En France, les plus précaires sont les plus mal soignés pour Médecins du Monde

En France, les plus précaires sont les plus mal soignés pour Médecins du Monde©Boursier.com

Boursier.com, publié le mardi 16 octobre 2018 à 09h50

À l'occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, mercredi 17 octobre, Médecins du Monde publie son 18ème rapport annuel sur l'accès aux droits et aux soins des plus démunis en France. L'association médicale, qui gère 15 Centres d'accueil de soins et d'orientation (Caso) en France pour les plus démunis, dresse un "constat implacable" : "le non-accès aux droits et à la santé en France contribue à exclure de plus en plus de personnes précaires du système de santé".

En 2017, 29.674 consultations de médecine générale ou spécialisée ont été enregistrées par Médecins du monde, pour 18.781 patients différents. Les pathologies les plus fréquentes étaient avant tout digestives (24,7%), respiratoires (20,9%) et ostéoarticulaires (19,7%). Plus de cinq patients sur dix souffraient d'une pathologie chronique et 82,8% des patients reçus en consultation nécessitaient un suivi et/ou un traitement.

Beaucoup d'étrangers

De quoi soulever "la question des modalités de prise en charge dans un contexte où la plupart d'entre eux ne disposaient d'aucune couverture maladie et vivaient dans des conditions d'extrême précarité. Parmi eux, la moitié n'avait ni suivi ni traité leur problème de santé avant leur première visite au Caso", peut-on lire dans le rapport.

Parmi les 24.338 personnes accueillies l'an dernier dans des centres de Médecins du Monde, 96,6 % sont des ressortissants étrangers, originaires d'Afrique subsaharienne (45,1%), du Maghreb (23,8%) et de l'Union européenne (13,1%). Quatorze pour cent des patients sont mineurs (dix ans en moyenne), quatre patients sur dix sont en situation irrégulière au regard du séjour, 11% sont demandeurs d'asile.


Absence d'accueil digne

"Cette année 2017 et le début de l'année 2018 ont été marqués par les effets de la crise de l'accueil des exilés en France", note Yannick Le Bihan, directeur des Opérations France, dans ce rapport.

"Les équipes de Médecins du Monde ont constaté, au cours de cette année, les conséquences de l'absence d'accueil digne et inconditionnel (...): grandes difficultés pour accéder à des soins adaptés, renoncement aux soins, refus de soins, vie à la rue, dans des campements insalubres entraînant santé somatique dégradée et santé psychique fragilisée". L'association demande la création de lieux d'accueil inconditionnels et hospitaliers pour les exilés sur tout le territoire.


La pauvreté stable en France

Emmanuel Macron a présenté à la rentrée un plan de lutte contre la pauvreté doté de huit milliards d'euros appelé à entrer au vigueur au 1er janvier, axé sur l'enfance, la jeunesse, le retour à l'emploi mais aussi l'extension de la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) afin de simplifier l'accès aux droits des personnes les plus vulnérables.

Le rapport de Médecins du Monde sur la très grande précarité s'inscrit sur fond de stabilisation de la pauvreté en France l'an dernier. Selon l'Insee, en 2017, 8,8 millions de personnes, soit 14% de la population - un taux inchangé par rapport à 2016 - étaient en situation de pauvreté monétaire, avec un niveau de vie inférieur à 60% du revenu médian.

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