En Corse, un passage obligé à la banque malgré le Covid-19

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Distances de sécurité et longues files d'attentes devant les banques en Corse durement frappée par l'épidémie de Covid-19, le 4 avril 2020
Distances de sécurité et longues files d'attentes devant les banques en Corse durement frappée par l'épidémie de Covid-19, le 4 avril 2020
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© AFP, Pascal POCHARD-CASABIANCA

AFP, publié le samedi 04 avril 2020 à 19h41

Malgré le confinement, Laurent Lefloch ne voulait pas attendre. Après le versement dans la nuit des prestations sociales, il était le premier samedi à 09H30 à son agence bancaire des Salines, un quartier populaire d'Ajaccio, pour toucher son allocation adulte handicapé.

"D'habitude, j'en laisse une partie sur le compte mais là, vu que le gouvernement dit qu'il faut rester chez soi, je prends tout", explique le cuisinier en incapacité de 40 ans, avant de retirer au guichet de son agence Crédit Agricole 900 euros. "Je ne veux pas prendre de risque, je vais faire les courses et je rentre chez moi, c'est un absolu", confie celui qui est aussi chanteur de polyphonies corses et qui se prépare "à chanter les messes des morts +H24+ après cette pandémie".

Derrière lui, un homme souhaitant garder l'anonymat vient également retirer "son allocation adulte handicapé": "Tous les mois, je prends tout d'entrée", dit-il en patientant.

Comme eux, nombre de bénéficiaires de prestations sociales --revenu de solidarité active (RSA), allocations familiales, logement, allocation handicapé, prime d'activité...-- ont commencé à retirer samedi leur argent en Corse, une des régions les plus pauvres de France métropolitaine, avec un habitant sur cinq vivant sous le seuil de pauvreté.

Au total, plus de 4 millions de foyers, représentant 7 millions de personnes, touchent en France des minima sociaux et le gouvernement a avancé à samedi plutôt que lundi leur versement. Parmi les bénéficiaires, plus de la moitié sont clients de la Banque postale et 1,5 million viennent retirer leurs allocations en espèces dans les bureaux de poste chaque mois, a rappelé le groupe public dans un communiqué.

Si samedi, les bureaux de poste sont tous fermés en Corse, les distributeurs ont été remplis et les plafonds de retrait des cartes bancaires ont été relevés de 500 ou 800 euros à 1.500 euros, a indiqué à l'AFP la direction régionale, précisant que 65% des bénéficiaires avaient des cartes pour retirer aux distributeurs automatiques.

- "Covid économique" -

Dès lundi, 70 des 190 bureaux de postes et points de contact dans les mairies seront ouverts à travers l'île, contre une vingtaine depuis le début de la crise, a-t-elle ajouté.

Au Crédit Agricole, première banque de Corse avec 110.000 clients sur 340.000 habitants, les 27 agences de l'île sont restées ouvertes au public chaque matin de 09H30 à 12H00 depuis le début du confinement. "Nous cherchons toutes les solutions pour montrer notre solidarité avec l'économie qui souffre", assure à l'AFP le directeur général pour la Corse, Jean-Pierre Guillou, qui redoute "un Covid économique".

A l'agence des Salines samedi matin, une poignée de clients fait la queue dehors à bonne distance les uns des autres sous un beau soleil. Elisabeth Micheli, la directrice adjointe, les accueille, protégée par une vitre en plexiglas. "On a principalement des retraits et des virements vers l'étranger, le Portugal et la Sardaigne", explique-t-elle en désinfectant le comptoir.

Masqué et ganté, Abdallah Elmoden, ouvrier du bâtiment, est venu faire un virement pour payer son loyer et un autre de 300 euros pour son fils sur le continent.

"Ce sont des gens pas forcément au point avec les nouvelles technologies, ils apprécient qu'on soit là pour les aider", explique Mme Micheli qui reçoit "beaucoup d'encouragements" et a le sentiment que travailler pendant le confinement "a resserré les liens" avec ses collègues. "On fait attention les uns aux autres", dit-elle.

"Le virus, on y pense tout le temps", ajoute Claudine Gregot, conseillère. "Deux personnes de mon portefeuille sont décédées donc forcément, ça nous touche", confie-t-elle, assurant faciliter des retraits plus importants quitte à rembourser les frais de découvert. "Notre ligne de conduite, c'est de ne pas enfoncer les gens dans cette période déjà compliquée".

"Je ne vois pas les gens se mettre au balcon pour nous applaudir à 20H00", reconnaît le directeur de l'agence, Jean-Dominique Fabiani: "Mais quand je vois le nombre de visites quotidiennes, les appels, les mails, je pense qu'on est utile".

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