Face aux sanctions, la Russie sur la pointe des pieds au salon du Bourget

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Le pavillon russe au Salon du Bourget, le 19 juin 2019 au Bourget
Le pavillon russe au Salon du Bourget, le 19 juin 2019 au Bourget
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© AFP, ERIC PIERMONT

AFP, publié le mercredi 19 juin 2019 à 19h05

Frappée par les sanctions économiques de l'Union européenne, la Russie ne présente pas d'équipements militaires cette année au salon du Bourget, ce qui ne l'empêche pas de négocier de futurs contrats pour ses avions et hélicoptères, civils et militaires.

Sur le tarmac, des chasseurs américains, français, des avions de transport militaires brésiliens, japonais, mais pas de chasseurs Sukhoï, MiG ou d'hélicoptères frappés de l'étoile rouge. L'exposition d'aéronefs russes se résume à un bombardier d'eau amphibie, le Beriev BE-200, et à deux hélicoptères civils multirôles ANSAT.

L'avion civil moyen-courrier Sukhoï Superjet 100, fierté de l'industrie aéronautique russe, dont l'un des modèles s'est enflammé début mai lors d'un atterrissage d'urgence à Moscou faisant 41 morts, n'est pas présent non plus.

"Il n'y a pas d'évolution majeure" par rapport aux précédentes éditions, note auprès de l'AFP, Patrick Daher, commissaire général du salon. "Ce qu'il n'y a pas depuis plusieurs années, c'est la présence d'avions de combat", poursuit-il, précisant que "ce n'est pas un blocage de notre part".

"C'est en raison des sanctions. Nous aurions aimé présenter des avions militaires", explique à l'AFP une représentante de Rosoboronexport. La société publique russe chargée des ventes d'armements dispose d'un chalet au salon pour recevoir délégations et clients.

Son directeur-général Alexandre Mikheev estime subir une "concurrence déloyale" mais a confié au magazine spécialisé FlightGlobal s'attendre à retenir l'attention de "délégations du monde entier car presque personne d'autre ne peut présenter autant de produits qui ont été testés en conditions réelles de combat". 

La Russie est le deuxième exportateur mondial d'armements.

Les sanctions européennes, qui touchent des banques, des entreprises de défense et des compagnies pétrolières russes, ont été décidées à l'été 2014, au plus fort de la crise ukrainienne, quelques mois après l'annexion de la Crimée par la Russie suivie par l'offensive de rebelles pro-russes dans l'est de l'Ukraine. Les Etats-Unis vont même plus loin en menaçant de sanctions toute entité ou pays qui conclut des contrats d'armement avec des entreprises russes.

Kiev et les Occidentaux accusent la Russie de soutenir les rebelles séparatistes, notamment en leur fournissant des armes, ce que Moscou dément.

- "Clients potentiels" pour le MiG-35 -

Patron du constructeur MiG, intégré en 2006 avec les autres avionneurs russes au sein de la société publique United Aircraft Corporation (UAC), Ilya Tarasenko passe toute la semaine au salon. 

"C'est un événement traditionnel, c'est l'endroit parfait pour rencontrer tous nos partenaires dans le monde", confie-t-il à l'AFP. "C'est là que nous finalisons nos discussions avec eux", même si le salon aéronautique et spatial de Moscou MAKS, qui se tient fin août, "est prioritaire" et là "où nous annoncerons les contrats".

Il profite ainsi du Bourget notamment pour vanter les mérites du chasseur MiG-35, commandé à ce stade à 6 exemplaires par la Russie et concurrent notamment du Rafale et de l'Eurofighter. Mais il discute également avec les représentants des quelque 30 pays qui ont acheté des MiG-29, dont plus de 800 exemplaires sont encore en service dans le monde, pour leur vendre des services techniques et des modules d'entrainement.

"Nous les considérons comme des clients potentiels pour le MiG-35", glisse-t-il à l'AFP.

Pour Andreï Boguinski, PDG de Russian Helicopters venu au Bourget montrer une version de l'ANSAT, destiné aux services de secours, le salon "est une bonne occasion de présenter nos outils dans l'aviation civile à différents types de clients".

Membre du conglomérat géant militaro-industriel public Rostec, Russian Helicopters effectue une mue vers le civil. Quelque 90% des hélicoptères sortis de ses usines il y a deux ans étaient militaires, aujourd'hui "30 à 40%" sont civils.

Il compte notamment vendre le Ka-226T, présenté comme un modèle civil, léger et polyvalent, à l'armée indienne. L'engin devrait être équipé d'un moteur du français Safran. Dans le cadre de ce futur contrat, 60 exemplaires seraient fabriqués en Russie, les 140 autres en Inde.

"Nous avons finalisé toutes les questions techniques en février, nous attendons d'être invités à entamer les négociations commerciales", a confié à l'AFP M. Boguinski.

Russian Helicopters compte également surfer sur la vague des projets de taxis volants en développant le VRT-500, un futur hélicoptère léger doté d'un double rotor coaxial dont un premier prototype doit être présenté en 2020.

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