Derrière TikTok, des applis chinoises font leur trou à l'étranger

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Les applications chinoises SHEIN, SHAREit ou Likee sont téléchargées par des millions de personnes dans le monde et rivalisent  d'ingéniosité pour éviter un destin à la TikTok
Les applications chinoises SHEIN, SHAREit ou Likee sont téléchargées par des millions de personnes dans le monde et rivalisent d'ingéniosité pour éviter un destin à la TikTok
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© AFP, Philippe LOPEZ

AFP, publié le mercredi 14 octobre 2020 à 09h05

Elles s'appellent SHEIN (prêt-à-porter), SHAREit (envoi de fichiers) ou Likee (vidéos): ces applications chinoises sont téléchargées par des millions de personnes dans le monde. Mais rivalisent désormais d'ingéniosité pour éviter un destin à la TikTok.

L'application de vidéos divertissantes est dans la tourmente depuis que Donald Trump lui reproche de pouvoir espionner pour le compte de Pékin. 

De façon générale, les applications chinoises doivent désormais composer avec des gouvernements étrangers de plus en plus suspicieux envers les technologies venues de Chine, parfois perçues comme des chevaux de Troie du Parti communiste.

Pour contourner cette difficulté, certaines gomment leur origine, notamment dans les pays occidentaux où les débats sur la cybersécurité font rage. D'autres se tournent vers des marchés en développement plus accueillants.

Dénominateur commun: une forte présence sur les réseaux sociaux.

La plateforme de vente de vêtements féminins SHEIN a ainsi séduit pléthore d'influenceuses et de célébrités, dont les chanteuses américaine Katy Perry et britannique Rita Ora -- chargées d'augmenter la notoriété de la marque.

Et ça marche: elle est désormais dans le top 5 des téléchargements d'applications gratuites de commerce sur l'AppStore en France, aux Etats-Unis et en Australie, selon le cabinet américain Sensor Tower.

"La plupart de leurs utilisateurs dans le monde ne savent pas qu'une entreprise chinoise" est derrière, note Philip Wiggenraad, spécialiste de la vente au détail basé à Hong Kong.

- Serveurs -

SHEIN indiquait en février être présent dans le monde entier et avoir réalisé en 2019 pour 20 milliards de yuans (2,5 milliards d'euros) de chiffre d'affaires.

Même l'application de vidéos TikTok, à l'image écornée par les accusations de Donald Trump, a accumulé 800 millions de téléchargements en 2020, selon Sensor Tower.

Un résultat réalisé en dépit de son interdiction en Inde depuis cet été. New Delhi a banni au total plus de 200 autres applications chinoises après un affrontement militaire meurtrier à la frontière entre les deux pays.

ByteDance, maison-mère de TikTok, tente actuellement de maintenir les activités de l'application aux Etats-Unis. L'administration Trump menace de l'interdire si elle ne passe pas sous le contrôle d'un groupe américain d'ici le 12 novembre.

Un exemple qui pousse les autres plateformes chinoises à adopter des stratégies différentes.

L'application de partage de fichiers SHAREit, bloquée en Inde, pivote rapidement vers de nouveaux marchés. Elle dit désormais avoir 20 millions d'utilisateurs actifs en Afrique du Sud et vise l'Indonésie, 4e pays le plus peuplé du monde.

D'autres installent leur siège ou stockent leurs données en dehors de Chine pour éviter les suscipions de collusion avec Pékin.

"Nous avons des serveurs dans différents endroits de la planète, dont les Etats-Unis, Singapour et l'Inde", explique à l'AFP un porte-parole de Bigo, l'entreprise créatrice de l'application de vidéos Likee -- au style proche de TikTok.

"Mais nous n'avons aucun serveur en Chine continentale ou à Hong Kong."

- 'Techno-autoritaire' -

Likee, dont la maison-mère a son siège social à Singapour, était la troisième application chinoise la plus téléchargée dans le monde entre janvier et mi-septembre, selon Sensor Tower.

Mais sur le long terme, les concepteurs d'applications devront peut-être davantage batailler pour rassurer gouvernements et consommateurs étrangers en matière de confidentialité et de cybersécurité.

Une loi chinoise oblige en théorie les entreprises du pays à fournir les données personnelles de leurs utilisateurs dans certains cas.

Principale difficulté pour ces applications de ce fait: ne pas être perçues comme des "mandataires" du régime communiste, note Alex Capri, chercheur pour la Fondation Hinrich, organisme indépendant qui suit les évolutions du commerce mondial.

"Il sera de plus en plus difficile pour les entreprises chinoises d'être compétitives en dehors de l'environnement numérique techno-autoritaire" de la Chine, prédit-il.

Mais malgré les tensions avec Washington et New Delhi, Pékin n'a aucune intention de "mettre de côté ses ambitions technologiques", note Mme Ho Woei Chen, économiste chez United Overseas Bank.

Selon elle, un rejet des technologies venues de Chine aurait même sur les entreprises chinoises l'effet inverse: les pousser "à s'améliorer et à renforcer leurs capacités".

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