EDF: la mobilisation contre Hercule fait étape devant l'Assemblée nationale

Chargement en cours
Manifestation à Paris, le 10 février 2021, contre le projet "Hercule" de scission d'EDF.
Manifestation à Paris, le 10 février 2021, contre le projet "Hercule" de scission d'EDF.
1/3
© AFP, Alain JOCARD

AFP, publié le mercredi 10 février 2021 à 20h05

"Hercule ne passera pas l'hiver": les syndicats se sont remobilisés mercredi contre le projet de scission d'EDF, avec un mouvement de grève et un rassemblement devant l'Assemblée nationale, où le patron de l'électricien a été auditionné par les députés.

Il s'agissait de la 5e journée de grève à l'appel de l'interfédérale CGT, CFE-CGC, CFDT, FO depuis le 26 novembre, la 2e en 2021. La direction, qui avait dénombré plus d'un agent sur quatre en grève les fois précédentes, a fait état de 20,86% de grévistes mercredi.

Parmi les quelque 200 manifestants massés dans l'après-midi devant le Palais-Bourbon à l'appel de l'interfédérale et de SUD Energie figuraient plusieurs députés communistes et de la France insoumise, ainsi que le secrétaire général de Force ouvrière, Yves Veyrier.

"Vous menez un combat d'intérêt général", leur a ainsi assuré Adrien Quatennens (LFI) avant d'aller interroger Jean-Bernard Lévy. "Du point de vue du citoyen, il n'y a aucun intérêt à poursuivre Hercule, qui n'est fait que pour satisfaire l'idéologie de la Commission européenne".

Devant les sénateurs, le PDG d'EDF a plaidé dans la matinée pour une réforme "nécessaire". "Le groupe EDF doit rester un groupe public intégré. C'est un point essentiel, incontournable", a-t-il néanmoins ajouté, alors que les activités de son groupe vont actuellement de la production d'électricité à la gestion du réseau et à sa distribution aux foyers.

Les sénateurs ont eux "déploré le manque de transparence sur un projet de réforme pourtant très structurant pour l'avenir de la souveraineté et de la transition énergétiques du pays", selon un communiqué de la commission des affaires économiques de la haute assemblée.

Le projet est mené sur fond de discussions entre l'Etat et Bruxelles, qui veut notamment éviter des "subventions croisées", par exemple qu'un coup de pouce au prix du nucléaire bénéficie aussi à d'autres activités d'EDF au détriment de ses concurrents.

Les syndicats redoutent un "démantèlement" qui pourrait se traduire par une scission en trois entités de l'électricien, détenu à 83% par l'Etat : une entreprise publique (EDF bleu) pour les centrales nucléaires, une autre (EDF vert) cotée en Bourse pour la distribution d'électricité et les énergies renouvelables, et une troisième (EDF azur) qui coifferait les barrages hydroélectriques.

- "Trouver un plan B" -

Première à se présenter devant l'Assemblée nationale, la ministre de la Transition écologique avait expliqué la semaine dernière qu'il faudrait "trouver un plan B" si la France ne s'accordait pas avec la Commission européenne.

"A ce jour nous n'avons pas même la certitude de parvenir à un accord", avait ajouté Barbara Pompili. 

Le projet, qui devait initialement être présenté fin 2019, a effectivement pris du retard en raison des échanges compliqués entre Paris et Bruxelles.

M. Lévy a qualifié de "poison" le dispositif Arenh, qui a fixé les prix il y a dix ans et provoqué le surendettement du groupe.

A Paris, la journée avait débuté par une action éclair devant les sièges d'EDF puis celui de GRDF. Une banderole "Hercule-Clamadieu (le patron d'Engie, ndlr), stop à l'enfumage" y a été tendue par environ 200 électriciens et gaziers, qui ont bombardé les façades de fumigènes rouges et de pétards.

Depuis la dernière grève du 19 janvier, les élus nationaux, après les collectivités locales, sont venus grossir le mouvement: 80 députés de gauche comme de droite ont ainsi cosigné une lettre de protestation et demandé au gouvernement de recevoir des représentants de l'intersyndicale d'EDF.

- "Surcoûts faramineux" -

"On a gagné la bataille des idées, estime Sébastien Menesplier, secrétaire fédéral de la fédération CGT Mines Energie. On n'a jamais été aussi près d'obtenir le retrait du projet, c'est important de rester mobilisés", ajoute-t-il. Si le syndicaliste assure qu'il y a des "blocages" dans les négociations, il en regrette également "l'opacité".

Après l'ancien ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, qui demandait vendredi dans Le Monde le retrait d'Hercule, un collectif de cinquante personnalités, dont d'anciens dirigeants d'EDF, ainsi que Laurent Berger (CFDT) et Eric Piolle (EELV), ont signé un tribune dans le même journal mercredi.

"Nous (...) appelons le président de la République à renoncer au projet Hercule, et le Parlement à dresser le bilan de vingt ans de libéralisation afin de reprendre la maîtrise publique du secteur de l'énergie", écrivent-ils. "Socialiser les dettes, privatiser les profits, c'est un grand classique des logiques de privatisation".

"L'Etat doit, comme en 1946, reprendre la main sur l'énergie. Hier pour reconstruire le pays, aujourd'hui pour sauver le climat", concluent les signataires.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.