Est-ce de la viande ou du soja ? Aux Etats-Unis, le débat divise

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Des hamburgers organiques sont préparés au Marché fermier, à Washington, le 15 août 2013
Des hamburgers organiques sont préparés au Marché fermier, à Washington, le 15 août 2013
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© AFP, Paul J. RICHARDS

AFP, publié le dimanche 13 mai 2018 à 08h41

Un burger de soja peut-il être appelé "viande" et vendu au rayon boucherie? Et les steaks créés à partir de cellules animales? Les partisans de ces innovations culinaires l'affirment, au grand dam des éleveurs américains qui tentent de riposter.

Le nom d'un aliment répond à deux questions, remarque Jessica Almy de The Good Food Institute, une association qui promeut les produits alternatifs à la viande conventionnelle.  

Quelle est sa composition, et à ce titre il faut être très clair sur les emballages, affirme-t-elle. Et quel est son rôle dans l'assiette: un burger par exemple est un aliment posé sur un petit pain rond qu'on peut agrémenter de moutarde ou ketchup et peu importe la nature ou l'origine de l'aliment.

Quant aux produits fabriqués à partir de cellules animales, c'est de la viande pure et simple qu'on ne pourrait appeler autrement, assure Mme Almy.

Faux, rétorquent les éleveurs: le mot viande doit être réservé à la chair d'un animal né, élevé et abattu de façon traditionnelle.

L'Association des éleveurs bovins américains (USCA) a déposé en février une pétition en ce sens auprès du ministère américain de l'Agriculture, ouverte aux commentaires jusqu'au 17 mai.

Les éleveurs ne veulent surtout pas vivre l'expérience des producteurs laitiers qui ont assisté, impuissants, à l'essor des boissons végétales. Vendues aux côtés du lait de vache, les briques de laits de soja, d'amande ou d'avoine, à base d'eau, représentent désormais plus de 10% des ventes de cette catégorie.

- Qui doit réglementer? -

"On a commencé à voir arriver dans les rayons viande des supermarchés des produits dont l'emballage et la présentation peuvent faire croire aux consommateurs qu'il s'agit d'une version plus saine de la viande traditionnelle ou même de viande pure et simple", remarque Lia Biondo de l'USCA. "On essaie de prendre les devants."

Pour l'instant les produits alternatifs à la viande ne représentent qu'une part infime des ventes de produits carnés aux Etats-Unis. Mais leur popularité est grandissante et ils ne sont plus uniquement relégués au rayon réservé aux végétariens. 

Des start-up proposent des produits dont le goût, la texture, l'odeur ressemblent à s'y méprendre à ceux de la viande. Et peut-être bientôt des aliments à base de cellules animales. Ces derniers ne sont pas encore commercialisés mais pourraient arriver sur les étals dans les cinq prochaines années.

Toutes les associations d'agriculteurs ne plébiscitent pas la pétition de l'USCA.

Ainsi le Farm bureau, l'un des deux plus grands syndicats agricoles américains, soutient le texte sur le principe mais diverge sur la méthode. 

"Si ces produit ne sont plus appelés viande, ils pourraient échapper à la réglementation du ministère de l'Agriculture" et passer dans le giron de la FDA, l'agence en charge de la sécurité alimentaire, fait valoir son responsable des politiques publiques Dale Moore. 

L'association nationale des éleveurs bovins (NCBA), qui compte dans ses membres des géants de l'industrie agro-alimentaire, s'oppose elle aussi à la pétition, estimant notamment que la viande produite en laboratoire est sans conteste un produit carné.

La confusion règne sur la façon dont ces nouveaux aliments doivent être réglementés. 

"Ceux qui achètent ce genre de produits sont des consommateurs avertis", affirme Chris Kerr, responsable du fonds d'investissement spécialisé dans les aliments innovants New Crop Capital.

Que des produits jusque-là confinés aux magasins bio soient commercialisés dans tous les supermarchés ne fait que répondre à une évolution de la société, estime-t-il.

"Toute une partie de la population est en train de changer ses habitudes, les millennials en particulier devenant de plus en plus flexitariens", un terme désignant les végétariens qui mangent occasionnellement de la viande, remarque-t-il. 

"L'industrie agro-alimentaire se tirerait une balle dans le pied si elle luttait car elle finira par s'y mettre aussi. Les agriculteurs en revanche n'ont pas grand chose à y gagner et il est logique qu'ils s'y opposent."

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