Du pain fait maison à la boulangerie: la success story d'une Londonienne confinée

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Sophia et Jesse Sutton-Jones dans leur boulangerie à Londres, le 18 mars 2021
Sophia et Jesse Sutton-Jones dans leur boulangerie à Londres, le 18 mars 2021
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© AFP, Justin TALLIS

AFP, publié le dimanche 21 mars 2021 à 09h22

"J'y avais toujours pensé mais sans oser le faire": confinée chez elle en mars dernier, Sophia s'est lancée dans la fabrication du pain au levain. Un an plus tard, elle possède sa propre boulangerie à Londres, qui  ne désemplit pas.

"J'y avais toujours pensé mais sans oser le faire": confinée chez elle en mars dernier, Sophia s'est lancée dans la fabrication du pain au levain. Un an plus tard, elle possède sa propre boulangerie à Londres, qui  ne désemplit pas.

Fin mars 2020, le Royaume-Uni, percuté par la pandémie de Covid-19, entrait dans son premier confinement. Sophia Sutton-Jones, fille de boulanger, a alors préparé une miche de pain pour un voisin cloîtré chez lui. 

"Il en a parlé à ses amis et très vite on avait une douzaine de personnes qui faisaient la queue devant chez nous", se souvient, amusée, la jeune femme de 29 ans aux côtés de son mari, Jesse, 28 ans. Autour d'eux une demi douzaine d'employés sortent les miches brûlantes du four, garnissent le comptoir de viennoiseries, et découpent des gâteaux recouverts de crème. 

Le foyer de Sophia et Jesse s'est vite retrouvé couvert de farine. "Notre salon était la boulangerie et notre chambre d'amis la réserve. Si vous vouliez utiliser la chambre d'amis, il fallait dormir sur des sacs de farine!", explique-t-elle. 

Quelques semaines plus tard, le couple qui, avant le confinement, vendait des accessoires de cuisine en ligne, a commencé à effectuer des livraisons en vélo dans leur quartier de Crouch end, dans le nord de Londres, et ses alentours.

Pains au chocolat, croissants, cruffins (mélange entre le croissant et le muffin): leurs viennoiseries mettent l'eau à la bouche mais leur principal succès, c'est le pain au levain, pour lequel les Britanniques ont développé une véritable passion.

- Une passion du confinement -

Pendant le confinement, les apprentis boulangers, au Royaume-Uni comme dans d'autres pays, ont été nombreux à poster leurs tentatives, plus ou moins réussies, d'obtenir une miche croustillante et dorée. 

Les longues heures passées enfermés étaient propices à la réalisation de ce type de pain qui demande du temps pour laisser le levain prendre forme.

"C'est la plus vieille façon de fabriquer du pain", souligne Sophia. 

Elle rappelle que pendant le confinement "on ne trouvait pas de levure, et à cause de cette pénurie, les gens ont compris qu'on pouvait faire du pain différemment et que c'était meilleur pour la santé" car le levain abaisse l'index glycémique du pain et facilite la digestion.

La recette semble en tout cas avoir séduit. Le succès immédiat a poussé le couple à lancer une levée de fonds pour créer leur boulangerie dans le quartier. Celle-ci a dépassé leurs attentes, récoltant plus de 33.000 livres (38.000 euros) sur un objectif de 25.000 livres.

Baptisée "Sourdough Sophia", la boutique à l'attirante devanture rose a vu le jour en janvier.

Bien qu'un peu à l'écart de la rue commerçante, qui compte plusieurs autres boulangeries, elle attire des files de clients dès l'ouverture. "Je les ai toutes testées, c'est ici que le pain est le meilleur", dit Ben Claypole, 43 ans, en patientant à l'extérieur de la boutique avec son petit chien. Il apprécie aussi le fait que ce soit une "petite entreprise" indépendante.

Dans le quartier, des boutiques ont le rideau fermé. Les commerces considérés non essentiels ne devraient pas rouvrir avant le 12 avril et certains risquent de rester fermés définitivement, submergés par leurs difficultés financières. 

Lancer une entreprise en pleine pandémie représentait un défi risqué pour cette mère d'une petite fille de 21 mois. Elle a enchaîné les journées de 14 heures de travail mais n'a pas de regrets.

"Voir quelqu'un apprécier quelque chose que j'ai fabriqué, c'est génial", dit Sophia.

"Le confinement a poussé les gens à réfléchir à leurs priorités, à penser de manière créative, sortir de leur zone de confort" avance-t-elle. "Ils se sont dit: et si quelque chose m'arrive, est-ce que je ne devrais pas essayer de poursuivre mon rêve maintenant?".

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