Fichier controversé à FO: Pavageau poussé à la démission

Fichier controversé à FO: Pavageau poussé à la démission
Le secrétaire général de Force Ouvrière Pascal Pavageau à Matignon, le 30 août 2018

AFP, publié le lundi 15 octobre 2018 à 20h11

Sept mois après son arrivée à la tête de FO, Pascal Pavageau se retrouve sur la sellette et poussé à la démission après la révélation d'un fichier sur les dirigeants du troisième syndicat français, qui a déclenché une crise interne.

Côté direction de FO, c'était silence radio lundi, jour de la traditionnelle réunion hebdomadaire du bureau confédéral, composé de la garde rapprochée de Pascal Pavageau (13 membres). Une autre réunion, cruciale et plus élargie (35 membres), doit se tenir mercredi.

Cette dernière a été reportée par le secrétaire général au 29 octobre mais les responsables FO ont finalement décidé de s'y rendre, "même sans Pavageau".

De sources internes à FO, la majorité de cette trentaine de membres, "à l'exception de 3-4 personnes", vont réclamer sa démission.

"Soit il démissionne, soit il nous donne des explications - mais je ne vois pas comment ça peut changer les choses -, soit on le démissionne", résume Dejan Terglav, secrétaire général du syndicat FGTA FO (agroalimentaire, distribution, hôtellerie-restaurant...).

"On est la risée de tout le monde! On ne peut pas se permettre d'avoir quelqu'un à la tête de FO avec une casserole pareille", abonde une autre source FO.

Selon une troisième, avec le report de la réunion de mercredi, Pascal Pavageau espérait organiser des pourparlers avec les "cadres qui ont été vexés par le fichier" interne. Celui-ci, dont l'existence a été révélée la semaine dernière par Le Canard enchaîné, affuble plus d'une centaine de responsables de FO de qualificatifs comme "niais", "franc-maçon" ou encore "trop intelligent pour entrer au bureau confédéral".

- "Il faut partir" -

Interrogé par Le Dauphiné libéré vendredi, Pascal Pavageau a assuré ne pas avoir constaté que "ça perturbe" en interne. Au Canard enchaîné, il avait expliqué qu'il s'agissait d'une "belle connerie" et d'une "grave erreur".

Concrètement, selon les statuts de FO, la rencontre de mercredi peut aboutir à l'organisation d'une réunion de la Commission exécutive de FO, sorte de Parlement, seule habilitée à réclamer une démission du secrétaire général.

Les responsables souhaitant la démission espèrent réunir ce Parlement dès la semaine prochaine mais, selon des informations de presse, Pascal Pavageau est en arrêt maladie, ce qui pourrait rallonger les délais. Contacté par l'AFP, le secrétaire général n'a pas répondu.

Dès vendredi, Frédéric Homez, secrétaire général de la fédération métallurgie, l'avait invité à prendre "lui-même la décision de démissionner".

A l'extérieur du syndicat aussi, la pression monte.

"Je crois qu'il y a un malaise avec le secrétaire général de FO (...). Lorsqu'on n'est pas conforme à l'éthique qu'on s'est fixée, il faut partir", a tranché lundi sur France Info Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT.

La veille, Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, s'était dite "choquée et scandalisée par cette histoire de fichier indigne".

Un éventuel départ du secrétaire général serait un coup dur pour FO, actuellement en campagne, comme les autres syndicats, pour des élections cruciales en décembre dans la fonction publique dont est issu Pascal Pavageau. 

Des négociations importantes sont par ailleurs en cours, notamment sur l'assurance chômage et la réforme des retraites.

Or, les révélations ont remis en évidence des divisions propres à FO: d'un côté les défenseurs d'une ligne "réformiste", basée sur la concertation avec l'exécutif, celle défendue par Jean-Claude Mailly, l'ancien numéro un du syndicat; de l'autre, les partisans d'une ligne plus offensive, défendue par Pascal Pavageau, adepte de manifestations et d'alliances avec les autres organisations syndicales.

"Derrière cette histoire de caniveau, un bras de fer se joue sur la ligne politique de FO, entre les partisans de Pavageau et ceux qui veulent que FO se couche sur la réforme des retraites", assure la troisième source FO.

Elu lors du congrès de FO en avril, Pascal Pavageau, 49 ans, a changé radicalement le positionnement du syndicat, en s'alliant à nouveau avec la CGT, avec laquelle il a organisé deux manifestations nationales interprofessionnelles, dont celle de mardi dernier. 

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