de préoccupation principale des dirigeants, tandis qu'en Allemagne, elles ont bondi de la cinquième à la troisième place (28%) cette année.

Enfin, la baromètre relève qu'un an après la signature de l'accord de Paris par plus de 190 pays engagés dans la lutte contre le changement climatique, la proportion de dirigeants préoccupés par la menace que représentent le changement climatique et les dégâts environnementaux pour les perspectives de croissance a doublé pour atteindre 31% (2017 : 15%). En Chine, plus de la moitié des chefs d'entreprise (54 %) sont extrêmement préoccupés par la menace que représentent le changement climatique et les dégâts environnementaux pour la croissance, à égalité avec les incertitudes géopolitiques et le protectionnisme...

Les dirigeants soucieux d'intégrer les impacts de la révolution numérique

Portés par la confiance dans la hausse du chiffre d'affaires à court terme, 54% des dirigeants prévoient d'augmenter leurs effectifs en 2018 (contre 52% en 2017). Seuls 18% des dirigeants prévoient à l'inverse de les réduire.
 
Par ailleurs, les dirigeants sont conscients de l'impact de la révolution technologique sur le monde économique. Ils semblent convaincus que les technologies entraîneront une création nette d'emplois. En effet, l'intelligence artificielle  (IA) peut révolutionner la croissance de l'économie mondiale et pourrait contribuer à hauteur de 15.700 milliards de dollars à l'économie mondiale en 2030. C'est en Chine et en Amérique du Nord que l'IA devrait générer les bénéfices économiques les plus importants.

Un changement historique de paradigme

Ces évolutions provoquent un changement historique de paradigme avec un défi majeur à relever, celui de la gestion des talents.  Ainsi, plus d'un quart des dirigeants (28%) sont extrêmement préoccupés par la rareté des compétences digitales dans le pays où ils sont basés, une part qui atteint 49% en Afrique du Sud, 51% en Chine et 59 % au Brésil.

"Sur un marché de l'emploi où les compétences technologiques sont désormais incontournables, il s'agit pour les dirigeants d'attirer les talents digitaux, mais aussi de favoriser l'adaptation permanente des compétences tout au long de la carrière. Il est essentiel de développer des programmes d'enseignement et de formation professionnelle innovants, comme de multiplier les partenariats entre les entreprises et les pouvoirs publics. Nous sommes face à un paradoxe, plus le monde devient technologique, plus le facteur humain fera la différence", explique Bernard Gainnier.

Dans ce contexte, deux tiers des dirigeants pensent qu'il est de leur responsabilité de former les collaborateurs dont les tâches et les métiers ont été automatisées. Ce constat se vérifie tout particulièrement dans les secteurs de l'ingénierie et de la construction (73%), de la technologie (71%) et des communications (77%). Par ailleurs, 61% des dirigeants nouent une relation de confiance avec leur main-d'oeuvre en se montrant transparents, du moins jusqu'à un certain point, sur la manière dont l'automatisation et l'IA affectent leur personnel.

Les dirigeants font de la confiance l'un des piliers de leur résilience

A l'ère de la révolution numérique, la confiance est au coeur des enjeux des entreprises. La majorité des dirigeants (59 %) fait état d'une pression forte exercée sur les responsables pour qu'ils rendent des comptes, notamment en cas de faute. Plus d'un tiers d'entre eux (38 %) affirment que leurs salariés et leurs clients les pressent davantage à prendre publiquement position sur des sujets de nature politique ou sociale.
 
Dans les métiers de la banque et des marchés de capitaux (65%), de la santé (65%) et de la technologie (59%), la responsabilisation des équipes dirigeantes est une thématique qui revient plus fréquemment que chez les dirigeants pris dans leur ensemble. Les attentes sont également élevées aux États-Unis (70%), au Brésil (67%) et au Royaume-Uni (63%). Les débats largement relayés sur la diversité, l'immigration, l'inclusion sociale et l'égalité des salaires ont eu pour effet d'accroître les attentes des salariés vis-à-vis des prises de position de leurs équipes de direction sur des enjeux politiques et sociaux, notamment aux États-Unis (51%), en Chine (41%) et au Royaume-Uni (38%).
 
La confiance semble également être un atout mesurable et contrôlable. Aussi, en décryptant les moteurs de la confiance, les chefs d'entreprise assurent leur résilience et leur prospérité. Les dirigeants privilégient ainsi deux pistes principales : rendre leur stratégie plus transparente pour 50% d'entre eux, et investir massivement dans la cybersécurité pour 47% d'entre eux. Pour 44% d'entre eux, la transparence autour du stockage des données est également une priorité, tout autant que la promotion de l'inclusion et de la diversité (44%).

Face au monde fragmenté, les dirigeants s'engagent...

Cette stratégie axée autour de la confiance se décline d'autant plus naturellement à l'heure où les chefs d'entreprise font le constat d'un monde fragmenté. En effet, ces derniers sont divisés sur la question de savoir si la croissance économique future profitera à tous ou seulement à quelques-uns. La mondialisation a certes facilité le mouvement des biens, des personnes, des capitaux et des informations. Cependant, les dirigeants estiment, à 40%, qu'elle n'a pas été efficace pour réduire l'écart de pauvreté entre les populations. 30% des chefs d'entreprise estiment également que la mondialisation n'a pas du tout contribué à éviter la raréfaction des ressources et le changement climatique ; des résultats qui font pleinement écho à la question mise à l'honneur cette année par le Forum de Davos "comment créer un futur partagé dans un monde fracturé".

"De plus en plus d'entreprises prennent en compte de nouveaux indicateurs multidimensionnels comme les Objectifs de Développement Durable (ODD) fixés par l'ONU pour mesurer leur performance et leur contribution sociétale. Il s'agit bien ici de montrer qu'il est possible de réconcilier la croissance économique et le progrès social. J'ai la conviction que l'entreprise doit prendre sa part et être un acteur clé de ce rééquilibrage. Dans ce monde fragmenté, c'est bien le rôle de l'entreprise qui est ici interrogé", conclut Bernard Gainnier.

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