Face au reconfinement, le gouvernement contraint de revoir de nouveau son budget 2020

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Le ministre de l'Economie  Bruno Le Maire le 19 octobre 2020 à Paris
Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire le 19 octobre 2020 à Paris
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© AFP, Ludovic MARIN

AFP, publié le mercredi 04 novembre 2020 à 14h26

Le gouvernement a présenté mercredi en conseil des ministres un nouveau projet de budget rectifié pour 2020, le quatrième depuis le début de la crise sanitaire, afin de débloquer 20 milliards d'euros supplémentaires pour soutenir l'économie mise à mal par la deuxième vague de l'épidémie et le reconfinement.

C'est un exercice qui sert habituellement à ajuster à la marge les crédits alloués aux ministères afin de coller au plus près des dépenses et des recettes déjà constatées durant l'année.

Mais face au reconfinement décidé pour tenter de circonscrire une deuxième vague épidémique, ce budget rectifié de fin d'année prend une tout autre dimension.

Le gouvernement va ainsi entériner une nouvelle dégradation des prévisions économiques et débloquer 20 milliards d'euros de dépenses supplémentaires pour soutenir l'économie.

Le produit intérieur brut (PIB) devrait ainsi finalement se contracter de 11% cette année, contre 10% anticipé dans la précédente prévision de septembre.

Une récession d'une ampleur inédite due aux deux confinements, dont le dernier est décidé à ce stade pour un mois, et qui va faire replonger l'activité après le rebond du troisième trimestre.

Même s'il est moins strict que le premier, de nombreux commerces, déjà fragilisés par la crise, se retrouvent contraints de fermer, malgré leurs protestations.

Pour éteindre leur colère et limiter les faillites, le gouvernement met donc 20 milliards d'euros supplémentaires sur la table, après près de 470 milliards débloqués depuis mars (dont plus de 300 milliards de garanties publiques). La dépense publique atteindra ainsi le niveau record de 64,3% du PIB cette année.

"On fait face autant que nécessaire, on fera face durant toute la durée de circulation du virus, parce que rien ne serait pire que de perdre nos entreprises, nos salariés et nos qualifications", a assuré le ministre de l'Economie Bruno Le Maire mercredi matin sur Radio Classique.

Principale mesure: le fonds de solidarité dédié aux petites entreprises est gonflé de 10,9 milliards en plus des 9 milliards déjà prévus. Son accès a été élargi et les montants alloués augmentés.

Le dispositif d'activité partielle est, lui, doté de 3,2 milliards d'euros supplémentaires, après 31 milliards déjà budgétés et plus de 22 milliards dépensés. 

Le gouvernement prévoit aussi 3 milliards d'euros d'exonérations de cotisations sociales, et 1,9 milliard d'euros de nouvelles dépenses de santé dans le cadre de l'Objectif national des dépenses d'assurance maladie (Ondam).

Enfin, accusé de ne pas en faire assez pour soutenir les plus modestes, le gouvernement va verser des primes exceptionnelles aux bénéficiaires du RSA, des chômeurs en fin de droits et aux moins de 25 ans, qui coûteront 1,1 milliard d'euros.

- Meilleures rentrées fiscales -

Ces dépenses couvrent plus d'un mois de confinement - dont le coût a été évalué à 15 milliards d'euros par Bruno Le Maire - laissant penser que le gouvernement anticipe une prolongation du confinement.

Il n'en est rien, répond-on à Bercy, où on justifie cette enveloppe par une "sortie progressive des dispositifs" de soutien après le déconfinement et non un arrêt brutal.

Mais pour le Haut conseil des finances publiques (HCFP), la prévision de récession du gouvernement "suppose" bien "le maintien de mesures de confinement au-delà du seul mois de novembre", selon son avis sur ce projet de budget publié mercredi.

Conséquence: le déficit public devrait finalement se creuser à 11,3% du PIB et la dette s'envoler à 119,8% en 2020. 

Avec ces hypothèses, Bercy défend un quasi-retour au scénario envisagé en juillet, lorsque le gouvernement ne s'attendait pourtant pas à une deuxième vague de l'épidémie, mettant en avant la vigueur du rebond de l'économique au troisième trimestre.

Un rebond qui s'est notamment traduit par de meilleures rentrées fiscales - 2,7 milliards de plus que ce qui était anticipé dans les dernières prévisions - et en particulier de TVA, d'impôt sur le revenu et d'impôt sur les sociétés.

Un signe "de confiance et d'espoir dans la capacité de notre économie à rebondir une fois que l'épidémie sera derrière nous", veut-on croire à Bercy. 

Mais si le gouvernement ne pense plus atteindre en 2021 les 8% de croissance prévus jusqu'ici, il se refuse à ce stade à dévoiler toute nouvelle prévision.

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