Foot: la Super Ligue, un pari aussi financier

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Entrée de la billetterie devant Anfield, le stade de Liverpool, le 19 avril 2021
Entrée de la billetterie devant Anfield, le stade de Liverpool, le 19 avril 2021
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© AFP, Paul ELLIS

AFP, publié le lundi 19 avril 2021 à 16h36

La Super Ligue pourra-t-elle trouver sa place économiquement? Pourra-t-elle générer près de 10 milliards d'euros dans quelques années comme elle l'annonce? Si la banque américaine JP Morgan va financer le projet, voué à supplanter la Ligue des champions, son financement semble encore bien flou.

La Super Ligue pourra-t-elle trouver sa place économiquement? Pourra-t-elle générer près de 10 milliards d'euros dans quelques années comme elle l'annonce? Si la banque américaine JP Morgan va financer le projet, voué à supplanter la Ligue des champions, son financement semble encore bien flou.

- Une ligue fermée, pas synonyme de prospérité -

Le postulat sur lequel se fonde en partie la future Super Ligue, lancée lundi par une poignée de clubs parmi les plus riches du monde, à savoir générer plus de revenus que la Ligue des champions qui reverse près de 2 milliards d'euros par an, tient plus du pari que de la garantie. 

"La viabilité financière n'est absolument pas garantie parce qu'on fait une ligue avec les meilleurs clubs", assure Didier Primault, économiste au Centre de droit et d'économie du sport (CDES).

Si l'on prend l'exemple de l'Euroligue de basket, "80% des clubs qui y participent génèrent des déficits", rappelle Didier Primault, alors que pour autant, le niveau sportif est extrêmement relevé.

L'exemple des championnats professionnels nord-américains incite aussi à la prudence. Car si les franchises du Championnat NBA de basket génèrent aujourd'hui des bénéfices, parfois même assez conséquents, "ce n'était pas du tout le cas il y a dix ans, où seules quelques rares franchises s'en sortaient bien", rappelle l'économiste. 

"Ce qu'apporte un championnat fermé, c'est de la sécurité financière par rapport à des investissements, il n'y a pas de danger, ni de risques", note toutefois Tim Bridge, du cabinet Deloitte.


Et dans un contexte financier fragilisé par la pandémie de coronavirus, c'est important: "Quelques-uns des douze clubs (à l'orgine de la Super Ligue) sont actuellement dans des situations financières compliquées, c'est pourquoi ils sont à la recherche d'une plus grande stabilité financière pour le futur", insiste Tim Bridge.

- Quid des droits TV ? -

La majorité des revenus de la Super Ligue devrait être issue des droits TV, à l'instar du financement actuel de la Ligue des champions, qui en tire près de 80% de ses revenus (et près de 15% des droits marketing, NDLR). Mais pour l'instant, autour de cette question, c'est le grand mystère.

Aucun accord de diffusion n'a été évoqué, ni aucune date pour un éventuel appel d'offres futur. Mais les organisateurs comptent bien évidemment sur les revenus télévisuels.

Vu les montants annoncés, avec un pactole de 3,5 milliards d'euros distribué aux clubs fondateurs et des revenus qui dépasseront les 10 milliards d'euros à plus long terme, l'enjeu autour des droits TV sera primordial.

Et si les principaux diffuseurs en Europe sont déjà engagés sur la Ligue des champions, la fenêtre pourrait se rouvrir rapidement. Voire précipiter la refonte d'un secteur en plein bouleversement. 

"Les acteurs classiques comme les télévisions à péage sont en train de perdre du terrain, ou en tout cas ne vont pas forcément être les leaders sur ces marchés-là", anticipe Didier Primault. 

Il subsiste en tout cas assurément encore de l'espace à prendre, avec des acteurs comme les Gafa, ces géants du Web comme Google, Amazon ou Apple.

"Ce n'est pas forcément sur le Vieux continent qu'ils devraient aller chercher leurs 10 milliards, ils devraient plus se tourner vers l'Asie par exemple", explique également Magali Tézenas du Montcel, déléguée générale de Sporsora, organisation qui regroupe les acteurs de l'économie du sport en France.

"Les craintes que j'ai sur ce produit là, c'est la rareté. Des matches entre le Barça et le Paris SG ça n'arrive pas tout le temps. Et si ça devient fréquent, ça peut perdre en intérêt", ajoute-t-elle.

- Un financeur étatique ? -

L'hypothèse d'un partenaire qui ne soit pas encore prêt à sortir du bois, mais qui pourrait rejoindre le projet suinte dans plusieurs médias.

"J'imagine assez bien que des partenaires doivent être intéressés, des multinationales ou des acteurs économiques appuyés par des Etats qui en font un outil de soft power", synthétise Didier Primault. 

Et l'Arabie Saoudite, via son fonds public d'investissement (PIF), a plusieurs fois été évoquée. "Ce ne serait pas surprenant", tranche l'économiste. 

"Après, démarrer une compétition avec l'Arabie saoudite comme financeur, moi personnellement ça me poserait question. Les clubs sont soucieux de leur image, et il vaut mieux afficher je trouve, le logo de l'UEFA que celui de l'Arabie saoudite", estime Didier Primault. 

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