Entreprises : Le facteur humain, maillon faible en France et en Europe ?

Entreprises : Le facteur humain, maillon faible en France et en Europe ?
chef d'entreprise face à un écran

Boursier.com, publié le mercredi 13 juin 2018 à 09h58

A l'ère du "tout digital" et de la montée de l'intelligence artificielle (IA) Gallup - le cabinet de conseil spécialisé dans l'analyse de données sur le management, la performance des organisations et la gestion des ressources humaines - publie son premier rapport européen "The Real Future of Work".

Contrairement au discours ambiant sur les pressions supplémentaires créées par la révolution technologique au sein du monde du travail, les résultats de l'enquête menée auprès de 4.000 employés en France, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Espagne montrent que le problème est ailleurs.

La technologie : le faux ennemi...

Selon l'étude menée auprès d'un échantillon représentatif des employés français en février et mars 2018 la majorité des employés voient les avancées technologiques de manière positive. 66% des Français affirment que les progrès technologiques se traduiront par une augmentation de leur productivité dans les trois années à venir et seulement 11% associent la technologie à un risque accru de perdre leur emploi...

Près d'un quart (23%) des Français y voient même un facteur propice à l'augmentation de l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée - ce pourcentage étant le plus haut au sein des 4 pays interrogés sur ce point (Espagne 13%, Allemagne 15%, Royaume-Uni 19%).

Seul bémol à cet enthousiasme qui défie les discours alarmistes sur les dangers de la robotisation : le large pourcentage d'employés français (52%) qui craignent une demande accrue de qualifications adéquates à la suite des évolutions technologiques au sein des entreprises. De même, pour 62% des employés français le progrès technologique pourrait nourrir une exigence accrue au niveau de leur performance professionnelle...

L'humain : la fondation de la transformation technologique

Si les données Gallup dressent un tableau rassurant quant à la manière dont les employés français et européens appréhendent les changements technologiques au sein du monde du travail, les réponses obtenues sur les questions de management sont plus inquiétantes.

Seulement 17% des employés français affirment se sentir inclus dans la stratégie globale de l'entreprise et comprendre en quoi leurs tâches quotidiennes contribuent aux objectifs globaux de leur entreprise. Sur la question de la motivation, 24% des professionnels français interrogés (soit moins de 1 sur 4) affirment qu'ils sont encadrés d'une manière encourageante et motivante. Un résultat que l'on retrouve de manière constante dans les autres pays européens interrogés où le pourcentage des employés qui affirment être dirigés d'une manière qui favorise leur motivation ne franchit jamais la barre des 30%.

Laragh Marchand, Consultante & Partenaire, Gallup commente : "La question du bouleversement du monde du travail à la suite du progrès technologique est largement débattue aujourd'hui. Nos données montrent cependant qu'il ne faut pas perdre de vue à quel point le facteur humain reste la fondation essentielle à toute transformation technologique. Sans le maintien d'un niveau de motivation sain dans l'entreprise, sans un encadrement efficace et constructif des équipes, les promesses de productivité accrue qui accompagnent le progrès ne peuvent pas être honorées."

Du manager au coach

Interrogés sur la manière dont leur supérieur analyse leur performance, les employés français se distinguent par rapport aux trois autres nations puisqu'ils sont 66 % à affirmer que leur manager passe plus de temps à analyser leurs défauts ou faiblesses qu'à développer leurs atouts (contre 35% en Allemagne, 53% en Espagne & 47% au Royaume-Uni)...

Sur la question de la fréquence des retours ou du feedback reçu, la France est proche de l'Allemagne et du Royaume-Uni avec 24% des employés déclarant recevoir un retour de leur supérieur une fois par an ou moins - ce chiffre s'élève à 40% en Espagne. "Plus que la fréquence des retours et des interactions avec leur supérieur, c'est la qualité de ces interactions qui est cruciale" conclut Laragh Marchand. "D'après nos données, la France maintient son attachement culturel à une méthode de management assez rigide, focalisée sur la critique. Or ce que notre recherche met en lumière c'est le rôle essentiel de la motivation des employés au sein des entreprises - condition sine qua non pour négocier le virage technologique".

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