Guerre commerciale: le Japon, prochain sur la liste?

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Le Premier ministre nippon, Shinzo Abe
Le Premier ministre nippon, Shinzo Abe
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© AFP, Behrouz MEHRI

AFP, publié le lundi 24 septembre 2018 à 08h25

Protagoniste jusqu'ici discret dans le feuilleton commercial mettant aux prises Donald Trump et ses partenaires, le Japon va-t-il à son tour subir l'ire du président américain? Son pire cauchemar: que lui soient imposées des taxes sur les automobiles.

Le sujet sera au menu des discussions entre Donald Trump et le Premier ministre nippon, Shinzo Abe, mercredi en marge de l'assemblée générale de l'Onu à New York.

- Que reproche M. Trump au Japon? -

Le locataire de la Maison Blanche fustige régulièrement le "très gros déficit" commercial des Etats-Unis avec l'archipel et a récemment menacé de le faire "payer", dans des commentaires au Wall Street Journal.

Pourtant, ce déficit n'est en réalité pas si "gros".  

En 2017, il était de 68,8 milliards de dollars (hors services), ce qui place l'archipel en troisième ligne derrière la Chine (375 milliards) et le Mexique (71 milliards). C'est une petit part du solde négatif total des Etats-Unis avec le reste du monde (796 milliards).

Sur les sept premiers mois de 2018, il s'est établi à 40 milliards de dollars, selon les statistiques officielles américaines.

Ce sont les exportations vers les Etats-Unis du secteur automobile (véhicules et pièces détachées) qui expliquent la majorité des déséquilibres, et la vue de ces "millions de voitures japonaises" irrite M. Trump, alors que peu de voitures made in USA sont vendues sur le sol nippon. 

Pourtant Tokyo n'applique pas de droits de douane sur les automobiles importées, contrairement aux Etats-Unis qui pratiquent un tarif douanier de 2,5% minimum. 

Les grosses voitures américaines ne sont tout simplement pas adaptées au cadre de vie et au goût des consommateurs japonais, arguent les experts du secteur. De son côté, Donald Trump met en cause les barrières non-tarifaires, invoquant par exemple la sévérité des inspections.

- Où en sont les négociations? -

De premières négociations entre le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, et le ministre japonais de l'Economie, Toshimitsu Motegi, se sont tenues en août aux Etats-Unis et un second tour est prévu ce lundi à New York. 

Leurs vues sont opposées, Tokyo privilégiant un accord multilatéral comme le pacte de libre-échange transpacifique (TPP), dans lequel il espère encore faire revenir les Etats-Unis.

D'après l'agence de presse Kyodo, le Japon pourrait cependant céder aux demandes américaines de négociations bilatérales, à condition que le secteur automobile soit épargné.

Pour l'heure, les hostilités n'ont pas vraiment démarré. Depuis l'accession au pouvoir du milliardaire américain, M. Abe a pris soin de le courtiser, au cours de divers dîners, sommets et parties de golf.

"Mais il est hautement probable que Donald Trump tourne son attention vers le Japon dès qu'il sera parvenu à une sorte d'entente avec la Chine et l'Aléna", estime Harumi Taguchi, économiste du cabinet IHS Markit, interrogée par l'AFP.

- Quel serait l'impact de taxes sur l'automobile? -

"C'est l'arme la plus efficace de l'administration Trump dans ses discussions avec le Japon. L'impact sur l'économie serait probablement considérable", commente dans une note Tobias Harris, vice-président de Teneo Intelligence.

L'archipel compte une dizaine de constructeurs automobiles, parmi lesquels les premiers groupes mondiaux Toyota et Nissan, qui vendent des millions de véhicules aux Etats-Unis, dont une partie produite au Japon.

"Nous pensons que des taxes de 25% pourraient affecter le PIB japonais à hauteur de 0,4 à 0,5%", évalue Mme Taguchi.

Les fabricants ont eux déjà prévenu qu'ils ne pourraient supporter seuls le fardeau: Toyota a ainsi chiffré le potentiel surcoût pour les clients américains à 6.000 dollars par automobile.

"Ils transféreront probablement davantage de production aux Etats-Unis", avance l'analyste, mais la situation est très différente de celle des années 1980 quand Ronald Reagan s'en était pris au Japon. "Les compagnies japonaises assemblent déjà près de 4 millions de voitures par an aux Etats-Unis et y emploient 1,5 million de salariés", souligne-t-elle, donc leur marge de manoeuvre est limitée.

Quant au gouvernement japonais, opterait-il pour des représailles, comme Pékin? "Ce n'est dans l'intérêt d'aucun pays", a dit M. Abe. 

Tokyo privilégierait plutôt un recours auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), comme il l'a fait en mai pour contester l'instauration de taxes américaines de 25% sur les importations d'acier. 

- Comment le Japon peut-il y échapper ? -

En augmentant ses achats de "gaz de schiste, de matériel militaire américain et d'autres produits qui n'affecteraient pas significativement la production sur le sol japonais", suggère Mme Taguchi.

Cela suffira-t-il? Probablement pas, et c'est là que le Japon va devoir se montrer fin négociateur.

"Si le gouvernement Abe offre un ensemble satisfaisant de concessions, en particulier dans l'agriculture", peut-être pourra-t-il échapper au courroux américain, juge M. Harris. 

C'est cependant un sujet politiquement très sensible au Japon, soucieux de protéger ses agriculteurs. 

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