Etats-Unis : Joe Biden sur les traces du "New Deal" de Roosevelt ?

Etats-Unis : Joe Biden sur les traces du "New Deal" de Roosevelt ?©Boursier.com

Orange avec Boursier.com, publié le vendredi 02 avril 2021 à 13h10

Joe Biden a présenté cette semaine un plan de 2.250 milliards de dollars pour moderniser les infrastructures des Etats-Unis. Le président américain entend ainsi créer "des millions d'emplois" après la crise du Covid et "gagner" face à la Chine.

Joe Biden a présenté cette semaine un plan de 2.250 milliards de dollars pour moderniser les infrastructures des Etats-Unis. Le président américain entend ainsi créer "des millions d'emplois" après la crise du Covid et "gagner" face à la Chine.

Comme Franklin Roosevelt pendant la Grande Dépression des années 1930, Joe Biden a entrepris pendant les 100 premiers jours de son mandat de président des Etats-Unis de poser les jalons d'un "New Deal", qui doit permettre aux Etats-Unis de sortir par le haut de la crise du coronavirus, et de ne pas laisser la Chine rattraper la première puissance économique mondiale.

Le leader démocrate, 46e président à occuper la Maison Blanche, ne cache pas sa filiation intellectuelle avec Franklin Delano Roosevelt, le 32e président des Etats-Unis de 1933 à 1945. Joe Biden a ainsi fait placer un portrait de "FDR" dans le Bureau ovale, et cite fréquemment Roosevelt, promettant notamment de parler "sans détour" ("straight from the shoulder") et d'"agir maintenant".

Comme FDR avait posé les jalons de son "New Deal" pendant ses "Cents Jours", Joe Biden s'est engagé sur la même période (avant le 20 avril, donc) à un programme chargé, qu'il mène tambour battant : 1) Faire administrer 100 millions de doses de vaccins anti-Covid, un objectif récemment porté à 200 millions 2) Faire adopter un plan de sauvetage de 1.900 milliards de dollars, qui a été voté et promulgué début mars et 3) Mettre en place un vaste programme de modernisation des infrastructures pour "reconstruire en mieux" ("Build Back Better") le pays.

Transports, eau, internet à haut débit

C'est ce dernier projet, prévu en deux volets, que Joe Biden a présenté mercredi soir depuis la ville de Pittsburgh, en Pennsylvanie, où il avait donné le coup d'envoi de sa campagne pour l'élection présidentielle de novembre.

A ce stade, il a détaillé la première partie du plan, baptisée "American Jobs Plan", qui sera dotée de 2.250 milliards de dollars investis sur une période de 8 ans. "C'est ambitieux ! C'est audacieux ! Et nous pouvons le faire !", a lancé le président. Cela permettra de créer "des millions d'emplois" et de devenir "l'économie la plus résistante, la plus forte et la plus innovante du monde", a-t-il ajouté, insistant sur la nécessité de "gagner" face à la Chine.

Le plan comprendra notamment des investissements de 621 milliards de dollars dans les transports, 111 Mds$ pour les infrastructure d'eau et 100 Mds$ pour déployer les réseaux d'internet à haut débit à tout le pays.

400 Mds$ pour la prise en charge du vieillissement

Il s'agira notamment de moderniser plus de 32.000 kilomètres de routes et autoroutes, et de réparer quelque 10.000 ponts à travers les Etats-Unis. Depuis des années, les rapports s'enchaînent pour pointer l'obsolescence de bon nombre d'infrastructures aux Etats-Unis, qui datent des années 1950.

Joe Biden prévoit aussi de consacrer 400 Mds$ à la construction de maisons de retraite et à des services de prise en charge des personnes âgées, dépendantes et handicapées. "Les services liés au vieillissement sont centraux en termes d'infrastructures", a ainsi estimé un responsable de la Maison Blanche, en rappelant qu'un Américain sur 4 aura plus de 65 ans en 2050.

Plus de 200 Mds$ sont également prévus pour construire et rénover des logements sociaux.

Hausse de l'impôt sur les sociétés de 21% à 28%

Le président a confirmé que le plan serait financé par des hausses d'impôts sur les entreprises, dont un relèvement de l'impôt sur les sociétés de 21% à 28%. Cet impôt, que Donald Trump avait ramené en 2017 de 35% à 21%, restera cependant proche de son plus bas niveau historique. Le taux serait "toujours inférieur" à ce qu'il était "entre la Seconde Guerre mondiale et 2017", a souligné Biden.

Un second volet du plan "Build Back Better", consacré cette fois à l'éducation et la santé (les "infrastructures humaines"), d'un montant estimé entre 1.000 et 2.000 Mds$, est attendu dans les prochaines semaines. Il serait cette fois financé par des hausses d'impôts sur les ménages les plus aisées, ayant de revenus supérieurs à 400.000$ par an (environ 340.000 euros), selon des sources proches de la Maison blanche.

"New Deal" ou loi "Vos impôts vont augmenter" ?

L'"American Jobs Plan" doit désormais être adopté par le Congrès, ce qui augure d'une procédure sans doute plus compliquée que prévu. Les Républicains rechignent sans surprise à des hausses d'impôts, mais certains Démocrates de l'aile gauche du parti sont eux aussi mécontents, estimant que le plan ne va pas assez loin.

Des voix s'élèvent au sein des Républicains pour critiquer la définition très large de la notion d'infrastructure embrassée par l'administration Biden. Le sénateur du Kansas Roger Marshall a ainsi estimé que "seuls 6% du package sera consacré aux routes et aux ponts, ce qui n'en fait pas vraiment un plan d'infrastructures. Les Démocrates devraient l'appeler la loi "On en veut à vos portefeuilles" ou la loi "Vos impôts vont augmenter", a-t-il persifflé, dans un communiqué publié mercredi.

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