Gattaz lègue à son successeur un Medef à réinventer

Gattaz lègue à son successeur un Medef à réinventer
Pierre Gattaz, qui doit quitter prochainement son poste de directeur du Medef, s'exprime lors d'une conférence de presse à Paris le 13 mars 2018

AFP, publié le mercredi 02 mai 2018 à 13h52

Fini le "Medef de combat" cher à Pierre Gattaz. Les candidats à sa succession, dont la liste doit être publiée vendredi, auront pour tâche de "réinventer" l'organisation patronale face à un exécutif certes pro-entreprises, mais qui n'hésite pas à bousculer les corps intermédiaires.

Avant de découvrir qui a obtenu les 50 parrainages nécessaires, l'heure est au bilan du mandat du président sortant et à la prospective.

"Je sors de mes cinq ans de mandat plus serein que quand j'y suis rentré", confie à l'AFP Pierre Gattaz, qui vient de publier un petit opus intitulé "2013-2018, regard sur cinq années de combats".

Elu à la tête de la première organisation patronale sous la présidence du socialiste François Hollande, il quitte son poste sous celle d'Emmanuel Macron, un chef de l'Etat jugé nettement plus ouvert aux préoccupations des entrepreneurs que son prédécesseur.

Impôt sur la fortune, pénibilité, réforme de l'assurance chômage... Au cours de ces cinq années, le patron des patrons a ferraillé dur avec les syndicats et les gouvernements qui se sont succédé, soulevant régulièrement des polémiques en raison de son franc parler. "Il a un côté bulldozer", concède un représentant patronal.

En interne, même si ses sorties ont à l'époque suscité l'agacement de nombreux adhérents, on reconnaît désormais qu'il a réussi "à remettre l'entreprise au cœur du village", en dépit de "ses erreurs de communication".

"Je pense sincèrement qu'on a réussi de belles choses avec des baisses d'impôts, de taxes, avec le pacte de responsabilité et le CICE qui ont vraiment donné des marges aux entreprises", juge pour sa part M. Gattaz, fils d'Yvon Gattaz, lui-même patron des patrons de 1981 à 1986.

- "Représentant de l'ancien monde" -

Autre motif de satisfaction: "avec des débuts de réformes, la France a commencé à recréer des emplois". Pour celui qui s'est attiré railleries et foudres sur le fameux "million d'emplois" créés qu'il pensait atteindre d'ici à 2020, la revanche est là: "Je pense qu'avec les réformes complémentaires de Macron, on doit pouvoir franchir la barre du million dans les prochains 18 mois".

Malgré tout, il faut selon Pierre Gattaz "continuer le combat", même s'il est aujourd'hui "un peu plus positif". "C'est un combat permanent le Medef, un combat de révolution culturelle qui n'est pas totalement abouti aujourd'hui", explique-t-il.

Pour autant, selon Michel Offerlé, professeur à l'Ecole normale supérieure, "les cinq années Gattaz n'auront guère renouvelé le Medef". "Pas de restructuration interne, pas d'ambitions sociétales à la Parisot" (Laurence Parisot, présidente avant lui), explique-t-il. "Il y a bien eu une volonté de faire du Medef un lieu central de réflexion sur la société française et les transformations profondes, mais celle-ci a peu trouvé d'échos".

Et aujourd'hui, l'organisation patronale est contrainte "d'accompagner le mouvement réformateur macronien qui est crédité d'une connaissance de l'entreprise, d'un sens de l'attractivité et de la compétitivité de la France, et d'une capacité à +libérer+ les entreprises et leurs chefs", observe-t-il, se demandant si le Medef n'était pas d'une certaine manière, "aux yeux des dirigeants politiques actuels, un représentant de l'ancien monde".

Dans la société, le syndicat patronal peine à séduire. Selon un sondage OpinionWay commandé par le mouvement patronal Ethic, 66% des Français en ont une mauvaise image et 55% pensent qu'il ne représente pas bien les entreprises.

Une situation dont sont conscients les candidats à l'élection. "Le Medef mourra certainement s'il ne se transforme pas", estime Alexandre Saubot, un des favoris. "Nos corps intermédiaires sont tous malades et peuvent mourir", juge aussi Frédéric Motte, qui appelle à réinventer le mouvement.

Autre prétendant bien placé dans la course, Geoffroy Roux de Bézieux veut dans ce contexte incarner "un Medef de propositions". 

Patrick Martin, qui s'est allié à Fabrice Le Saché et Pierre Brajeux, ambitionne pour sa part de "défendre un projet de rénovation" de l'organisation.

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