En Syrie rebelle, le raffinage artisanal de l'or noir

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 Un homme travaille au raffinage artisanal de pétrole dans la ville syrienne de Maaret al-Naassan, le 9 novembre 2017

Un homme travaille au raffinage artisanal de pétrole dans la ville syrienne de Maaret al-Naassan, le 9 novembre 2017

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© AFP, OMAR HAJ KADOUR
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AFP, publié le lundi 04 décembre 2017 à 11h23

Au milieu d'un paysage bucolique dans le nord-ouest de la Syrie, du pétrole noir et visqueux est versé dans une cuve pour y être raffiné, après un voyage de plusieurs semaines à travers le pays en guerre.

En deux ans, une centaine de raffineries artisanales ont vu le jour dans les environs de Maaret al-Naassan, localité de la province d'Idleb, la dernière à échapper encore entièrement au régime de Bachar al-Assad.

C'est ici qu'est produite une grande partie du carburant consommé dans cette province contrôlée par des rebelles et jihadistes.

Enclavée entre les zones tenues par le régime et la Turquie au nord, Idleb apparaît parfois à ses habitants comme une grande prison.

"On peut difficilement chercher de l'essence du territoire sous contrôle du régime ou dans un autre pays", explique à l'AFP Jamil al-Nimr, propriétaire d'une de ces raffineries artisanales près de Maaret al-Naassan.

"On est obligé de raffiner le pétrole localement", ajoute-t-il.

- Voyage d'un mois -

L'essence arrive au compte-goutte du territoire du régime à la faveur de discrets accords locaux entre les deux bords, selon les habitants.

Mais ces quantités sont loin d'être suffisantes pour répondre aux besoins de la population, qui utilise le carburant notamment pour se chauffer pendant l'hiver mais aussi pour faire fonctionner les fours des boulangeries.

Et acheter du carburant en Turquie voisine est très onéreux.

Pour s'approvisionner, des camions-citernes font donc le voyage à travers la Syrie, pays morcelé entre différents belligérants depuis la guerre qui a éclaté en 2011. Leur destination? L'est du pays où se trouvent les plus larges réserves d'or noir.

"Notre voyage dure de 20 semaines à près d'un mois", assure Abou al-Omarein, camionneur quadragénaire aux mains noircies et à la barbe courte.

"Avant, on se fournissait dans la province de Deir Ezzor, quand elle était sous le contrôle du groupe Etat islamique (EI)", raconte l'homme installé au milieu d'autres camionneurs qui boivent le thé et fument des cigarettes.

Aujourd'hui, il achète son pétrole dans la région de Qamichli (nord-est) chez les Kurdes, qui à la tête d'une alliance soutenue par les Etats-Unis ont chassé les jihadistes de l'est syrien.

Sur la route, les camionneurs doivent s'arrêter à plusieurs barrages tenus par les Kurdes ou les rebelles qui leur font payer des taxes: 17 dollars au total sur le baril acheté à 47 dollars.

De retour dans la province d'Idleb, les camions vendent le précieux liquide à une des raffineries improvisées comme celle de Jamil el-Nimr.

Au milieu de champs agricoles et de petits oliviers, des ouvriers aux mains noircies versent le brut dans un four de distillation en métal, dégageant un gaz noir.

En fonction de la température, le procédé va permettre d'obtenir de l'essence, du fioul ou du mazout, récupérés dans des réservoirs après un passage par des tubes de refroidissement.

Malek Haj Hamdane, qui tient une boulangerie dans la localité de Binnech, préfère de loin acheter du carburant raffiné localement, 30% moins cher que celui qui parvient par intermittence du territoire loyaliste.

- Maladies respiratoires -

Mais ce carburant artisanal présente un problème de taille: "Il y a environ 2.000 personnes chaque année qui souffrent de maladies liées à la présence de particules dans l'air, à cause des raffineries dans notre région", déplore Fahd al-Abd, médecin travaillant dans un centre médical près de Maaret al-Naassan.

"Les plus touchés sont les nouveaux-nés et les enfants de moins de 15 ans", ajoute-t-il, pointant du doigt les rejets de gaz des raffineries.

Les groupes rebelles ont imposé une rotation pour éviter que toutes les raffineries ne fonctionnent en même temps, afin de réduire le niveau de pollution.

A Maaret al-Naassan, le petit Abdel Nasser, six ans, a souffert de ces émissions toxiques. Sa joue gauche présente des tâches qui semblent avoir mangé sa peau.

"Au centre médical, on m'a dit que c'était à cause des gaz et de l'air impur", déplore Abou Yehia, installé avec des amis devant sa maison, son fils sur les genoux.

"Grâce à Dieu, on le soigne, mais le médecin nous a dit qu'il allait peut-être garder une cicatrice", ajoute le quadragénaire, caressant du doigt les tâches sur la joue de son garçonnet.

 
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