"Gilets jaunes" : l'économie menacée à l'approche de Noël ?

"Gilets jaunes" : l'économie menacée à l'approche de Noël ?©Boursier.com

Boursier.com, publié le mardi 20 novembre 2018 à 20h25

Si le mouvement des "Gilets jaunes" a suscité jusqu'ici la sympathie de nombreux Français, il pourrait menacer la croissance de l'hexagone s'il continue de perturber l'activité économique.

Mardi, au 4ème jour de mobilisation des automobilistes en colère, les fédérations de commerçants s'inquiètent d'un enlisement de la contestation, tandis que les entreprises de transport routier ont refusé de se joindre au mouvement.

Chute de 35% de ventes dans les hypers et supermarchés samedi dernier

Après une forte baisse du chiffre d'affaires de la distribution le week-end dernier, les commerçants craignent désormais que les blocages des infrastructures n'affectent cette semaine les ventes du "Black Friday" (ventes promotionnelles culminant ce vendredi), et au-delà, les achats en vue des fêtes de fin d'année.

Selon le cabinet d'études Nielsen, les hypermarchés et supermarchés ont subi, le samedi 17 novembre, "une baisse moyenne de leur chiffre d'affaires de 35% sur les produits de grande consommation, si l'on compare avec les autres samedis depuis la rentrée de septembre".

Transports : les patrons inquiets, FO appelle à rejoindre les "Gilets jaunes"

Les transporteurs routiers s'inquiètent eux aussi des conséquences de la mobilisation sur leur activité. Ainsi, la Fédération nationale des transports routiers (FNTR), l'Union des entreprises de transport et de logistique de France, la Chambre syndicale du déménagement et l'Unostra ont expliqué, dans un communiqué commun, qu'elles ne se joindraient pas au mouvement à cause de "leur situation économique tendue".

A noter toutefois que mardi soir, la fédération FO des transports et de la logistique a appelé ses adhérents et sympathisants à rejoindre le mouvement des "gilets jaunes" afin de défendre le pouvoir d'achat, envisageant même de durcir le ton à travers un appel à la grève...

Une mobilisation moins nombreuse, qui se radicalise

Depuis samedi, où le mouvement avait mobilisé près de 300.000 personnes (282.000 selon le ministère de l'Intérieur), le nombre de "Gilets jaunes" s'est nettement réduit, mais la contestation s'est élargie du thème des taxes sur le carburant vers une dénonciation plus générale de la politique du gouvernement.

Pour la première fois, mardi, des entrepôts de marchandises ont été bloqués, et depuis lundi, plusieurs tentatives de blocage de terminaux pétroliers ont aussi été observées. A Besançon, dans le Doubs, les forces de l'ordre ont évacué mardi matin un barrage mis en place par des "gilets jaunes" devant l'entrepôt Easydis, qui alimente les hypermarchés Casino de la région, a rapporté 'France Bleu Besançon'.

En Ille-et-Vilaine, quelques dizaines de personnes qui bloquaient le dépôt pétrolier de Vern-sur-Seiche, au sud de Rennes, ont été délogés tôt mardi matin par les CRS, selon 'franceinfo'.

La distribution craint pour les ventes de fin d'année

Selon Jacques Creyssel, délégué général de la FCD (Fédération du commerce et de la distribution), cité par le site 'LSA', spécialisé dans la distribution, "il y a moins de blocages, mais les actions sont plus dures", et l'impact économique "commence à devenir très important".

Johann Petiot, directeur général de l'Alliance du commerce, rappelle que "nous entrons dans une période cruciale pour le commerce, et nous ne pouvons nous permettre de rater la fin de l'année. C'est pourquoi, dans ce contexte de crise, nous ne pouvons qu'appeler, encore une fois, au respect de la libre circulation des marchandises et des personnes afin de minimiser les conséquences de ces blocages.

Emmanuel Macron appelle au "dialogue"

L'exécutif a continué d'afficher mardi la fermeté, mettant en garde contre les dérives du mouvement des "Gilets jaunes". Le président de la République s'est exprimé pour la première fois sur le sujet : en déplacement en Belgique, à l'Université de Louvain, Emmanuel Macron a déclaré qu'il ne reviendrait pas sur la transition énergétique, mais a prôné le "dialogue" avec les manifestants.

Il a estimé "normal" que la France connaisse des protestations car "les choses ne se font pas spontanément". La transition écologique "suppose de changer les habitudes, ce n'est jamais aisé", a ajouté M. Macron.

A Paris, le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a pour sa part dénoncé mardi sur 'France 2' la "dérive totale" du mouvement des "gilets jaunes", pointant une "radicalisation" et un "très, très grand nombre de blessés". Mardi, une deuxième personne est décédée, en marge du mouvement, qui a également fait des centaines de blessés samedi.

Bruno Le Maire promet de corriger la "dérive fiscale" des 10 dernières années

Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a de son côté écarté tout nouveau "geste" pour répondre aux revendications des "Gilets jaunes", après les aides annoncées la semaine dernière par l'exécutif (prime de conversion, chèque énergie...).

M. Le Maire a estimé qu'"un centime ici, deux centimes là" n'apaiseraient pas la colère des manifestants. Il a aussi dit mesurer "au plus profond" de lui-même la "désespérance" des Français qui manifestent et promis que le gouvernement corrigerait la "dérive fiscale" des dix dernières années.

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