Donald Trump augmente encore la pression sur la Chine avant l'arrivée de Biden

Donald Trump augmente encore la pression sur la Chine avant l'arrivée de Biden©Boursier.com

Boursier.com, publié le lundi 07 décembre 2020 à 07h04

Washington a ajouté vendredi 4 grandes entreprises chinoises, dont le groupe pétrolier CNOOC et le fabricant de puces SMIC, à sa liste noire des sociétés considérées comme ayant des liens avec l'armée chinoise.

Les relations sino-américaines sont tombées au plus bas depuis des décennies sous la présidence de Donald Trump, mais il n'est pas certain qu'elles s'améliorent avec l'élection de Joe Biden qui affiche lui aussi une position ferme face à Pékin, tant sur le plan du commerce et de la technologie que sur les droits de l'homme...

En attendant l'investiture du nouveau président élu, le 20 janvier prochain, l'administration Trump a accru un peu plus la pression sur la Chine, en ajoutant dernièrement 4 sociétés chinoises à la liste noire du Pentagone, qui recense les entreprises contrôlées ou ayant un lien avec l'armée chinoise...

35 entreprises chinoises sur la liste noire du Pentagone

Ainsi, le Département américain de Défense a ajouté à cette liste le groupe pétrolier CNOOC, le fabricant de puces SMIC, ainsi que China Construction Technology et China International Engineering Consulting.

Cela porte à 35 le nombre de firmes chinoises concernées, des entreprises évoluant notamment dans les secteurs de la technologie, de la chimie, du BTP ou de l'aérospatial. Le géant des télécommunications Huawei (qui figure aussi sur une autre liste noire, celle du département du Commerce) en fait partie, tout comme China Mobile, China Telecom ou les groupes nucléaires CNNC et CGN.

Investissements américains interdits dans les sociétés concernées

Alors que la liste noire du département du commerce interdit aux sociétés américaines de commercer avec les entités chinoises qui y sont inscrites (sauf autorisation ad hoc), celle du Pentagone aura des effets sur les investissements de capitaux américains dans les entreprises chinoises concernées.

Ainsi, le président américain sortant Donald Trump a signé le 12 novembre dernier un décret présidentiel interdisant aux investisseurs américains (fonds d'investissement, fonds de pension ou tout autre investisseur) d'acheter des titres de ces compagnies à partir du 11 janvier prochain. Les investisseurs auront toutefois jusqu'au 11 novembre 2021 pour vendre les titres qu'ils détenaient avant le 11 janvier 2021...

Arsenal de mesures contre des firmes chinoises

Le décret de la Maison Blanche a justifié sa décision par le fait que "la Chine utilise de façon croissante des capitaux américains pour financer et faciliter le développement et la modernisation de son armée, de ses services secrets et d'autres entités à caractère sécuritaire".

Cette mesure vient compléter un arsenal de mesures prises ces dernières années par la Maison Blanche contre Pékin, comme le durcissement des conditions d'introduction en Bourse pour les firmes chinoises ou les sanctions prises contre le géant des télécoms Huawei, jugé dangereux pour la sécurité nationale américaine. Sans compter les attaques de Donald Trump contre ByteDance, propriétaire de l'application de vidéos TikTok, et Tencent, qui possède l'application de messagerie WeChat. Le président américain a aussi accusé régulièrement la Chine de n'avoir pas agi assez vite pour juguler le Covid-19, qui a démarré à Wuhan fin 2019.

Ce décret présidentiel a été la seule mesure d'envergure prise par Trump depuis l'élection présidentielle du 3 novembre, et montre que le président sortant entend mettre une pression accrue sur Pékin avant son départ, au risque de laisser à son successeur une situation des plus tendues.

CNOOC dénonce des informations "fausses et inexactes"

CNOOC a ainsi déclaré vendredi être "choqué et au regret" d'apprendre la décision, qui repose selon lui sur des "informations fausses et inexactes". A noter que des actionnaires américains détiennent 16,5% du capital de la filiale de CNOOC cotée à Hong Kong.

China Telecom a indiqué en novembre que les mesures pourrait avoir un impact négatif sur le cours de Bourse de son action cotée à Hong Kong et sur son ADR, un titre coté à New York. Un autre opérateur télécoms, China Unicom Hong Kong Ltd, a dit que sa maison mère China United Network Communications Group Co Ltd serait concernée par ce décret.

Pékin accuse Washington d'abus de pouvoir

Le gouvernement chinois a lui aussi vivement réagi vendredi par l'intermédiaire de sa porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hua Chunying, qui s'est "opposée fermement à la répression exercée sans fondement sur des entreprises chinoises de la part des Etats-Unis". Les Etats-Unis "devraient cesser d'abuser du pouvoir de l'Etat et de généraliser le concept de sécurité nationale pour s'en prendre aux entreprises étrangères", a ajouté Mme Hua, citée par l'agence Xinhua.

Il reste que la politique des Etats-Unis vis-à-vis de la Chine ne devrait pas être modifiée en profondeur par l'élection de Joe Biden, les Démocrates étant souvent sur la même longueur d'onde que les Républicains concernant le déséquilibre des échanges commerciaux entre les Etats-Unis et la Chine.

Joe Biden entend maintenir l'accord commercial avec Pékin... pour l'instant

Mercredi, dans un entretien avec le 'New York Times', le président élu Joe Biden a déclaré qu'il ne reviendrait pas dans l'immédiat sur l'accord commercial provisoire conclu par Donald Trump avec la Chine. "Je ne prendrai aucune initiative immédiate et cela s'applique aux droits de douane. Je ne vais pas limiter mes options", a déclaré Joe Biden.

Dans le cadre de cet accord commercial dit "de phase 1", signé en début d'année, la Chine s'est engagée à augmenter d'au moins 200 milliards de dollars (166 milliards d'euros) sur 2020 et 2021 ses achats de produits et services américains. L'accord maintient en outre des droits de douane américains de 25% sur 250 Mds$ de produits chinois importés ainsi que des mesures de rétorsion chinoises sur plus de 100 Mds$ d'importations en provenance des Etats-Unis.

Biden-Trump, des styles opposés, mais des politiques semblables face à la Chine ?

D'après Joe Biden, la meilleure stratégie consiste en premier lieu à mettre les Etats-Unis et leurs alliés traditionnels sur "la même ligne" face à la Chine... Le président américain élu a ajouté qu'il ciblerait les "pratiques abusives" de la Chine, notamment "le vol de propriété intellectuelle", les "subventions illégales" aux entreprises et les transferts de technologie forcés. Un message qui sur le fond ne diffère pas vraiment de celui de Donald Trump...

En outre, le retour annoncé de Washington dans le système multilatéral, alors que Donald Trump l'a retirée de l'accord de Paris sur le climat, de l'accord sur le nucléaire iranien, de l'Unesco et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), pourrait mettre la pression sur Pékin, qui s'était présenté ces dernières années comme un champion du multilatéralisme...

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