Du choc au sursaut, la crise du Covid racontée par les patrons

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Les restaurants fermés dans la capitale le 31 mai 2020
Les restaurants fermés dans la capitale le 31 mai 2020
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© AFP, BERTRAND GUAY

AFP, publié le vendredi 28 août 2020 à 13h01

"Tout s'est arrêté du jour au lendemain." Passé le choc du confinement face au Covid, les entreprises se sont adaptées, ont tenu bon et leurs patrons, réunis cette semaine par le Medef, voient dans cette crise inédite un formidable "accélérateur de tendances", malgré les incertitudes toujours présentes.

"Ca a été un choc d'entendre à 20 heures: à minuit, il faut tout fermer", raconte Julia Sedefdjian, cheffe étoilée à Paris. Brutalement, son chiffre d'affaires est réduit à néant mais, mue par "l'instinct de survie", la restauratrice se "remet aux fourneaux", d'abord en proposant "un ou deux plats à emporter". 

La sidération, le secteur du transport en a fait aussi l'expérience: "ce n'était plus le monde certain qu'on connaissait, on a appris à naviguer dans l'incertitude avec un grand I", témoigne Nathalie Stubler, PDG de Transavia France. "Notre métier, c'est la mobilité et d'un seul coup la crise nous a rendus tous immobiles", ajoute Christophe Fanichet, PDG de SNCF Voyageurs. 

Chez Carrefour, en première ligne pour nourrir les Français, "on a assuré le service public de l'alimentation, on est resté ouvert, on a protégé nos salariés", raconte le PDG Alexandre Bompard. Il se félicite qu'à la faveur de cette crise, "le regard sur le secteur de la grande distribution ait changé: on a prouvé notre utilité sociale".

Cette crise a été "un moment de vérité" pour M. Bompard, un "test grandeur nature de résilience du système" pour Frédéric Oudéa, le PDG de la Société Générale, fier lui aussi que la profession bancaire ait réussi en "quinze jours" à proposer à ses clients le Prêt garanti par l'Etat (PGE). A la mi-août, près de 120 milliards d'euros avaient été distribués aux entreprises. 

Autre facteur de fierté, la mobilisation immédiate des salariés, qui ont répondu présent. "On n'a pas eu un droit de retrait. Tout le monde a été sur le pont, avec les moyens du bord au début parce qu'il n'y avait pas les masques", témoigne Bertrand Camus, directeur général de Suez. "Mais on s'est adapté, on a trouvé ensemble, avec les équipes, les façons d'opérer."

- "un avant et un après" -

Si la crise n'est pas terminée, tous s'accordent à dire qu'elle a précipité des transformations frémissantes dans tous les secteurs. 

Dans le commerce en ligne alimentaire, "il y a aura un avant et un après", affirme Alexandre Bompard. "On a plus progressé en trois mois que dans les trois années précédentes", selon le PDG de Carrefour. 

Idem chez L'Oréal, où le confinement a obligé l'entreprise à "accélérer transformation digitale", notamment pour garder le contact avec les clients, selon le directeur général pour la France, Hervé Navellou. 

A la Société générale, le télétravail a si bien fonctionné que la banque a décidé de  "systématiser" son recours, à raison de "deux à trois fois par semaine". 

Le directeur général de Suez salue également une "prise de conscience" accélérée sur les enjeux climatiques. Attention "à ne pas faire la même erreur qu'en 2008 où on a sacrifié l'environnement pour l'économie", a-t-il toutefois prévenu. 

Mais au moment où l'épidémie semble donner des signes de reprise, les patrons restent prudents. "La conjoncture est très difficile à décrypter", reconnaît Alexandre Bompard. 

"On a un projet de développement, avec de la croissance, des vols supplémentaires", mais "en attendant, mon engagement est de rester positif et de trouver les voies et moyens de faire le dos rond", témoigne aussi la patronne de Transavia France. 

La cheffe Julia Sedefdjian assure être "prête" en cas de reconfinement, mais son rapport au temps a changé: "on fait nos courses le jour pour le lendemain."

Si l'obligation de porter le masque en entreprise est plutôt bien acceptée, les patrons ne veulent plus se voir imposer un nouvel arrêt de leurs activités. "Il faut qu'on arrive à communiquer juste, qu'on évite de faire trop peur car on peut pas se repayer un deuxième confinement", a lancé Frédéric Oudéa, sous les applaudissements. 

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