Echanges musclés entre Jean-Yves Le Drian et Bachar al Assad

Echanges musclés entre Jean-Yves Le Drian et Bachar al Assad
Jean-Yves Le Drian

Boursier.com, publié le mardi 19 décembre 2017 à 13h17

Pour le président syrien Bachar al Assad, la France "a les mains couvertes de sang"... Il ne lui revient donc pas selon lui de parler de paix en Syrie. "La France a été le fer de lance du terrorisme et ses mains sont couvertes de sang syrien depuis les premiers jours et ils n'ont pas changé fondamentalement de position", a déclaré Bachar al Assad pour qui "ceux qui soutiennent le terrorisme n'ont pas le droit de parler de paix !".

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, en visite à Washington, a aussitôt répondu que le président syrien n'avait "pas le droit de donner des leçons" ... "D'abord, M. Bachar al Assad ne me semble pas vraiment en situation de pouvoir affirmer une prise de position politique tant qu'il est autant dépendant de la Russie et de l'Iran... Ensuite, quand on a été le premier à libérer de prison les djihadistes de Daech, on ne donne pas de leçon... Enfin, quand on a passé son temps à massacrer son peuple, on a généralement un peu plus de discrétion".

Dans l'action

"Ce qui est clair", a ajouté le chef de la diplomatie française, "c'est que la France a été dès le départ dans l'action de la coalition contre Daech et qu'aujourd'hui c'est la coalition qui a permis la victoire... Mais Daech n'a pas encore complètement perdu la guerre, donc il faut continuer le combat".

Dimanche, dans un entretien accordé à France 2, Emmanuel Macron envisageait une victoire contre l'Etat islamique dès le mois de février prochain... Dans le cadre du futur processus de paix, le président de la République estime qu'il faudra toutefois parler au président Bachar al Assad afin de tenter de construire une solution politique après six ans de conflit...

Bilan très lourd

Le coût de la guerre en Syrie est à ce jour très lourd au delà du bilan humain : selon des chiffres publiés par la Banque mondiale, le coût du conflit qui a déchiré la région se chiffre à 35 milliards de dollars. Cette somme représente le manque à produire (la croissance non réalisée) pour la Syrie, mais aussi pour ses voisins, la Turquie, le Liban, la Jordanie et l'Égypte, déjà économiquement très affectés...

Ainsi, les plus de 630.000 réfugiés syriens qui affluent en Jordanie, coûteraient à ce pays plus de 2,5 milliards de dollars par an, soit 6% de son PIB et un quart de ses recettes fiscales annuelles. "La guerre en Syrie nuit non seulement aux caisses des États voisins, mais également à leurs populations : on estime que le revenu moyen par habitant est aujourd'hui inférieur de 1,5% au niveau qu'il aurait pu atteindre sans le conflit syrien en Turquie, en Égypte et en Jordanie, et de 1,1% au Liban", écrivait la Banque mondiale.

Baisse du PIB

En cause, un chômage très élevé, notamment chez les femmes. Plus de 90% des réfugiés syriens au Liban n'ont pas de contrat de travail, et plus de la moitié sont payés à la semaine ou à la journée. Ce pays a dû accueillir plus d'un million de réfugiés syriens, ce qui a annulé les gains résultant de la baisse des cours du pétrole.

Selon les estimations de la Banque mondiale, la croissance annuelle de son PIB réel s'est tassée de 2,9 points de pourcentage entre 2012 et 2014, faisant augmenter de 170 000 le nombre de Libanais pauvres et multipliant par deux le taux de chômage national, actuellement supérieur à 20%.

Migrants en masse

La guerre a entraîné le déplacement de la moitié de la population syrienne (plus de 12 millions de personnes) à la fois dans le pays et en direction de pays étrangers. Le nombre total de personnes déplacées à l'intérieur de l'Iraq et du Yémen atteint 6,5 millions ; en Libye, environ 435.000 personnes ont été déplacées, dont 300.000 enfants.

Pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), la Banque mondiale table sur un taux de croissance économique à +2,6%, contre une estimation de 2,8 % en octobre dernier, et les perspectives à court terme sont "prudemment pessimistes", entre faiblesse des cours du pétrole, terrorisme et guerres...

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