Guerre commerciale ou négociations? Pékin et Washington se jaugent

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Les cours des actions affichés sur un écran d'une société de courtage à Pékin le 23 mars 2018. Les marchés asiatiques ont plongé vendredi sur fond de craintes d'une guerre commerciale avec les Etats-Unis
Les cours des actions affichés sur un écran d'une société de courtage à Pékin le 23 mars 2018. Les marchés asiatiques ont plongé vendredi sur fond de craintes d'une guerre commerciale avec les Etats-Unis
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© AFP, Nicolas ASFOURI

AFP, publié le vendredi 23 mars 2018 à 12h55

L'impact économique de l'offensive commerciale des Etats-Unis contre la Chine reste incertain et la réplique de Pékin paraît pour l'heure modérée, certains y voyant un prélude à des négociations serrées plutôt qu'à une guerre commerciale qui pénaliserait les deux puissances.

Washington comme Pékin ont lancé leurs premières salves, se menaçant réciproquement de droits de douane, mais semblent pour le moment s'affronter à fleurets mouchetés, la Chine se gardant de représailles spectaculaires.

- Quel impact pour la Chine?

Donald Trump a évoqué jeudi des mesures punitives contre des importations chinoises d'un montant pouvant atteindre "60 milliards de dollars", l'administration américaine ayant 15 jours pour détailler les produits ciblés.

Les conséquences pour le géant asiatique, dont les Etats-Unis sont le deuxième partenaire commercial, restent difficiles à évaluer.

Mais "l'impact direct devrait être modéré", assurent les analystes de la banque ANZ, notant que les exportations chinoises vers les Etats-Unis avoisinaient 500 milliards de dollars l'an dernier.

De plus, ajoutent-ils, "une partie des composants des produits assemblés en Chine sont importés d'ailleurs", notamment dans le cas de l'électronique de Taïwan et de Corée du Sud, qui seraient donc des victimes indirectes.

Les répercussions "devraient être relativement faciles à absorber pour la Chine", dont la croissance est bien moins dépendante qu'auparavant des exportations, abondent les analystes de BMI Research.

Néanmoins, ces sanctions "pourraient encourager les multinationales à installer leurs nouvelles usines hors de Chine", préviennent-ils.

Certaines petites firmes manufacturières très dépendantes du marché américain pourraient également être pénalisées.

Mais la plupart des entreprises chinoises "dépendent fortement du marché intérieur", et pour les autres, "leurs exportations vers les Etats-Unis ne constituent généralement qu'une fraction de leurs ventes", tempère l'agence de notation Moody's.

Tous avertissent cependant que le coût économique s'accroîtrait en cas d'escalade protectionniste.

- Comment a répliqué Pékin? -

La Chine a dévoilé vendredi une liste de 128 produits ou lignes tarifaires --fruits, éthanol, porc, aluminium recyclé...--  sur lesquels elle appliquera des droits de douane de 15% ou 25% en cas d'échec de négociations avec Washington.

Ces représailles répondent officiellement aux taxes des Etats-Unis sur leurs importations d'acier et d'aluminium, entrées en vigueur vendredi.

Mais ces produits correspondent à 3 milliards de dollars d'importations en Chine l'an dernier, soit... à peine 2% du total des exportations américaines vers ce pays. Surtout, le soja américain, dont le géant asiatique a importé pour 14 milliards de dollars en 2017, n'y figure pas.

"C'est très modeste, le montant concerné est faible. Une réaction très modérée par rapport aux mesures des Etats-Unis", indique à l'AFP Betty Wang, analyste chez ANZ.

"La réponse est étonnamment modeste (...) mais les moyens de pression de la Chine sont bien plus importants que Washington ne l'admet", avertit Stephen Roach, chercheur à l'université Yale, cité par l'agence Bloomberg, rappelant que Pékin est le premier créancier des Etats-Unis.

- Un 'prélude à négociations'?

Les nouvelles sanctions des Etats-Unis sont avant tout un "prélude à une série de négociations", a assuré le ministre américain du Commerce, Wilbur Ross.

"Nous espérons que les deux pays pourront résoudre leurs différends par le dialogue et la négociation", a répondu Hua Chunying, porte-parole de la diplomatie chinoise. Tout en avertissant: "Si les Etats-Unis s'obstinent, nous nous battrons jusqu'au bout".

Vu sa réplique modérée, la Chine "veut surtout que les deux pays reviennent à la table des pourparlers", estime Betty Wang. Pékin "ne veut pas d'une guerre commerciale qui compromettrait son rôle de champion de la mondialisation" qu'il se plaît à afficher.

Un responsable américain, sous couvert d'anonymat, s'indignait vendredi à Pékin d'une "complète réécriture" de l'histoire par la Chine, accusant ce pays d'être à l'origine de la crise par ses pratiques de concurrence déloyale.

"Ce qui nous intéresse, ce n'est pas de créer les conditions d'un dialogue, mais d'inciter la Chine à prendre des mesures concrètes pour ouvrir ses marchés", a-t-il insisté.

Des "négociations se fonderont uniquement sur ce que font véritablement les Chinois (...) La balle est dans leur camp", ajoutait-il.

Si les sanctions américaines actuelles "semblent insuffisantes à elles seules pour déclencher une guerre douanière, le risque d'une erreur de calcul existe", préviennent néanmoins les experts de BMI Research. Prenant la modération chinoise "pour un aveu de faiblesse", les Etats-Unis "pourraient aller trop loin dans le protectionnisme par accident"... au risque d'un engrenage incontrôlé.

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