Fukushima: dans la ville fantôme de Namie, une usine pour tourner la page

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Fukushima, le 5 mars 2018. La Ville comptait avant la catastrophe quelques 21.000 personnes, elle n'en compte aujourd'hui qu'un peu plus de 500
Fukushima, le 5 mars 2018. La Ville comptait avant la catastrophe quelques 21.000 personnes, elle n'en compte aujourd'hui qu'un peu plus de 500
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© AFP, Behrouz MEHRI

AFP, publié le vendredi 30 mars 2018 à 09h08

Namie, ville du nord-est du Japon située à quelques kilomètres de la centrale de Fukushima, était il y a peu encore une zone interdite. Partiellement rouverte, elle a inauguré cette semaine sa première usine depuis le drame de mars 2011.

Le groupe japonais Nissan a décidé d'implanter là un site de recyclage des batteries de ses voitures électriques Leaf. Le bâtiment est sommaire et quasi vide et le nombre d'employés très modeste - dix seulement -, mais c'est tout un symbole salué par Tamotsu Baba, le maire de cette cité portuaire meurtrie par le tsunami du 11 mars et l'accident nucléaire qui en a chassé les habitants.

A ses côtés, le ministre de la Reconstruction Masayoshi Hoshino a aussi fait part de son enthousiasme à l'occasion d'une cérémonie organisée en début de semaine. "Sept ans ont passé, l'ordre d'évacuation a été levé" en mars 2017 dans cette partie de la commune "et nous travaillons dur" pour faire revenir les résidents, a-t-il déclaré. 

En février, 516 habitants seulement vivaient à Namie, qui comptait avant la catastrophe environ 21.000 personnes sur ses registres et dont 80% du territoire reste interdit d'accès.

"Il nous faut des infrastructures, des emplois, des écoles", et cette usine "à la technologie de pointe", dont la construction a été financée aux deux tiers par le gouvernement central, participe à cet effort, s'est félicité M. Hoshino.

- 'Contribuer à la reconstruction' -

Nissan espère attirer "l'attention de l'étranger" et de nombreux visiteurs avec ce programme d'échange de batteries pour automobiles électriques, présenté comme unique au monde, qui débutera en mai au Japon avant une possible expansion à l'international. 

"Nous contribuerons ainsi à la reconstruction de Namie", souligne Eiji Makino, patron de 4R Energy Corporation, la co-entreprise formée en 2010 par Nissan et Sumitomo Corporation qui exploite l'usine.

La compagnie a développé un système capable de mesurer rapidement la performance des batteries lithium-ion usagées (au bout de dix ans de vie en moyenne), en analysant chacun des 48 modules: le processus prend désormais quatre heures, au lieu de 16 jours au début des recherches.

Les modules les moins dégradés sont ensuite réassemblés pour fournir aux automobilistes des batteries de remplacement pour la première génération de la Leaf, sortie en 2010, au prix de 300.000 yens l'unité (2.290 euros), à comparer à 650.000 yens pour une nouvelle batterie.

Si l'activité sera dans un premier temps limitée, Nissan voit grand, pariant sur l'essor annoncé des véhicules électriques, favorisé par des politiques publiques volontaristes et la crise du diesel. 

Le constructeur nippon, parmi les premiers groupes mondiaux sur ce créneau avec son allié français Renault, veut multiplier par six ses ventes annuelles de voitures électrifiées d'ici 2023, et les autres constructeurs sont tout aussi ambitieux.

- 'Difficile de rentrer' -

Plusieurs centaines de batteries seront initialement traitées chaque année sur le site de Namie, pour une capacité maximale de 2.250 unités.

"Il y a un potentiel énorme", juge M. Makino qui imagine "atteindre un jour 1.000 employés". A condition de réussir à attirer la main-d'oeuvre dans cette zone sinistrée.

Dans un rapport publié fin février, l'ONG anti-nucléaire Greenpeace jugeait "les niveaux de radiation trop élevés pour permettre un retour sans danger".

Mais le responsable de 4R Energy se veut rassurant: "La célèbre avenue des Champs-Elysées affiche des niveaux deux fois supérieurs" à ceux de la zone Namie rouverte. "Le gouvernement central a mené les travaux de décontamination et il n'y a aucun problème", insiste-t-il. 

Au-delà de craintes pour leur santé, les habitants ont souvent refait leur vie ailleurs, expliquait récemment le gouverneur de Fukushima, Masao Uchibori. "Ils ont acheté une nouvelle maison, leurs enfants vont à l'école locale, ils ont trouvé un travail sur place (...) et il est difficile pour eux de rentrer".

Même en créant les conditions nécessaires au retour, via l'installation d'entreprises, hôpitaux ou centres commerciaux, cela ne suffira pas, estime le gouverneur, qui convoite plutôt de nouveaux résidents à travers des projets d'innovation et de robotique.

Mais là aussi le défi est grand tant l'image de la région a été durablement affectée par l'accident nucléaire, le plus grave de l'histoire depuis celui de Tchernobyl en 1986.

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