Guerre commerciale: l'OCDE appelle à l'arrêt des hostilités

Guerre commerciale: l'OCDE appelle à l'arrêt des hostilités
Le secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurria, lors d'une conférence de presse à Athènes, le 30 avril 2018

AFP, publié le mercredi 30 mai 2018 à 13h11

L'OCDE a appelé mercredi à éviter "une escalade" dans les tensions commerciales, juste avant un discours d'Emmanuel Macron invitant à "refonder le multilatéralisme" et à l'approche de la possible application par les Etats-Unis de taxes punitives sur l'acier et l'aluminium.

"La hausse des tensions commerciales a déjà écorné la confiance des entreprises à certains endroits et les conséquences seraient plus sévères si des contre-mesures étaient prises", a alerté avec gravité le secrétaire général, Angel Gurria, à l'ouverture de la réunion annuelle de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) qui se tient jusqu'à jeudi à Paris.   

"La poursuite de l'escalade des tensions commerciales pourrait frapper significativement l'expansion économique", a renchéri le chef économiste par intérim, Alvaro Pereira, à l'occasion de la publication des prévisions de printemps de l'organisation. 

Sans citer les Etats-Unis, qui pourraient mettre en place dès vendredi des taxes de 25% sur l'acier et de 10% sur l'aluminium importés, touchant leurs alliés, tous membres de l'OCDE, il a appelé à "éviter une escalade dans les tensions commerciales".

Washington a par ailleurs fait savoir mardi que ses préparatifs d'éventuelles sanctions commerciales visant spécifiquement la Chine continuaient. 

"On a mis dix ans à retrouver une croissance mondiale de près 4%", a rappelé M. Gurria, qui s'est inquiété également de la récente hausse du prix du pétrole qui pourrait "provoquer des déséquilibres extérieurs pour de nombreux pays", ainsi que de celle des taux d'intérêts pour les pays, les groupes et les ménages "déjà fortement endettés".  

L'OCDE a d'ailleurs souligné que le protectionnisme a le vent en poupe depuis le début de la crise, avec plus de 1.200 mesures dites "restrictives au commerce" appliquées uniquement par les pays du G20 depuis 2007.

- Refonder le multilatéralisme ?

Cet avertissement intervient juste avant le discours attendu de M. Macron devant les membres de l'OCDE. Selon le secrétaire général Angel Gurria, le président français lui aurait d'ailleurs soufflé le titre de cette réunion annuelle: "la refondation du multilatéralisme".

"Le besoin d'une coordination internationale est plus important que jamais", a assuré M. Gurria dont l'organisation est critiquée pour ne pas être parvenue à réduire les surcapacités dans l'acier, principalement chinoises, mandat dont elle a hérité du G20 il y a deux ans. Ce qui laisse planer des doutes sur les capacités du multilatéralisme à régler ce genre de déséquilibres. 

"Je crois que M. Macron est conscient de l'inertie de ces institutions", a expliqué à l'AFP Ludovic Subran, chef économiste chez Euler Hermes. "Il incarne aujourd'hui une synthèse mondialiste, plus positiviste. La question est de savoir s'il pourra faire passer le message et donner un second souffle" à l'OCDE et à l'Organisation mondiale du commerce, une institution régulièrement prise pour cible par Donald Trump, a-t-il ajouté. 

En attendant, l'OCDE a légèrement revu à la baisse ses prévisions pour la croissance mondiale cette année à 3,8% contre 3,9% en mars dernier, laissant sans changement celle pour l'année prochaine à 3,9%.

L'économie américaine, qui traverse l'un des cycles de croissance les plus longs de son histoire, devrait continuer sur sa lancée grâce à une réforme fiscale massive adoptée à la fin de l'année dernière. L'OCDE table sur une hausse de 2,9% cette année et 2,8% l'an prochain, sans changement par rapport à ses prévisions de mars dernier.

Pour la zone euro, après un premier trimestre moins robuste qu'attendu, l'institution a légèrement abaissé sa prévision cette année à 2,2%, contre 2,5% en mars, et maintenu celle de 2019 à 2,1%.

L'OCDE a notamment amputé de 0,3 point sa prévision pour la France cette année, l'abaissant de 2,2% à 1,9%, ainsi que pour l'Allemagne à 2,1% contre 2,4% attendu en mars. Les prévisions pour l'an prochain sont maintenues pour ces deux pays, à 1,9% et 2,1% respectivement.

Quant à l'Italie, qui traverse une crise politique et fait face à des turbulences financières sur les marchés, elle devrait connaître une croissance de 1,4% cette année (-0,1 point) et chuter à 1,1% en 2019 (-0,2 point).

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