Engie demande plus à Veolia pour Suez, le gouvernement freine

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Jean-Pierre Clamadieu, le président du Conseil d'administration d'Engie, s'exprime le 27 août 2020 à Paris
Jean-Pierre Clamadieu, le président du Conseil d'administration d'Engie, s'exprime le 27 août 2020 à Paris
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© AFP, ERIC PIERMONT

AFP, publié le jeudi 17 septembre 2020 à 22h14

Ce sera non, pour l'instant. Engie a décliné jeudi l'offre faite par Veolia de lui racheter sa participation dans Suez, tandis que le gouvernement temporise, soucieux d'éviter d'éventuelles conséquences sociales.

Le conseil d'administration du groupe énergétique, réuni jeudi, "a considéré que l'offre de Veolia n'était pas acceptable en l'état", lui demandant de la relever et d'apporter des garanties supplémentaires "sur la qualité du projet et le respect des parties prenantes".

La porte à la négociation est donc ouverte: Veolia a jeudi "réaffirmé sa volonté que son offre prenne en considération l'ensemble des parties prenantes, avec notamment la garantie des emplois et des avantages sociaux, la participation de l'ensemble des actionnaires au projet", explique-t-on au sein du groupe.

Le leader mondial des services à l'environnement a proposé fin août à Engie de racheter sa participation de 29,9% dans Suez, pour 2,9 milliards d'euros, pour ensuite s'engager dans une OPA sur les actions restantes de son vieux rival. Il lui a donné jusqu'au 30 septembre pour répondre.

Un peu plus tôt jeudi, le ministre de l'Economie Bruno le Maire avait laissé entendre que l'Etat, actionnaire de référence d'Engie, ne comptait pas se presser pour donner son blanc seing à l'offre de Veolia.

L'Etat "refusera la précipitation" pour prendre position, a-t-il prévenu sur Cnews, invoquant "des dizaines de milliers d'emplois" en jeu. Suez emploie quelque 90.000 salariés dans le monde, dont 30.000 en France.

"L'Etat, dans cette affaire, n'a fait aucun choix", a-t-il encore ajouté.

Philippe Varin, président de Suez, souhaite également éviter tout empressement sur le dossier. "Il faudra prendre +le temps nécessaire+ et examiner +toutes les propositions avec impartialité+ en considérant, dans les critères d'évaluation des offres, l'intérêt de toutes les parties prenantes", a-t-il déclaré à l'AFP.

Le PDG de Veolia Antoine Frérot ambitionne pour sa part de créer le "super champion mondial français" des services à l'environnement. 

La législation anti-trust implique cependant que le futur ensemble cède l'activité Eau de Suez en France. Veolia a d'ores et déjà prévu de la vendre au fonds Meridiam, qui assure qu'il ne procédera à aucun licenciement et investira 800 millions d'euros supplémentaires sur 5 à 7 ans.

- Offre alternative ? -

Les dirigeants de Suez rejettent vigoureusement cette opération et jeudi soir le directeur général adjoint du groupe, Jean-Marc Boursier, a fustigé Meridiam qui n'aurait selon lui "ni les compétences ni les capacités de gérer un actif de cette taille". "Meridiam est un fonds d'infrastructure respectable, mais pas un industriel de l'eau", a-t-il ajouté dans une interview aux Echos.

Suez essaie de monter un projet alternatif avec d'autres investisseurs, dénonçant un projet "aberrant" pour la concurrence, l'emploi (4.000 destructions de postes sont évoquées par Suez), et générateur de paralysie.

Le groupe met en avant son plan industriel, qui doit lui permettre de dépasser son rival d'ici à 2030 en faisant du groupe un spécialiste des activités à forte valeur ajoutée.

Mercredi soir, Philippe Varin et son directeur général Bertrand Camus ont été reçus par Bruno Le Maire, à sa demande.

"Je leur ai dit, +si vous avez une proposition alternative, travaillez sur votre proposition. Elle devra répondre, comme celle de Veolia, aux conditions que nous avons fixées avec le Premier ministre: la préservation de l'emploi, une majorité française et le développement industriel en France+", a indiqué jeudi le ministre.

"Ensuite le conseil d'administration d'Engie se prononcera sur ces offres et je le redis, l'Etat fera preuve d'équité et d'impartialité", a souligné le ministre.

Le conseil d'administration d'Engie s'est dit lui jeudi "ouvert à toute offre alternative", venue notamment de Suez. Mais "à ce jour, aucune offre alternative n'est parvenue à Engie", a-t-il indiqué.

Entouré de banquiers-conseil et avocats, Suez cherche des investisseurs et des partenaires éventuels, comme le fonds Antin ou les salariés actionnaires, ont exprimé leur intérêt.

Le dossier est éminemment politique en France, où Veolia et Suez se partagent une grande partie du marché de la gestion de l'eau et des déchets, déléguée par les collectivités. Et chaque camp compte ses soutiens.

Mercredi, l'Association des maires de France (AMF) a souligné qu'il fallait surtout "préserver la qualité du service aux usagers, la capacité d'investissement pour l'amélioration des réseaux et le traitement des déchets et la maîtrise de la tarification". 

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