En Catalogne, la colère des anti-indépendantistes

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Des manifestants indépendantistes catalans érigent des barricades à Barcelone le 16 octobre 2019
Des manifestants indépendantistes catalans érigent des barricades à Barcelone le 16 octobre 2019
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© AFP, LLUIS GENE

AFP, publié le jeudi 17 octobre 2019 à 13h28

"On en a par dessus la tête". En Catalogne, des opposants à l'indépendance expriment leur ras-le-bol du nouvel accès de fièvre qui secoue la région depuis la condamnation lundi des dirigeants séparatistes.

Des manifestations contre les peines de 9 à 13 ans de prison infligées lundi à neuf indépendantistes pour leur rôle dans la tentative de sécession de 2017 ont dégénéré en heurts violents entre centaines de jeunes et policiers mardi et mercredi soir.

Barcelone, capitale de la région et deuxième ville du pays, a notamment vécu des scènes de guérilla urbaine et des incendies de barricades et de voitures.

Une situation qui a creusé encore un peu plus le fossé séparant partisans de l'indépendance et de l'unité de l'Espagne, notamment dans les universités où une grève a été convoquée jeudi et vendredi.

Julia Moreno, présidente de l'association étudiante "S'ha acabat" (C'est fini), opposée au séparatisme, assure à l'AFP que depuis lundi, avant même la grève, de nombreux étudiants manquent les cours pour protester contre la sentence judiciaire mais aussi par "peur ou en raison d'intimidations". 

L'ambiance est "tendue" dans les amphis, selon cette étudiante en droit et sciences politiques à l'Université Autonome de Barcelone, accusant les étudiants pro-indépendance de vouloir ""imposer leur idéologie à tous les autres".

Sur la Place de Catalogne, un ingénieur des Ponts et chaussées, Daniel Ribé, se dit "anti-indépendantiste total".

"Ca me semble une absurdité qu'ils en soient arrivés à cette situation, ça aurait dû être stoppé avant", déclare cet homme de 66 ans, pour qui le processus ayant conduit à la proclamation d'une éphémère république catalane le 27 octobre 2017 est "un coup d'Etat". 

"Comment peut-on les laisser dire, maintenant, qu'une sentence judiciaire est un attentat à la démocratie?", ajoute-t-il en assurant ne pas voter depuis des années.  

- "Imposer leur idéologie" -

Dans la nuit de mercredi à jeudi, un Espagnol de 38 ans, Pablo Pujante, expert en assurances, s'efforçait de retirer du milieu de la rue les conteneurs que trois jeunes venaient de placer pour les brûler. 

"J'habite ici, dans cette rue"!, leur a-t-il dit, très remonté, "et ce que vous êtes en train de faire ne mène nulle part. Les indépendantistes, vous êtes en train de vous tromper sur la forme, en enfreignant la loi. Faites-le dans la paix".

Les manifestants "sont des fils à papa qui font un mauvais usage de la liberté parce qu'elle ne leur a jamais manqué", assène Antonio LLovera, 57 ans et né au temps de la dictature de Franco, descendu dans la rue pour voir les dégâts.


"On en a par-dessus la tête de ce processus (indépendantiste). Ils nous ont volé dix ans de coexistence et nous souhaitons ouvrir une nouvelle étape de sérénité", affirme pour sa part Fernando Sánchez Costa, président de Sociedad Civil Catalana (SCC), une plateforme défendant l'unité de l'Espagne.

Cette association a convoqué une manifestation le 27 octobre à Barcelone, à l'occasion des deux ans de l'échec de la déclaration d'indépendance du parlement catalan en 2017.

- "Facteur émotionnel" -

Un chiffre illustre la division de la société catalane sur la question de l'indépendance: selon un sondage publié en juillet par le gouvernement indépendantiste catalan, 44% des Catalans sont favorables à la sécession tandis que 48,3% y sont opposés.

Malgré cet avantage, les anti-indépendantistes accusent le gouvernement régional de les ignorer. Selon le vice-président de SCC, Alex Ramos, il est temps désormais "de consacrer l'énergie, au jour le jour, à la santé, à l'éducation", et non au projet séparatiste dans lequel persiste le gouvernement régional indépendantiste.

Pour Astrid Barrio, politologue à l'Université de Valence, la condamnation lundi des leaders séparatistes a ouvert un peu plus la brèche entre les deux camps.

"Quand ce facteur émotionnel est activé, la distance devient énorme et il ne semble pas que cela va se calmer dans les prochains jours", souligne cet analyste, qui prône le consensus en Catalogne pour éviter un "match nul permanent entre impuissances".

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