Des entreprises européennes accusées d'aider la Chine à surveiller sa population

Des entreprises européennes accusées d'aider la Chine à surveiller sa population
Surveillance de la population

Boursier.com, publié le mardi 22 septembre 2020 à 16h10

L'ONG Amnesty International a notamment épinglé le géant français de l'identification numérique Idemia pour la vente d'un système de reconnaissance faciale à la police de Shanghaï...

Caméras de surveillance, reconnaissance faciale et biométrie... Dans un nouveau rapport d'enquête intitulé "Out of Control" dévoilé lundi, Amnesty International a dénoncé les liens commerciaux entre Pékin et plusieurs entreprises européennes qui auraient doté la Chine de matériels de surveillance.

Trois entreprises sont visées par l'ONG : le Suédois Axis Communications qui équipe en caméras Skynet et Sharp Eyes, les deux programmes-phare de la vidéosurveillance chinoise ; le Néerlandais Noldus Information Technology qui a fourni un logiciel de détection des émotions à plusieurs autorités locales ; et le géant français de l'identification numérique Idemia.

Ce dernier aurait vendu un système permettant de détecter et de reconnaître des visages sur une bande vidéo au Bureau de la sécurité publique de Shanghai. Or, cette vente, réalisée en 2015 par Morpho, ancienne filiale de Safran, qui a fusionné avec Oberthur en 2017 pour former Idemia, soulève de nombreuses questions sur la protection des droits humains.

"Atteintes aux droits humains"

"En vendant des technologies de surveillance numérique aux services en charge de la sécurité publique en Chine, des entreprises technologiques européennes risquent d'exacerber des atteintes aux droits humains généralisées", explique l'ONG, dénonçant dans le même temps le manque de régulation concernant "l'exportation de technologies de reconnaissance faciale".

En outre, "les produits exportés ont parfois été directement destinés aux programmes de surveillance de masse non ciblée mis en place par la Chine, posant ainsi le risque d'un usage contre les Ouïghours et d'autres groupes ethniques à majorité musulmane sur le territoire", souligne Amnesty International, qui appelle les entreprises à ne pas vendre des technologies de reconnaissance faciale aux autorités chargées de l'application des lois.

Selon Merel Koning, responsable de la politique sur les technologies et les droits humains à Amnesty International, "le secteur des technologies biométriques de surveillance en Europe échappe à tout contrôle". "Les transactions avec des services de sécurité chinois et des instituts de recherche épaulant ces services ne sont que la partie émergée d'un marché qui se chiffre à plusieurs milliards d'euros", a-t-elle ajouté.

Idemia dément

Contactée par 'Le Monde', une porte-parole d'Idemia assure que "le système n'a jamais été déployé". "Il s'agissait d'un système ancienne génération de reconnaissance faciale post-événement destiné à une autorité locale de police judiciaire. En aucun cas cet équipement n'était en mesure d'être utilisé pour une surveillance en temps réel", a-t-elle expliqué.

L'entreprise a par ailleurs condamné "fermement l'utilisation de technologies de reconnaissance faciale à des fins de surveillance de masse ainsi que pour tout autre motif qui serait contraire aux droits humains", ajoutant que ces technologies nécessitent effectivement "la mise en place d'un cadre réglementaire européen clair"...

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