"Fake news" : les Français sont-ils schizophrènes ?

"Fake news" : les Français sont-ils schizophrènes ?©Boursier.com

Boursier.com, publié le jeudi 05 avril 2018 à 08h08

Comment les Français s'informent-ils ? Sont-ils devenus schizophrènes en matière de fake news ?... Selon un sondage BVA pour la Villa Numeris, ils privilégient internet et la télévision, à hauteur de 62%, devant la radio (49%) et la presse (32%) pour se tenir au courant des dernières nouvelles. "Internet est même la principale source d'information sur l'actualité chez les moins de 35 ans (83%) et les cadres (72%)"...

Selon cette étude, qui s'intéresse plus particulièrement aux "fake news", ces fausses informations diffusées sur internet et plus particulièrement sur les réseaux sociaux, 6 Français sur 10 postent sur Facebook, Twitter et autres Snapchat et un tiers d'entre eux le font sans se préoccuper de la fiabilité des informations qu'ils diffusent !... C'est bien là tout le problème puisque ces derniers se font eux-mêmes colporteurs de fausses nouvelles à grande échelle !

Les réseaux sociaux pointés du doigt

Trois quarts des sondés estiment ainsi avoir déjà été confrontés à une information fausse destinée à les influencer, 18% déclarent même avoir été induits en erreur par celle-ci !

Les réseaux sociaux sont donc les premiers à être montrés du doigt (82% de citations), les internautes faisant d'ailleurs très peu confiance aux contenus qu'ils y trouvent (8% seulement font confiance aux informations qui y sont diffusées).

En revanche les portails de médias traditionnels sont peu considérés comme propageant des "fake news" (19% de citations seulement) et 76% jugent que ce sont des sources d'informations de confiance.

Vers une autorité publique indépendante ?

Alors, comment mieux contrôler les rumeurs et autres bruits de couloirs ? Plus de la moitié des sondés estiment que c'est d'abord aux plateformes de développer de bonnes pratiques et qu'elles doivent y être contraintes (53% de citations)... Ils ne semblent pas faire confiance à l'autorégulation des acteurs concernés, solution sélectionnée par 12% seulement des répondants.

En revanche, "pour mieux contrôler les informations diffusées sur Internet, 76% des Français se sont déclarés favorables à la création d'une autorité publique indépendante", concluent les auteurs de cette étude, de quoi aller dans le sens du gouvernement qui travaille activement sur le moyen de contrer les fausses nouvelles qui circulent abondamment sur internet.

Un texte de loi en préparation

Le texte sur les "fake news" voulu par Emmanuel Macron appellera la coopération des grands acteurs d'internet et tentera d'empêcher la propagation d'informations mensongères pendant les périodes électorales en France. La proposition de loi sur ce thème devrait être débattue à l'Assemblée nationale "a priori vers la fin du mois d'avril ou en mai"...

"Si nous voulons protéger les démocraties libérales, nous devons savoir être forts et avoir des règles claires", avait déclaré le président de la République en annonçant la future loi lors de ses voeux à la presse, le 3 janvier dernier. Le chef de l'Etat, qui estime avoir été victime de fausses nouvelles propagées via les réseaux sociaux pendant la campagne présidentielle, avait alors fustigé "le bobard inventé pour salir".

Influences étrangères

Peu après son élection, Emmanuel Macron avait directement mis en cause Russia Today et Sputnik, deux médias russes financés par le Kremlin, qu'il avait qualifiés, en présence du président russe Vladimir Poutine invité à Versailles, d'"organes d'influence" à l'origine de "contre-vérités infamantes". Ces deux médias, qui possèdent chacun une version française, avaient été écartés de la campagne d'Emmanuel Macron...

Selon un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour franceinfo et le Figaro publié en janvier, 79% des Français soutiennent l'idée d'une loi pour endiguer la propagation de fausses informations.

Procédure judiciaire d'urgence de référé

En période électorale précédant les élections à caractère national (présidentielle, législatives, sénatoriales, européennes), l'idée est de permettre un recours à une procédure judiciaire d'urgence de référé, sous 48h00, permettant le cas échéant de supprimer le contenu mis en cause, de déréférencer le site, de fermer le compte utilisateur concerné, voire de bloquer l'accès au site internet. L'affaire serait ensuite jugée sur le fond dans un deuxième temps...

Le texte entend compléter la loi sur la liberté de la presse de 1881 qui réprime déjà la diffusion "de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, la nouvelle aura troublé la paix publique".

Plus généralement, la proposition de loi veut étendre le devoir de coopération imposé aux réseaux sociaux, plates-formes et fournisseurs d'accès à internet, appelés à signaler aux autorités les fausses informations et, le cas échéant, l'identité des "payeurs" poussant leur diffusion contre rémunération.

Le CSA à la manoeuvre

Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) verrait en outre son rôle accru en ce qui concerne les chaînes liées à un Etat étranger.

L'instance pourrait ainsi refuser une convention à une société contrôlée par un Etat étranger ou "sous l'influence de cet Etat" si le média en question "est susceptible de porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ou de participer à une entreprise de déstabilisation de ses institutions, notamment par la diffusion de fausses nouvelles".

Dans le cas où l'autorisation serait déjà accordée à un tel média, le texte prévoit de permettre au CSA de suspendre sa diffusion pendant les périodes électorales...

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