Huawei : Martin Bouygues pose ses conditions à l'Etat

Huawei : Martin Bouygues pose ses conditions à l'Etat©Boursier.com

Boursier.com, publié le jeudi 20 février 2020 à 16h05

Officiellement, aucun équipementier n'est frappé d'interdiction dans l'Hexagone, mais certains acteurs du secteur craignent que Huawei ne soit "de facto" banni du marché de la 5G.

Martin Bouygues, le PDG du groupe diversifié, a profité jeudi matin de la présentation de ses résultats annuels pour lancer un avertissement à l'Etat. Dans son viseur : l'interdiction qui pourrait être faite aux opérateurs télécoms déjà équipés d'infrastructures Huawei de recourir à l'équipementier chinois pour la 5G.

"Si nous étions (...) dans l'obligation d'utiliser un autre équipementier que Huawei, dans les zones où nous avons des équipements 4G Huawei actuels, nous serions obligés de les démonter et de réinstaller des équipements, ce qui a un effet de coût et de délai", a expliqué Martin Bouygues, cité par l'agence de presse Reuters. SFR (Altice Europe) se trouve dans le même cas de figure que Bouygues Telecom tandis que le numéro un Orange et Free (Iliad) ont fait le choix d'équipementiers européens pour la 5G.

Pas d'interdiction officielle en France

Officiellement, aucun équipementier n'est frappé d'interdiction dans l'Hexagone, mais certains acteurs du secteur craignent que Huawei ne soit "de facto" banni du marché de la 5G qui permettra de nouveaux usages dans des secteurs stratégiques comme les véhicules connectés, l'industrie ou la télémédecine. Concernant le calendrier, les enchères auront lieu mi-avril et l'attribution des fréquences sera effective en juin, pour une ouverture commerciale avec les premières offres 5G à partir de juillet...

Le géant des télécoms chinois est englué dans une affaire d'espionnage présumée, qui a démarré aux Etats-Unis. Washington l'accuse en effet de transmettre des informations à Pékin, ce que Huawei dément. Le groupe a pourtant été placé sur une liste noire en mars 2019 par l'administration Trump, et demeure aux prises avec la justice américaine. La fille du fondateur et directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, est accusée de fraude bancaire et électronique visant à contourner les sanctions contre l'Iran.

L'UE a fait ses recommandations

Fin janvier, l'Union européenne a finalement présenté une série de recommandations strictes pour le déploiement en toute sécurité du réseau 5G en Europe... Bruxelles a ainsi choisi de ne pas bannir le chinois Huawei, accusé par les Etats-Unis d'espionnage au profit de Pékin, mais a recommandé aux Etats membres "d'appliquer des restrictions pertinentes pour les fournisseurs considérés comme présentant un risque élevé", sans nommer aucune entreprise.

De son côté, le gouvernement français doit donner en principe d'ici la fin du mois ses premiers feux verts aux demandes d'équipements formulées par les opérateurs qui ont le choix entre les groupes européens Nokia et Ericsson et Huawei pour le déploiement de la dernière génération de technologie mobile.

Assumer les conséquences

Martin Bouygues a donc voulu prendre les devants. Il a rappelé que Bouygues Telecom avait utilisé des équipements Huawei en totale conformité avec les règles qui prévalaient jusque-là, et a estimé qu'il reviendrait aux autorités d'assumer les conséquences d'un éventuel changement de pied. "Il n'est pas normal qu'on crée des distorsions de concurrence entre les opérateurs", a estimé le PDG, ajoutant qu'il ferait en sorte de préserver les intérêts économiques de son groupe.

Cité par Reuters, le secrétaire général de Bouygues Telecom Didier Casas a déclaré de son côté que l'opérateur se réservait toutes les possibilités, pour protéger ses droits y compris celle d'un recours visant les décrets d'application du texte de loi adopté l'an dernier instaurant un nouveau régime de contrôle des infrastructures télécoms.

Dans un entretien aux 'Echos' Arthur Dreyfuss, le président de la Fédération française des télécoms et par ailleurs secrétaire général de SFR, avait plaidé pour une indemnisation financière des opérateurs par les Etats qui interdiraient Huawei.

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