Heinz Hermann Thiele, nouvel homme fort de Lufthansa

Heinz Hermann Thiele, nouvel homme fort de Lufthansa
Le milliardaire allemand Heinz Hermann Thiele, nouvel homme fort de Lufthansa, photo handout de juin 2020

AFP, publié le jeudi 25 juin 2020 à 18h49

Capitaliste "des cavernes" pour les syndicats, "patriarche" de l'économie allemande pour d'autres, le milliardaire allemand Heinz Hermann Thiele s'est imposé comme le nouvel homme fort de Lufthansa à l'occasion des difficiles tractations autour de son plan de sauvetage.

A 79 ans, cet homme d'affaires aux opinions tranchées, un des plus riches d'Allemagne, a été au centre de l'assemblée générale des actionnaires du premier groupe européen de transport aérien, qui a finalement approuvé un plan de sauvetage de l'Etat allemand de neuf milliards d'euros.

Il s'en est toutefois fallu de peu. En tant que premier actionnaire avec, depuis peu, 15,5% du capital, le septuagénaire a longtemps menacé de tout faire échouer, tenant le pays en haleine.

Surnommé le "patriarche" de l'économie allemande, l'homme est en effet très réservé sur l'entrée au capital de la compagnie de l'Etat allemand prévue à hauteur de 20% au moins, dans le cadre de ce plan. 

Cette forme de nationalisation partielle pourrait empêcher des suppressions d'emploi à ses yeux nécessaires. 

- Entreprise familiale -

M. Thiele est un pur produit du capitalisme allemand, celui du "Mittelstand", ce tissu de PME souvent familiales et florissantes qui font la colonne vertébrale de la première économie européenne.

Marié et père de deux enfants, ce juriste de formation a commencé sa carrière en 1969 comme employé du bureau des brevets chez Knorr-Bremse, entreprise spécialisée dans les freins. Il la sauvera de la faillite en la rachetant à crédit dans les années 1980.

Le coup est gagnant. Hissée au rang de leader du marché des freins pour le transport ferroviaire et les poids lourds, l'entreprise - où le temps de travail est de 42 heures contrairement aux 35 heures pratiquées par le secteur - devient l'instrument fondateur de sa fortune.

Elle est estimée aujourd'hui par le magazine Forbes à 15 milliards d'euros.

Il détient encore 65% de l'entreprise et reste avec sa fille membre de son conseil de surveillance. Son fils Henrik, qui a aussi longtemps été cadre de l'entreprise, chargé de la région Asie, finira, lui, par la quitter.

M. Thiele a profité de la crise financière en 2008 pour s'étendre en Asie et, en 2011, il a acquis la moitié de l'équipementier ferroviaire Vossloh, à la suite d'un bras de fer avec la famille fondatrice. 

Un élevage en Uruguay fait également partie de son portfolio.

"Je suis un entrepreneur et vais le rester jusqu'à mon dernier souffle", clamait ce gestionnaire à la poigne de fer dans le Manager Magazin.

- Poutine -

M. Thiele s'est également fait remarquer hors de la sphère économique par des déclarations controversées.

Vladimir Poutine n'est "peut-être pas un démocrate exemplaire mais un homme politique très compétent", avait-il ainsi déclaré au Manager Magazin. 

Au pic de la crise de l'euro en 2013, il avait aussi regretté que le parti d'extrême droite allemand europhobe AfD ait échoué à entrer au Parlement national.

Désormais bien implanté au sein de Lufthansa, l'entrepreneur à succès va peser.

Paradoxalement, il semble, par sa fermeté face à l'Etat, conforter la position de la direction de la compagnie, elle aussi inquiète à l'idée de voir désormais sa marge de manoeuvre réduite par les pouvoirs publics.

Mais son irruption au premier plan inquiète les syndicats de Lufthansa. En 2017, après la fermeture d'une usine de Knorr-Bremse à Berlin, le syndicat de branche IG Metall l'avait qualifié d'"homme des cavernes du capitalisme" aux "méthodes d'il y a mille ans".

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