Elections européennes: les agriculteurs français en plein doute

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Un agriculteur dans son champs, le 23 avril 2019 dans le Nord
Un agriculteur dans son champs, le 23 avril 2019 dans le Nord
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© AFP, FRANCOIS LO PRESTI

AFP, publié le dimanche 05 mai 2019 à 11h37

De nombreux agriculteurs français, qui cultivent historiquement une solide fibre pro-européenne, sont aujourd'hui en plein doute, craignant que la future politique agricole commune (PAC) ne soit ni "commune" ni protectrice, et qu'elle ravive les concurrences au sein de l'UE.

Alors que nombre d'entre eux admettent qu'ils ne pourraient pas vivre sans les aides européennes face à la concurrence des produits venant du Brésil, de Chine ou des Etats-Unis, où l'agriculture est massivement subventionnée, ils s'inquiètent d'une réduction annoncée de quelque 15% du budget pluri-annuel de l'Union (2021-2027), qui sera discutée par le nouveau parlement, la PAC étant le premier de ces budgets.

Les plus gros exploitants, comme les céréaliers, craignent de voir chaque pays décider des priorités d'utilisation des fonds européens au nom d'une nécessaire simplification du système. Ce qui risque de créer des concurrences intra-européennes en fonction des secteurs agricoles soutenus par chaque pays.

Les plus petits, en particulier dans le maraîchage et les fruits et légumes, souhaiteraient bénéficier davantage de la manne européenne.

Sur fond de réchauffement climatique, beaucoup espèrent que la future PAC encouragera les agriculteurs bio ou vertueux sur le plan environnemental et qu'elle leur servira d'assurance en cas d'aléas climatiques ou de chute des prix de marché.

En Bretagne, première zone laitière en Europe très touchée par la crise du lait en 2015-16, la Banque Européenne d'investissement (BEI) a débloqué ces derniers mois d'importants prêts pour développer la production de lait en poudre tournée vers l'exportation, notamment vers la Chine. Mais les éleveurs de porcs de la région ont, eux, beaucoup de mal à s'adapter aux changements rapides de la consommation vers plus de bio et plus de qualité.

Dans le sud, les producteurs de fruits et légumes, et les viticulteurs craignent que la nouvelle politique française de réduction des pesticides ne débouche sur des distorsions de concurrence avec les pays voisins.

Déjà les pommes polonaises, produites avec certains produits interdits en France, et de la main d'oeuvre non européenne faiblement rémunérée, déstabilisent le marché français.

La France est le premier pays utilisateur de produits phytosanitaires en Europe, car elle dispose des plus grandes surfaces, avec 28,7 millions d'hectares de terres agricoles. 

Mais elle tombe au neuvième rang en quantité à l'hectare, ce qui illustre une transition agroécologique de son agriculture, en limitant les doses de pesticides: un bon point pour la santé, le climat et l'environnement, mais un cap délicat pour des agriculteurs dnt les coûts de production augmentent face à leurs collègues européens. 

Enfin beaucoup dénoncent la lourdeur administrative de la PAC, même si celle-ci est plus souvent dûe à l'administration française qu'à Bruxelles: que ce soient les contrôles, les retards de paiement des aides qui s'étalent parfois sur trois ans, ou encore les redécoupages administratifs de zones agricoles défavorisées (ZDS) éligibles à des indemnités de compensation des handicaps naturels (ICHN).

Quatre élus de Saône-et-Loire ont démissionné en début d'année, car ce redécoupage prive 29 éleveurs de leur région d'aides, les vouant à une disparition quasi-annoncée.

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