Grèce: vent debout contre un complexe touristique de luxe à Corfou

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Coucher de soleil sur le port de l'île grecque de Corfou, le 30 juin 2020
Coucher de soleil sur le port de l'île grecque de Corfou, le 30 juin 2020
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© AFP, ANGELOS TZORTZINIS

AFP, publié le samedi 01 août 2020 à 10h12

Sur l'île grecque de Corfou, une coalition improbable de riches propriétaires, de militants écologistes et d'habitants en colère a vu le jour après le lancement officiel d'un complexe touristique de luxe, en juillet, dans une forêt vierge et préservée.

La propriété de Kassiopi d'une valeur de 120 millions d'euros est située dans une forêt de pins Erimitis, dans une des zones les plus préservées de l'île près des côtes albanaises. 

Le fonds d'investissement new-yorkais NCH Capital, qui a obtenu les titres de propriété en 2016, a prévu de construire un hôtel cinq étoiles de 90 chambres, des résidences de luxe et une marina. 

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitstotakis s'était déjà attiré les foudres d'écologistes pour avoir encouragé des investissements dans des zones naturelles protégées. 

Parmi ces projets, l'exploration en hydrocarbures en mer Ionienne riche en faune marine, ainsi que la promotion de parcs éoliens sur les îles grecques. 

Mais cette fois, le projet déplaît également à de riches propriétaires de Corfou. 

- "Un désastre total" -

Lors de sa visite à Corfou le 11 juillet pour inaugurer le projet Kassiopi, Kyriakos Mitsotakis a dû faire face à l'opposition surprenante d'un des propriétaires les plus prospères de l'île, le financier britannique Nathaniel Rothschild, membre de la célèbre famille de banquiers. 

Dans deux tweets, M. Rothschild a qualifié le projet de "désastre total" qui va ramener Corfou au "développement de masse des années 1970" et ne "rien apporter à l'économie locale". 

Le financier y affirme que la côte préservée d'Erimitis risque la "destruction" et ajoute que "Mitsotakis est insensé de défendre ce projet". 

Le financier britannique Ben Goldsmith, frère du ministre conservateur Zac Goldsmith, est un autre opposant notable. 

Lieu de villégiature privilégiée de riches familles comme les Agnelli en Italie, le nord-est de Corfou a été renommé par les médias britanniques "Kensington-sur-mer". 

Un groupe d'environ 200 propriétaires britanniques à Corfou a appelé Kyriakos Mitsotakis à faire marche arrière. 

"Construire un hôtel du type de celui qui est proposé, dans cet écosystème préservé et historique, avec les dégâts qui en résulteraient sur la faune sauvage, la mer et la forêt naturelle, serait un affront pour tous ceux qui se préoccupent de l'environnement", a écrit l'an dernier au Premier ministre l'association des propriétaires de Corfou. 

Ils ont averti d'une possible "désapprobation  généralisée parmi les amis de la Grèce à travers le monde". 

D'autres critiquent le prix trop bas - 23 millions d'euros - pour une concession de 99 ans dans la forêt vierge avec vue époustouflante sur la mer. 

L'appel d'offres pour Kassiopi avait été lancé par l'agence grecque de privatisation en 2012. 

Il avait reçu l'aval des services archéologiques et forestiers du pays et l'avait emporté face à une douzaine de plaintes devant les tribunaux.

Le Conseil d'Etat, la plus haute cour administrative en Grèce qui règle les contentieux environnementaux, a lui aussi approuvé le projet. 

Les travaux ont commencé en juin par la destruction d'un ancien poste d'observation de la marine. 

- "C'est bon pour Corfou" -

Lors de sa visite, Kyriakos Mitsotakis a estimé que le projet était "bon pour Corfou et pour le pays". 

Il a ajouté que la Grèce avait "besoin" d'un tourisme de haut niveau qui "valorise" les territoires et "respecte" l'environnement. 

Le gouvernement estime que le projet créera 1.000 emplois pendant la phase de construction et 500 durant son fonctionnement. 

Sur les 49 hectares, il assure que seulement 7% serait construit, et ce avec une architecture bioclimatique et des systèmes anti-incendie et de dessalement de l'eau de mer pour l'irrigation. 

Et les espaces verts et la plage resteront publics, a précisé NCH Capital. 

Le Premier ministre juge qu'un développement encadré des espaces naturels selon des règles strictes est préférable que de "ne rien faire".  

"Dans de nombreux cas, les terres inutilisées n'incitent pas à protéger l'environnement", a-t-il déclaré. 

Le conseil municipal aussi est fermement opposé au projet, le maire du nord de l'île ayant même participé à une manifestation. 

En revanche, la gouverneure régionale de Corfou y est favorable, estimant que la Grèce doit regagner "la confiance des investisseurs".

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