"Gilets jaunes": Philippe entend tenir son "cap" malgré une mobilisation qui se poursuit

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Des "gilets jaunes" devant la préfecture du Puy-de-Velay le 17 novembre 2018
Des "gilets jaunes" devant la préfecture du Puy-de-Velay le 17 novembre 2018
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© AFP, Thierry Zoccolan

AFP, publié le lundi 19 novembre 2018 à 02h41

Au lendemain de la mobilisation des "gilets jaunes", Édouard Philippe a assuré dimanche avoir entendu la "colère" et la "souffrance" mais veut maintenir le "cap", alors que blocages et barrages filtrants se sont poursuivis dans plusieurs régions et pourraient persister lundi.

"Un gouvernement qui changerait de pied en permanence, qui zigzaguerait au gré des difficultés, (...) ne conduirait pas la France là où elle doit être conduite", s'est justifié le chef du gouvernement, invité du journal de 20H de France 2.

Le Premier ministre a de nouveau affiché les engagements pris par Emmanuel Macron de faire baisser les prélèvements obligatoires et de mieux rémunérer le travail, quitte à davantage taxer la pollution.

"Le cap que nous avons fixé, il est bon et nous allons le tenir", a-t-il affirmé, tout en assurant avoir entendu la "colère", "la souffrance", "l'absence de perspectives", "le sentiment de déclassement et peut-être même d'abandon" des quelque 290.000 personnes qui ont manifesté samedi contre les hausses de taxes sur les carburants.

Dimanche, la mobilisation était plus faible mais de nombreux barrages filtrants ou blocages étaient signalés, à des ronds-points ou sur des axes autoroutiers, comme à Montélimar, Chalon-sur-Saône, à Caen, au Mans et ailleurs dans l'Ouest, en Nouvelle-Aquitaine ou encore en Vaucluse ou dans le Var.

Dans la soirée, une centaine de "gilets jaunes" ont bloqué les accès au dépôt pétrolier de Vern-sur-Seiche, près de Rennes, selon Ouest France, empêchant le passage des camions. 

A travers la France, les manifestants étaient quelque 46.000 dimanche, selon une source policière, en recul par rapport aux 290.000 avec un gilet jaune sur le dos la veille.

Le ministère de l'Intérieur n'a pas communiqué de chiffre sur le nombre de manifestants dimanche. Sur environ 150 sites, les manifestants avaient appelé à reconduire le mouvement, selon le ministère.

A Caen, les gendarmes sont intervenus dans l'après-midi pour disperser un millier de "gilets jaunes" sur un échangeur au sud de la ville.

Dans plusieurs endroits, les "gilets jaunes" ont indiqué qu'ils poursuivraient le mouvement lundi, comme à Brioude (Haute-Loire) ou dans le Morbihan. Au Mans, une union avec les routiers et les agriculteurs pour empêcher l'accès à l'A28 est annoncée.  

Samedi, les manifestants avaient bloqué autoroutes, ronds-points, hypermarchés ou organisé des opérations de péage gratuit. Des "gilets jaunes" se sont aussi rendus près de l'Élysée, où les forces de l'ordre ont utilisé des gaz lacrymogènes.

Le bilan humain est lourd avec un mort, une manifestante de 63 ans percutée par une conductrice prise de panique, et plus de 400 blessés - dont 14 gravement y compris parmi les forces de l'ordre - et les dégradations ont été nombreuses. 282 personnes ont été interpellées.

"La liberté de manifestation, ce n'est pas l'anarchie", a rappelé Édouard Philippe au sujet des débordements.

Dimanche, un manifestant a été grièvement blessé près de Saint-Quentin (Aisne) lorsqu'un automobiliste a forcé un barrage. 

Si les "gilets jaunes" n'ont pas réussi à paralyser la France, tout le territoire a été touché durant le week-end par leurs actions, organisées en dehors des partis et des syndicats.

Samedi, Emmanuel Macron et Édouard Philippe avaient laissé Christophe Castaner monter au front. Le chef de l'État, en visite en Allemagne dimanche où le 18 novembre est un jour de commémoration aux victimes de guerre, ne s'est pas exprimé en raison du "devoir de décence", selon l'Élysée.

- "Ils n'ont pas compris" -

Le chef de l'État "s'est déjà exprimé et s'exprimera de nouveau", "il sait quand il y a urgence et il le fera", a toutefois indiqué la ministre de la Cohésion des territoires Jacqueline Gourault.

François de Rugy ou Gérald Darmanin ont été envoyés dans les médias pour défendre le besoin de mener la transition écologique malgré un "ras-le-bol fiscal" reconnu par le ministre du Budget.

Selon un sondage publié par le Journal du Dimanche, 62% des Français jugent qu'il faut "donner la priorité au pouvoir d'achat quitte à aller moins rapidement sur la transition énergétique" dans les prochaines années. 

La présidente du Rassemblement national (RN) Marine Le Pen, qui n'a pas manifesté samedi, a salué "un très grand succès" de la mobilisation et a appelé le gouvernement à des "prises de décisions rapides" pour "ramener la paix".

"Ce qui compte maintenant, c'est ce que le président de la République va entendre et comprendre. Et le sentiment que j'ai, c'est qu'ils n'ont pas compris", a lancé le patron des Républicains Laurent Wauquiez dimanche après-midi. "Il faut une initiative sur la fiscalité", d'après François Baroin, président (LR) de l'Association des maires de France.

De l'extrême droite à l'extrême gauche, des élus parfois vêtus de gilets jaunes s'étaient rendus samedi auprès de manifestants, notamment M. Wauquiez au Puy-en-Velay et le leader de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon place de la Concorde. 

Côté syndical, le patron de la CFDT Laurent Berger a appelé Emmanuel Macron à "réunir très rapidement" syndicats, patronat et associations "pour construire un pacte social de la conversion écologique".

Une idée poliment écartée dimanche par Édouard Philippe: "Je ne crois pas que ce que demandent les +gilets jaunes+ soit une grande conférence avec les responsables politiques et des responsables syndicaux".

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